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L'alibi miracle de l'Éducation nationale : tous dyslexiques

Un article très intéressant dans "Télérama" du mercredi 28 novembre 2001, sous la plume de Sophie Berthier. Il s'agit du compte rendu d'un livre qui attaque violemment la méthode de lecture officielle : Colette Ouzilou, Dyslexie, une vraie fausse épidémie, Presses de la Renaissance, 212 p., 99 F.

Ce livre a aussi fait l'objet d'un compte rendu dans "Fémina" du 20 octobre (magazine hebdomadaire vendu avec beaucoup de journaux régionaux).


Colette Ouzilou ne mâche pas ses mots : " L’Education nationale est l’ennemi des enfants. " Orthophoniste, elle est l’auteur d’un livre (1) qui met radicalement en cause la méthode semi-globale d’apprentissage de la lecture appliquée en CP. Depuis le début des années 70, on a en effet tourné le dos à la méthode analytique qui consiste à reconnaître les lettres, puis à les associer en syllabes pour ensuite construire un mot. A présent, l’élève de primaire apprend d’abord le mot : " Le décodage syllabique ne vient qu’après, trop tard, explique Colette Ouzilou. L’enfant prend l’habitude d’essayer de deviner de quoi il retourne en faisant appel à une "mémoire bête", à ce qu’il a déjà vu ou entendu. Je prends souvent l’exemple du code de la route : quel est l’intérêt d’identifier un panneau de signalisation si l’on ignore à quel danger, à quel droit ou à quelle obligation il renvoie ? " Pourtant, cette méthode qui " zappe " la phonétique (on visualise le mot sans s’arrêter à la sonorité des lettres) a été approuvée par l’Éducation nationale dès 1974. Elle serait, selon Colette Ouzilou, la vraie responsable du nombre affolant d’enfants mal-lisant (au moins 20 % des écoliers de primaire), c’est-à-dire incapables de décoder un texte simple à leur entrée au collège.

Les autorités pédagogiques, elles, posent un tout autre diagnostic, avec un coupable tout trouvé : la dyslexie. En septembre dernier, un plan de dépistage de la dyslexie a même été lancé dans les sections grande maternelle au motif que 10 % des enfants scolarisés (soit environ 600 000 élèves) seraient concernés. " C’est scandaleux ! s’insurge Colette Ouzilou. La dyslexie est une pathologie rare qui nécessite une rééducation souvent très longue. Le gouvernement va dépenser un fric fou pour "dépister" des enfants tout à fait normaux au lieu de consacrer le même argent à la formation d’instituteurs qui manquent cruellement de connaissances en phonétique. " S’appuyant sur ses trente années d’expérience dans des centres médico-psycho-pédagogiques et en cabinet privé, elle affirme n’avoir traité qu’une quinzaine d’authentiques dyslexiques ; dans le même temps défilaient des centaines d’enfants en situation d’échec scolaire à cause de la lecture et de l’orthographe. " Quand je parviens à remettre un enfant sur la bonne voie en trois mois, c’est qu’il était tout sauf dyslexique. "

On s’étonne tout de même du décalage entre l’émoi de l’Éducation nationale, qui crie à l’épidémie de dyslexie, et l’explication strictement pédagogique de l’orthophoniste. Mais Colette Ouzilou a réponse à tout : " Mon passé clinique me permet d’être catégorique. Contrairement à mes jeunes confrères, j’ai suivi la genèse du phénomène. En 1968, je rééduquais essentiellement des enfants souffrant de retard de langage, de bégaiement. Mais, au début des années 70, j’ai vu apparaître la première vague de lecteurs défaillants, et, depuis, leur nombre n’a fait qu’augmenter. Pourquoi des bacheliers font-ils aujourd’hui quinze fautes dans une dictée qui était au programme du Certificat d’études d’avant-guerre, époque où l’on ne tolérait qu’une faute et demie par copie ? " Sa conclusion est sans appel : l’alerte à la dyslexie n’est qu’un faux-fuyant. " Le problème est devenu trop aigu pour qu’on le nie purement et simplement.

Alors, on le médicalise ou bien on le rationalise sur le thème " trop de télé et pas assez de lecture". Quitte à culpabiliser inutilement les parents ; tout plutôt que de remettre en cause les méthodes d’enseignement. " La praticienne a détecté trop d’anxiété, senti trop d’angoisse, de souffrance chez les enfants et les adolescents mal à l’aise avec l’écrit pour tolérer qu’on se voile ainsi la face. " Il faut dire et répéter qu’il est facile d’apprendre à lire. Tout repose sur une technique très précise et très ponctuelle que l’on transforme à tort en idéologie. "

Sophie Berthier

Mauvaise langue

La radicalité jubilatoire et salutaire du diagnostic de Colette Ouzilou (Télérama n° 2707) - l'alibi de la dyslexie - mériterait que l'on s'y arrête davantage. Il est urgent de mesurer que le catastrophisme ambiant n'a rien d'exagéré. Pour s'en persuader, je recommande à chacun, armé de son bon sens, d'ouvrir un manuel à l'usage des futurs maîtres (dont je suis). Vous y découvrirez le monde merveilleux des (ré)formateurs et son lot de révolutions. Nos pédagogues, (dé)formateurs au pouvoir immense et méconnu, n'ont en effet de cesse de démolir systématiquement la langue française et son enseignement (à commencer par la lecture, qui en est le pilier). Vous apprendrez donc pêle-mêle qu'ils se félicitent d'avoir aboli l'archaïque B.A.-BA (remplacé par la méthode globale, où le mot est reconnu " comme n'importe quel objet; la lecture devient donc un jeu de devinette), qu'ils ont mis fin à la ty-rannie élitiste et bourgeoise des grands auteurs pour réhabiliter, dans un souci absurdement égalitariste, d'autres types de textes notices de montage, recettes [...]. Il est grand temps de tirer la sonnette d'alarme et de mettre ces scientistes hors d'état de nuire. Mine de rien, leurs expérimentations compromettent gravement le devenir intellectuel des enfants (qui prendra la peine d'apprendre à lire à un adolescent ?), véritable crime culturel aux conséquences politiques redoutables.

J.L. Bordeaux (Télérama 2710 - mercredi 19 décembre 2001 - p.8 courrier des lecteurs)


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