Voici la transcription d'une tirade de Philippe Meirieu, sur le plateau de On aura tout lu ! (La Cinquième, samedi 14
septembre 2002), émission où Gaëtan Cotard venait déplorer une certaine "haine des profs"
(selon les propres mots de Paul Amar). Cette tirade de l'ancien directeur de l'INRP, et actuel directeur de l'IUFM de Lyon,
intervient après que M. Vivian, autre invité,
journaliste aux Inrockuptibles, a fait son intervention sur la découverte de son
"nouveau métier" de parent d'élève, et sur la "communauté de vie" de l'école. On devine que M. Meirieu
fait un signe à Paul Amar, et celui-ci, qui avait commencé une nouvelle question, s'interrompt
immédiatement :
Amar - Vous voulez dire un mot ?
Et Meirieu de répliquer, le stylo entre ses doigts comme pointé vers le journaliste :
- Non, d'une part pour dire que ce n'est pas une directive, c'est la loi de
89, votée par le parlement, qu'elle ne parle pas de communauté de vie, mais
de coéducation, et qu'elle donne droit aux parents à dialoguer, et non pas à
imposer leur point de vue dans l'établissement, et à dialoguer dans le
cadre de l'élaboration du projet d'établissement. Puis je voudrais dire
quand même, parce que je suis assez choqué par un certain nombre de choses,
qu'on ne me fera pas croire que ni vous ni personne ne pouvez être
indifférent à l'avenir de vos enfants et ne cherchez pas les meilleures
conditions de scolarisation pour eux...
Vivian : - Mais ça n'a rien à voir avec de l'indifférence !
Meirieu : - Non non, ne nous racontez pas qu'il faut que les parents se
désintéressent de l'avenir de leurs enfants (Vivian consterné), surtout
quand vous êtes prof ou que vous êtes bien placé... (et Meirieu de se
lancer de plus belle, abandonnant son stylo, assénant chacune de ses affirmations d'un
mouvement de la tête, et comptant les griefs des profs sur les doigts de sa
main gauche tendue en avant) On sait que les profs sont les
premiers à trouver les bonnes places pour leurs enfants, à truquer la carte
scolaire, à trouver les bonnes options, que c'est d'ailleurs les fils de
profs qui réussissent le mieux partout et qui critiquent le plus les
autres, les mauvais parents, les méchants parents...
Vivian, poussant ses mains devant lui : - Moi, je suis journaliste, donc,
euh... (rires dans l'assemblée)
Meirieu continue : - ...qui cherchent à trouver... qui cherchent à trouver,
tant bien que mal, la manière de bien scolariser leurs enfants. Il y a des
millions d'enfants (se reprenant), des milliers d'enfants qui sont entrés
en sixième cette semaine, je voudrais savoir combien de parents sont au
courant des critères de constitution des classes, c'est-à-dire combien de
parents savent si la classe dans laquelle on a mis leur enfant, c'est la
classe des bons, la classe des moyens, la classe des faibles, la classe des
maghrébins, la classe de ceux qui font allemand, etc. Les parents sont
tenus dans une ignorance absolue, et seuls les initiés (se répétant, du ton
de "je dis bien"), les initiés, se débrouillent pour réussir et faire
réussir leur gosse. On n'est même pas dans le marché en France, on est dans
le marché noir."
N'est-ce pas joli ? Où l'on retrouve l'expression d'« initiés »
(le fameux « délit d'initiés » n'est pas loin), et où l'on découvre celle de
« marché noir »... Décidément, M. Meirieu a le goût - entre autres -
des métaphores abjectes.
Jean-Baptiste