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Collège Condorcet

61 rue d'Amsterdam 75008 Paris

Rapport de la séance de réflexion sur la mise en place des itinéraires de découverte

ADOPTÉ À L'UNANIMITÉ

Lundi 17 décembre 2001



Pour les raisons suivantes le projet ministériel nous semble aller à l'encontre des principes fondamentaux de la pédagogie en accentuant une perte des repères fondamentaux et des résultats positifs obtenus au collège par une autre approche de la pluridisciplinarité.


I) Le décloisonnement du groupe classe.

Le groupe classe a une dynamique propre, le professeur principal la fait vivre, les élèves les plus faibles sont tirés par les plus forts, cette famille élargie est un contenant constant nécessaire pour sécuriser l'enfant, lui permettre de s'investir dans l'étude et de s'épanouir.

Le décloisonnement en ateliers remet en question ces limites et casse la dynamique de classe en recréant d'autres groupes fugaces qui nécessiteront une nouvelle dépense d'énergie aux enfants pour s'adapter encore à une nouvelle structure.

Les référentiels adultes (enseignants, intervenants) augmentent (de 10 à 15 environ) ce qui accentue le risque de confusion et le côté enseignement spectacle.

En outre, la réforme s'effectuant à moyens constants, les horaires consacrés aux ateliers le seront au détriment des horaires d'enseignements fondamentaux.


2) Le rôle de l'enseignant.

La méconnaissance du rôle de l'adulte enseignant et de sa fonction ; il est le tuteur, le maître, l'enfant ne choisit pas plus ses professeurs que ses parents et il serait néfaste d'inverser la relation : l'enfant risquant sur son choix d'un projet de marquer sa préférence pour tel ou tel enseignant, refusant l'autorité de tel autre.


3) La notion de choix d'un projet.

L'aptitude à choisir chez un enfant si jeune, bien qu'incontestable, n'est pas sans poser quelques questions ; comment ce choix se fera-t-il ? S'agira-t-il d'un choix intellectuel en fonction du goût del'élève ? ou d'un choix dicté par ses projections affectives, le goût de ses parents pour un projet présenté, ou encore d'une absence de choix, parce que la place dans le groupe sera limitée ? On peut donc s'interroger sur les frustrations qui naîtront de ce manque. On peut enfin s'interroger aussi sur l'investissement d'un projet de longue durée.


4) Plaisir et consumérisme.

Ce projet semble maintenir l'enfant dans une illusion de toute puissance et de choix en consacrant une différence entre le domaine d'un apprentissage fondamental nécessitant des efforts souvent douloureux et celui d'ateliers ludiques synonymes de plaisir. Ce projet va dans le sens d'une société consumériste qui méconnaît la valeur éducative de l'effort et du manque.

La rigidité systématique du projet risque enfin d'annihiler toute la spontanéité créatrice d'une classe et de son équipe pédagogique.

Oui à l'interdisciplinarité dans le groupe classe, non à l'interdisciplinarité par niveau.

Au collège Condorcet, le travail en interdisciplinarité est une tradition. A tous les niveaux, les professeurs forment eux-mêmes des équipes pédagogiques pour mener à bien ces projets.

D'années en années se multiplient les projets réunissant des professeurs de sciences humaines, mathématiques, arts plastiques, éducation musicale, français, technologie, etc.

Avec cette expérience, les professeurs du collège Condorcet se sont demandés pourquoi ces projets fonctionnent et pourquoi, dans le même temps, eux-mêmes ne peuvent accepter les propositions ministérielles en l'état actuel.


5) Un travail en interdisciplinarité peut être considéré comme réussi quand :

- Il est mené par une équipe, avec sa classe, parce que se créée alors une complicité entre les élèves et leurs professeurs.

- Il est mené, de préférence, dans une classe dédoublée ou en classe entière avec deux professeurs.

- Il est mené par des professeurs qui ont une même motivation et les mêmes objectifs pédagogiques : ils ont créé ensemble un projet parce qu'ils savent que les relations humaines jouent un rôle de premier plan entre eux ; ce qui est indispensable vu les conditions matérielles dans lesquelles ils travaillent.

- Il est mené par des professeurs qui ont décidé de travailler plus.

- L'enthousiasme des professeurs entraîne l'adhésion de leurs élèves quoique ceux-ci n'aient pas eu à donner leur avis, à choisir le sujet.

- Ce travail ne nécessite pas systématiquement une évaluation.


Les propositions ministérielles sur les itinéraires de découverte nient ou masquent un certain nombre de difficultés que les professeurs du collège Condorcet tiennent à soulever.

- Il y a une négation de la part - impalpable certes, des relations humaines. Comment créer une dynamique de groupe avec des élèves qui travaillent ensemble sporadiquement ?

- Comment créer une dynamique de groupe avec des élèves qui ne voient que 10 semaines un professeur ? Des expériences menées au collège Condorcet en E.P.S. ont montré les limites de l'éclatement de plusieurs classes selon les activités.

- Comment ne pas créer de frustrations en prétendant que les élèves vont choisir un itinéraire alors que tous n'auront pas accès à celui ou ceux qu'ils souhaitaient ? (problème des effectifs, des intitulés…)

- Comment nier le fait que certains professeurs ne sont pas motivés ?

- Le lien avec le programme soulève deux risques :

- redondance qui peut entraîner une démobilisation.

- désir, de la part du professeur, de compenser la réduction de l'horaire habituellement imparti à son programme, désir impossible à réaliser puisque le public n'est pas le même.

- L'évaluation proposée nous paraît séduisante mais peu réalisable comme le montrent les expériences menées en ce domaine par exemple en arts plastiques. Pour évaluer de cette manière 25 élèves il faudrait être en retrait, observateur et non acteur.

- Les locaux, trop exigus, trop peu nombreux, mal équipés en rangements rendent difficiles l'application des itinéraires de découverte. Durant 95% du temps toutes les salles sont occupées ; le C.D.I. n'offre que 20 places pour 210 élèves de 5ème. Les salles d'arts plastiques ne sont pas aux normes.

- Les barrettes horaires, qui seraient indispensables à la mise en place des itinéraires de découverte, viennent en surcroît des contraintes actuelles de l'emploi du temps liées au rapport élèves/locaux (petit nombre de salles spécialisées, nombre d'élève supérieur à la capacité d'accueil des locaux), liées aux emplois du temps des compléments de service assurés par les TZR et les professeurs nommés sur deux établissements.

- Le risque d'éparpillement, au détriment des concepts fondamentaux et le risque de saupoudrage sont constants, renforcés par celui, pour certaines matières de servir d'outils voire de faire valoir.


Les professeurs du collège Condorcet, pour toutes ces raisons, ne peuvent accepter les propositions ministérielles telles quelles : elles leurs semblent d'une part peu réalistes et d'autre part contraire à leur conception de l'enseignement.


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