La protestation s'organise dans la région havraise Le Havre libre, 24/02/2000
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LA PROTESTATION S'ORGANISE DANS LA REGION HAVRAISE
Les professeurs des lycées s'opposent aux réformes du ministre Allègre
Un mouvement de protestation devrait se manifester dans le corps des professeurs de lycées de la région havraise après la reprise des cours de lundi. Les mesures du ministre Claude Allègre concernant ces établissements sont mises en cause.
La rentrée de février pourrait porter la marque d'une mobilisation, selon trois représentantes des enseignants du secondaire de la région havraise. Après une première réunion regroupant 65 professeurs le 27 janvier, deux dates se trouvent d'ores et déjà programmées : jeudi 2 mars, le lycée Claude-Monet du Havre accueillera une nouvelle assemblée des professeurs de la région, et le lendemain une autre assemblée se fera en compagnie des parents au lycée François 1er.
Horaires en baisse
But de ces rencontres : mettre au point des mesures pour contrer le plan Allègre et réagir sur la réforme des enseignements qui sera mise en application à la rentrée 2000.
Agnés Joste, Suzanne Fleixas et Marie Foulon, porte-parole des "professeurs des lycées du Havre et de la région havraise en lutte contre la réforme Allègre", qu'ils soient syndiqués ou non, expliquent les inquiétudes d'une profession. Elles ont déjà provoqué une série de mouvements en France.
D'abord la réforme des horaires : "Dès cette année, on constate une diminution sensible des horaires de cours en seconde, et l'année prochaine, cette diminution sera étendue aux classes de première. Sur les trois années de Lycée, l'élève finira par avoir perdu six mois à un an de cours, et l'horaire libéré est consacré à de pseudo-matières qui n'apprennent rien".
Activités de réflexion
Et les programmes devraient à leur tour être modifiés. Ce qui fait réagir les représentantes des enseignants : "Non seulement les élèves ont moins d'heures pour apprendre, ce qui met en danger ceux qui sont en difficulté, mais le contenu des enseignements est fortement dévalorisé, l'esprit général de la réforme étant de baisser toutes les activités de réflexion".
Selon elles, le ministre craint la violence et veut établir la paix civile dans les établissements, qui passerait par des enseignements moins difficiles afin que
les élèves soient contents de leurs professeurs : "Nous aussi on souhaite un bon climat, mais on veut aussi leur apprendre quelque chose".
Pour le moment, la profession estime que la réforme en cause accroît les inégalités entre les lycées, et risque d'aboutir à un enseignement à plusieurs vitesses. Autre crainte : les menaces sur le baccalauréat en tant qu'examen national et anonyme (lire par ailleurs).
Dans un texte expliquant leur mécontentement, les professeurs des lycées du Havre et de la région précisent: "Contrairement à ce que prétendent les textes ministériels, ces réformes n'amélioreront pas les chances de réussite des élèves. Sans culture, ils ne pourront accéder aux formations et aux métiers qu'ils souhaitent". Ils demandent donc le retrait du plan Allègre en préalable à toute discussion sur l'amélioration de l'enseignement. D'où la mobilisation engagée.
Patrick FILS
Bac ou contrôle continu ? (encart)
Les professeurs des lycées considèrent également que les réformes Allègre font peser de graves menaces sur le baccalauréat en tant qu'examen national et anonyme, auquel le ministre préférerait le contrôle continu local et non-anonyme.
"C'est le "bac maison"soumis à toutes les pressions locales, quine vaudrait que ce que vaut la réputation de l'établissement. Le bac d'un lycée de banlieue vaudra-t-il autant qu'un bac de lycée de centre-ville ?".
Les enseignants s'élèvent contre une dévalorisation de ce diplôme "qui n'est pas une fin mais la clé de l'enseignement supérieur". Et de se demander si l'université acceptera le bac de n'importe quel lycée.
Le contenu des enseignements fortement dévalorisé (encart)
Discipline par discipline, les professeurs de lycée font le point sur le contenu des enseignements qu'ils considèrent fortement dévalorisé.
En français, "on supprime la réflexion fondée sur les textes littéraires et la culture pour la remplacer par des exercices type brevet des collèges".
L'histoire-géographie "ne s'intéressera plus aux connaissances, mais à l'information, que le ministre envisage lui-même de réduire à des flashes"
La philosophie "risque de perdre sa vocation à la réflexion critique et raisonnée, qu'on remplacerait par une mémorisation bornée, sans vraie liberté de penser".
Les langues vivantes "seront réduites à des notions utilitaires, au détriment de la connaissance des civilisations et des cultures
étrangères. Le ministre prévoit d 'arrêter l'enseignement de la 2e langue vivante en lin de première".
En mathématiques, "les exercices devront se réduire à l'application de mécanismes et à l'utilisation d'outils (calculatrices...) aux dépens du raisonnement. Le programme de seconde n'est plus qu'un survol de notions non approfondies".
En sciences de la vie et de la terre, "le programme est remplacé par des notions "à la mode". Les travaux pratiques sont considérablement réduits, de même que la démarche expérimentale".
En physique, "le nouveau programme est un zapping de connaissances minimales. En un an en seconde, tous les domaines de la physique seront balayés".
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