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Evolution des horaires de français au collège

30 ans de « réformes » : 1972-2002


Horaires de 6e :
1972 : 6 heures élève (3 + 3) / 9 heures professeur
1977 : 5 heures élève + 1 heure de soutien / 6 heures professeur (1)
1986 : 4 h 30 élève / 4 h 30 professeur
1996 : 4 h-6 h élève / 6 heures professeur
2002 : 4 h 30-5 heures élève (4 + 0,5 ou 5) / 5 heures professeur

Horaires de 5e :
1973 : 6 heures élève (4 + 2) / 8 heures professeur
1978 : 5 heures élève + 1 heure de soutien / 6 heures professeur (1)
1986 : 5 heures élève / 5 heures professeur
1987 : 4 h 30 élève / 4 h 30 professeur
1997 : 4 h-5 h 30 élève / indéterminé
2002 : 4 heures élève (+ 1 h IDD éventuellement) / 4 heures professeur (+ 1 h IDD éventuellement)

Horaires de 4e :
1974 : 5 heures élève (4 + 1) / 6 heures professeur (2)
1979 : 5 heures élève / 5 heures professeur (1)
1986 : 5 heures élève / 5 heures professeur
1988 : 4 h 30 élève / 4 h 30 professeur
1998 : 4 h-5 h 30 élève / indéterminé
2003 : 4 heures élève (+ 1 h IDD éventuellement) / 4 heures professeur (+ 1 h IDD éventuellement)

Horaires de 3e :
1975 : 5 heures élève (5 + 0) / 5 heures professeur (3)
1980 : 5 heures élève / 5 heures professeur (1)
1986 : 5 heures élève / 5 heures professeur
1989 : 4 h 30 élève / 4 h 30 professeur
1999 : 4 h 30 élève / indéterminé
[2004 : 4 h 30 élève / 4 h 30 professeur]


(1) En cas de dépassement de l'effectif de 24 élèves, un contingent supplémentaire d'une heure par élève au-delà de 24 est mis à la disposition de l'établissement.

(2) Horaires pour les 4e I et II. Jusqu'en 1978, il existait aussi des 4e dites aménagées, qui disposaient de deux heures de classe dédoublée en plus (et donc, au total, de quatre heures par classe, au lieu de deux), soit 6 heures élèves (4 + 2) / 8 heures professeurs.

(3) Horaires pour les 3e I et II. Jusqu'en 1978, il existait aussi des 3e dites aménagées, qui disposaient de deux heures de classe dédoublée (au lieu de zéro), soit 6 heures élèves (5 + 1) / 7 heures professeurs.


Légende

Les années indiquées sont celles où les arrêtés ont été appliqués. Les dates de publication sont, avec les références, en fin de page.

Les horaires mentionnés sont hebdomadaires, et ne concernent que le français. Ils évoquent néanmoins des activités « interdisciplinaires » telles que les « itinéraires de découvertes » (IDD) de la rentrée 2002, dans la mesure où leurs horaires sont pris, entre autres, sur ceux du français, et qu'il est parfois possible pour un professeur d'y enseigner sa matière.

Les premiers horaires donnés sont ceux des élèves, les seconds (après la barre) ceux des professeurs, pour la même classe. Se trouvent indiqués entre parenthèses - quand il y a des dédoublements de classe - d'abord l'horaire en classe entière, puis l'horaire par demi-groupe.


Comparaison

Entre les « réformes » de 1972 et 2002, un élève de 6e a donc perdu de une heure à une heure et demie de cours de français chaque semaine ; un élève dont le professeur ne triche pas avec les « itinéraires de découverte » a perdu, lui, deux heures hebdomadaires de français en 5e, et perdra une heure en 4e ; enfin, un élève de 3e a perdu, depuis 1989, une demi-heure de cours de français par semaine ; soit de 36 à 54 heures sur l'année de 6e, 72 heures pour celle de 5e, 36 heures pour la 4e et 18 heures pour la 3e (1).

Autrement dit, et sans tenir compte du dispositif des 4e et 3e aménagées, avec horaires renforcés, qui se révélait assez efficace, cet élève a été privé de 162 à 180 heures de français au cours de ses quatre années de collège. S'il a « bénéficié » d'heures en demi groupes en 6e, c'est exactement une année complète d'une scolarité normale en 1975 qu'il a perdue. C'est comme si les élèves d'aujourd'hui quittaient le collège des années 70 après trois années d'études, sans passer par la 3e.

