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Entretiens Friedland

Extraits de la réunion du 11 février 2002


Les Entretiens Friedland, organisés par la Chambre de commerce et d’industrie de Paris, ont réuni le 11 février 2002, Jarl Bengtsson (Directeur du CERI-OCDE), Jean-Pierre Boisivon (Institut de l’Entreprise : organisme « éducatif », émanation du MEDEF), François Vachey (Vice-président de L’Oréal, directeur des Ressources humaines), Christian Vulliez (Directeur général adjoint de la Chambre de commerce et d’industrie de Paris), Elie Cohen (professeur à Paris IX Dauphine) et Claude Allègre.

Le thème était : « Enseigner demain , des enseignants qui innovent pour un métier qui change ».


Extraits des déclarations de M. Vulliez :

- « On a assisté à un profonde mutation des valeurs des jeunes au cours des deux dernières décennies, mutation à laquelle l’enseignement doit s’adapter. Les nouvelles valeurs sont : fric, fun et Moi Sa. » (1)

- « Il y a une généralisation de la concurrence internationale en matière d’éducation. »

- « On commence à voir s’affirmer une reconnaissance du rôle formateur de l’entreprise. »

- « Nous passons d’une logique de la qualification à une logique de la compétence. »

- « Il faut aller vers une professionnalisation des études. »

- « Les enseignants doivent être soumis à une logique de résultats. »


Extraits des déclarations de M. Bengtsson :

- « L’enseignement doit apporter des compétences plus que des savoirs. »

- « Chacun doit apprendre à être entrepreneur de soi-même. »

- « On est engagé dans une mondialisation du secteur éducatif. »

- « La libéralisation de l’éducation et la santé est au programme de l’A.G.C.S. (Accord Général pour la Commercialisation des Services) et celles-ci vont faire l’objet de négociations à terminer avant 2005, selon une décision prise à Doha par l’OMC (Organisation Mondiale du Commerce). »

- « Les pays de l’OCDE dans lesquels le niveau scolaire est le moins bon, si l’on se réfère à leurs résultats en mathématiques sont l’Italie et l’Allemagne. »


Extraits des déclarations de M. Vachey :

- « Les jeunes se tournent résolument vers l’entreprise, et ils faut les y introduire le plus tôt possible. »

- « Il faut favoriser la proximité des enseignants avec le monde de l’entreprise et leur proposer des stages de formation en entreprise pour qu’ils la connaissent. »

- « L’école a pour valeurs le respect et l’obéissance, or l’entreprise a besoin de réactivité, cela suppose de la désobéissance. On devrait apprendre aux élèves à faire fructifier leur capital de désobéissance. »


Extraits des déclarations de M. Boisivon :

- « Le modèle scolaire traditionnel a touché ses limites. »

- « Les coûts de l’éducation se sont envolés, il n’ y a plus d’argent public. »

- « C’est un problème de management de l’éducation. Les établissements doivent être gérés comme des unités de production autonomes. »

- « Les enseignants devront être évalués. Il n’y a pour l’instant, pas de véritable gestion du personnel enseignant, c’est un archaïsme social. »

- « On ne doit pas dire : l’élève est au centre du système éducatif mais : le client est au centre du marché. »

- « Les enseignants qui ne s’adapteront pas seront hors-jeu. »


Extraits des déclarations de M. Allègre :

- « Je suis pleinement d’accord avec M. Boisivon. D’ailleurs le système scolaire allemand, qui donne un rôle important à l’alternance école-entreprise est excellent. » (2)

- « Les universités ont été créées par les professeurs, pour les professeurs, sauf celle de Bologne, où ce sont les demandes des étudiants qui ont déterminé l’ouverture d’une université. L’enseignement secondaire a hérité de l’université de ce point de vue : c’est le professeur et non l’élève qui est au centre du système éducatif. »

- « J’ai porté comme une croix, pendant mon ministère, le mot d’ordre des 80% d’une classe d’âge au niveau du baccalauréat. »

- « A l’école primaire, le maître s’occupe de ses élèves et connaît leurs noms. Les professeurs, eux, ne s’occupent pas des élèves et ne connaissent même pas leurs noms. Ils font leur cours et ils s’en vont. »

- « Le but d’un professeur est d’avoir trois anciens élèves à Polytechnique. »

- « Il n’est pas normal que 50% des reçus à Polytechnique et à l’ENA soient des fils d’enseignants du secondaire. »

- « Aux Etats-Unis, le système scolaire est bon parce qu’il a réussi à proposer un enseignement d’élite et un enseignement de masse. »

- « Les enseignants doivent renoncer à faire des cours magistraux, même s’il est beaucoup plus difficile de se confronter avec des adolescents qui posent des questions que de faire un cours. Nous allons vers une véritable résistance des enseignants face au changement de leur métier. »

- « L’ordinateur sera l’outil du changement. Le rôle de l’enseignant sera, par exemple de dire : "Toi le logiciel machin, il ne te va pas. Prends donc le logiciel untel." »

- « Si on veut qu’il y ait de très bonnes universités, il faut qu’il y en ait de mauvaises. L’idée d’égalité dans l’éducation est une illusion complète. »


Propos recueillis par Edith Wolf


1. Cette expression est reprise et glosée ainsi (dans le petit ouvrage qui était distribué sur place : Enseigner demain, publié par la Chambre de commerce et d’industrie de Paris) : « il me faut de l’argent, mon niveau de consommation caractérise ma position sociale, je refuse de faire des choses perçues comme ennuyeuses, je suis à la fois le but et le moyen de ma réussite ».

2. Relisez la fin de l’intervention de M. Bengtsson et tentez de comprendre quelque chose.


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