Et encore cette comparaison ne prend-elle en compte que l'horaire global de l'élève, et nullement certains aspects qualitatifs comme le nombre d'élèves par classe ou les recommandations « pédagogiques » qui émanent de l'institution. Or, il faut noter ici la disparition presque totale des cours à effectifs réduits (il n'en subsiste qu'un reliquat en 6e, facultatif et financé sur le dos des cours en classe entière), ainsi que l'injonction faite aux professeurs de français de « décloisonner » leur enseignement de l'orthographe et de la grammaire, c'est-à-dire de le diluer, dans des « séquences » aux objectifs multiples.

C'est ainsi qu'on peut mesurer le crédit qu'il faut apporter aux déclarations des Ministres, sur l'importance accordée à la lutte contre l'illettrisme par exemple (2).


(1) Sur la base d'une année scolaire comptant 36 semaines.

(2) D'autant plus qu'il en va de même au primaire (cf. « Evolution des horaires de français à l'école élémentaire ») : http://www.sauv.net/refprim.htm


Observations

Avec les dédoublements de classe, et autres dispositifs de « soutien », les « horaires élèves » et « horaires professeur » ne coïncident pas toujours. C'est entre autres sur ce décalage qui complique la lisibilité des tableaux et de la situation que jouent les ministères, pour dissimuler les baisses régulières d'horaires.

En 1977-78 notamment, avec la « réforme » Haby, le nombre global d'heures élève ne change pas beaucoup, mais c'est bien le seul.

En effet, les trois heures, deux heures et une heure de cours en demi-groupe accordées respectivement aux classes de 6e, 5e et 4e disparaissent d'un coup. A la place, en plus des cinq heures de cours en classe entière, le dispositif est tout juste complété par une heure de soutien en 6e et 5e. Dans le même temps, et sans discontinuer depuis, on demande aux professeurs d'« individualiser » leurs pratiques, de « différencier » leur pédagogie selon les élèves, sans crainte de la contradiction ; et on fait accéder massivement à une scolarité secondaire des élèves qui, jusqu'alors, ne le pouvaient pas.

Le nombre d'heures qu'un professeur consacre à une classe est du même coup nécessairement réduit. Là où un professeur certifié pouvait avoir un service complet avec deux 6e en 1972 (ou encore une 5e et deux 3e), le même professeur se retrouve en 1980 avec une classe de plus, et aujourd'hui avec quatre classes à coup sûr - si ce n'est cinq, pour éviter un sous-service - c'est à dire avec environ deux fois plus d'élèves, ce qui le prive d'autant de temps à consacrer à chacun, aussi bien en classe que dans ses corrections.

La cause de cette dégradation des conditions de travail et d'étude est claire : pour créer davantage de classes sans trop augmenter les coûts, on donne davantage de classes à chaque professeur, et on diminue le temps qu'il doit consacrer à chacune. Autrement dit, le ministère Haby a fixé à l'école une haute mission - permettre à une grande majorité des enfants du pays de prolonger leurs études - mais ne lui a jamais donné les moyens de la réaliser, non seulement dans de bonnes conditions, mais ne serait-ce que dans celles dont bénéficiaient les générations précédentes, celles des « héritiers ».

Malgré les « changements de majorité », fréquents depuis 1981, personne n'a remis en cause cette politique.

En 1986, le ministère Chevènement décide une nouvelle baisse brutale des horaires, qui touche cette fois aussi bien les horaires élève que professeur. Les heures de soutien en 6e et 5e sont supprimées, et chaque niveau perd une demi-heure de cours supplémentaire entre 1986 et 1989.

En 1996, le ministère Bayrou augmente d'une heure et demie l'horaire professeur de la classe de 6e, qui passe ainsi à 6 heures. C'est le véritable hochet de cette « réforme ». Par ailleurs, de la 6e à la 4e, il introduit une déréglementation totale des horaires élèves, et de la 5e à la 3e des horaires professeurs : le nombre d'heures de français se met à varier d'un établissement à l'autre, en fonction du « contingent horaire » qui lui est accordé, du « projet d'établissement », et des rapports de force au sein de « l'équipe éducative » pour se les répartir. En 5e et 4e apparaissent même des « fourchettes » horaires. Les établissements peuvent ainsi choisir, par exemple, de ne pas donner la priorité au français, et d'aligner son horaire sur le seuil le plus bas (4 heures). Aussi, dans les faits, cette « réforme » ne correspond-elle à aucune véritable augmentation, et même souvent à une certaine diminution : pour peu que l'établissement choisisse de dédoubler des classes, ou de réaliser des « parcours diversifiés » au détriment du français, les élèves disposent de moins d'heures qu'auparavant.

Enfin, suite au ministère Lang, la rentrée 2002 voit la suppression des « fourchettes » horaires, mais aussi l'alignement de l'horaire national sur le seuil minimum. Des « itinéraires de découvertes » remplacent les « parcours diversifiés » pour masquer le tour de passe-passe. Si le professeur ne participe pas à cette « innovation », ou s'il y participe mais sans la détourner au profit de sa matière, l'horaire de français passe d'une moyenne de 4 heures ¾ en 5e et de 4 heures ½ en 4e à 4 heures maximum dans les deux niveaux. Dans la foulée, les horaires élève et professeur baissent aussi en 6e, au seul niveau où la « réforme » de 1996 avait vraiment paru positive.

Par ailleurs, d'autres initiatives seraient à noter : la destruction de la discipline passe par d'autres moyens. En 1990, par exemple, le ministère Jospin ne modifie pas les horaires, mais rend nettement plus difficiles les redoublements au collège, après avoir oeuvré dans le même sens au primaire. On prétend ainsi « démocratiser » l'école, mais surtout « fluidifier » la circulation des « flux » d'élèves, tout en en réduisant leur coût (à quel enseignant, qui voulait faire redoubler un élève, n'a-t-on jamais dit que cela coûtait très cher à la société, et exposé le coût d'un redoublement ?). Autrement dit, non seulement aucun ministère ne combat les causes de l'illettrisme, mais certains oeuvrent même pour que les conséquences n'en soient pas visibles. Le truquage de la notation aux examens en fait également partie.


En guise de conclusion

Petit concours ouvert à tous : quel sera le prochain subterfuge pour opérer, sans qu'il y paraisse, une nouvelle diminution de la qualité et de la quantité de l'enseignement du français au collège ? Ceux qui trouveront gagneront le droit de publier un article sur le site.

Que faire, donc, demanderont certains ? Dénoncer la destruction de l'école, sans relâche, calmement. Ne plus voter pour ceux qui l'ont, non seulement tolérée, mais même organisée. Ne plus lire la presse qui vous a caché cela. Et si vous êtes enseignant : placer votre syndicat devant ses responsabilités, et/ou en changer.

Jean-Baptiste (avec un grand merci à Isabelle pour ses documents et informations)


Références

- Arrêté du 2 mai 1972 (ministère Guichard, gouvernement Pompidou) : publié dans le BOEN n° 21 du 25 mai 1972.
http://membres.lycos.fr/reconstrlecole/doc-hist/A720502.htm

- Arrêtés du 14 mars 1977 et du 22 décembre 1978 (ministères Haby et Beullac, gouvernements Chirac et Barre), applicables de la rentrée 1977 à la rentrée 1980.
http://membres.lycos.fr/reconstrlecole/doc-hist/Horhaby.htm

- Arrêté du 14 novembre 1985 (ministère Chevènement, gouvernement Fabius), applicable en deux temps, dès la rentrée 1986 à tous les niveaux, puis progressivement jusqu'à celle de 1989.
http://membres.lycos.fr/reconstrlecole/doc-hist/Horcoll86.htm

- Décret n° 90-484 du 14 juin 1990 (ministère Jospin, gouvernement Rocard) : BOEN n° 27 du 05 juillet 1990.
http://www.fcpe.asso.fr/article.aspx?id=117&idT=10&idSt=67

- Arrêtés du 29 mai 1996 et du 26 décembre 1996 (ministère Bayrou, gouvernement Juppé), applicables de la rentrée 1996 à celle de 1999 : publiés dans les BOEN n° 25 du 20 juin 1996 et n° 5 du 30 janvier 1997.

- Arrêté du 14 janvier 2002 (ministère Lang, gouvernement Jospin), applicable aux rentrées 2002 et 2003 : publié dans le BOEN n° 8 du 21 février 2002.
http://www.education.gouv.fr/botexte/bo020221/MENE0200055A.htm
http://www.education.gouv.fr/botexte/bo020221/MENE0200056A.htm


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