Le Monde du 16/12/03 : L'Université sacrifiée.
(...) On ne peut pourtant laisser se refermer indéfiniment leur accès sans désintégrer la société française. Selon une statistique de Michel Euriat et Claude Thélot (cité dans un rapport à venir du Conseil d'analyse économique éducation et croissance), "la part des jeunes d'origine populaire à l'X, l'ENA et Normale Sup est passée de 21 % dans la première moitié des années 1950 à 7 % aujourd'hui". Le phénomène est général. Comme le note aussi le rapport Attali ("Pour un modèle européen d'enseignement supérieur"), 7 % seulement des enfants d'ouvriers "intègrent" une Grande Ecole, alors qu'ils représentent 37 % de leur classe d'âge. Aucune discrimination positive ne saura jamais suffire si l'on n'adapte pas les Grandes Ecoles à l'exigence de démocratisation que l'on attend du reste du système universitaire.
(...)
Notre université soviétique, par Antoine Compagnon et Philippe Hamon.
(...) Si nous en jugeons d'après ce qui est advenu dans notre discipline - la langue et la littérature françaises -, domaine essentiel pour le rayonnement de notre culture en Europe et dans le monde, c'est malheureusement non pas le critère scientifique, mais une fois de plus l'esprit de parti qui a inspiré le ministre dans ses nominations. Celles-ci, toutes proches du Syndicat national autonome des lettres et sciences humaines - apparenté au Syndicat national autonome des lycées et collèges (Snalc-CSEN) -, au point d'inclure plusieurs de ses anciens candidats et même de ses élus, se sont faites au mépris des spécialités.
(...)
Scepticisme, défiance ou indifférence : enseignants et parents sont peu mobilisés.
(...) Même si la plupart des syndicats ont décidé de jouer le jeu - à l'exception d'appels locaux au boycott comme pour SUD-Education -, le débat relève souvent de l'exercice obligé ou de l'accomplissement du devoir. "La crise du printemps dernier n'est pas cicatrisée. Le gouvernement a laissé les choses en suspens, ce qui ne facilite pas le débat", analyse un inspecteur d'académie du sud de la France. Les prélèvements de salaire pour grève contribuent au manque d'enthousiasme et les réticences sont fortes dans les départements en pointe lors du mouvement. "Certains collègues considèrent que les dés sont pipés et que les projets du gouvernement sont déjà dans les cartons", remarque Goulven Kerien, représentant du SNES en Seine-Saint-Denis.
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Libération du 03/12/03 : Reviens, Voltaire !
(...) Qu'on n'aille donc pas s'exciter sur la pertinence ou non de l'enseignement du fait religieux à l'école. L'urgence c'est l'enseignement du fait athée. (...)
Le Monde du 03/12/03 : Comment redonner aux élèves le goût des disciplines scientifiques.
"Nous risquons d'avoir bientôt du mal à recruter des professeurs de sciences et des chercheurs de qualité."Le mathématicien Jean-Pierre Bourguignon, directeur de l'Institut des hautes études scientifiques (IHES), n'est pas homme à se répandre en propos alarmistes. Mais il éprouve "une vraie inquiétude" à observer dans sa discipline - pourtant mieux armée que d'autres pour résister grâce à l'excellence de l'école française de mathématiques - "une dégringolade du nombre de candidats". "Où la chute s'arrêtera- t-elle ?, s'interroge-t-il. Et comment réamorcer la pompe ?"
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Novembre 2003
Le Figaro Magazine du 29/11/03 : Un débat dépassé... mais par quoi ?.
(...) Durant les années 1970-1990, les élèves ont été largement invités à être les auteurs de leur propre formation : ils ont été incités à se former en s'appuyant sur leurs convictions, leurs désirs, pour construire du sens et du savoir. Cette pédagogie de la spontanéité, de l'autopromotion a été extrêmement nuisible à ceux qui avaient le plus besoin de nous : c'est-à-dire - je n'hésite pas à le souligner - qu'elle a fini paradoxalement par constituer un déni de démocratie. Les jeunes qui étaient bien entourés par leurs parents pouvaient laisser libre cours à leur fantaisie, sans risque important pour leur formation culturelle : l'environnement familial compensait. Mais ceux qui avaient des assises culturelles plus fragiles n'ont pas tiré leur épingle du jeu d'un enseignement fondé sur le ludique, l'autoconstruction et la remise en cause de toute hiérarchie.
(...)
Les points clés du débat.
(...) Ne transmettant presque aucun contenu d'enseignement à leurs stagiaires, ces « écoles de déformation » pourraient très facilement être fermées sans aucune conséquence pour les futurs maîtres, dès lors que la majorité d'entre eux demande depuis longtemps qu'on leur laisse plutôt gérer une classe sur le terrain, en tutorat auprès des instituteurs, face à de vrais enfants. Ce constat est même tellement partagé qu'une loi était prête il y a moins de deux mois pour entériner une réforme profonde des IUFM. Mais Luc Ferry l'a remisée dans un tiroir au tout dernier moment. La pression du lobby des pédagogues ? L'imminence du grand débat ? Nul ne connaît les raisons de son revirement.
(...)
Libération du 27/11/03 : Débattons (dans les roues).
(...) concernant les méthodes retenues par M. Thélot, grand ordonnateur du truc, c'est une autre affaire, qui transforme le scepticisme en hilare incrédulité. Le 20 novembre, ce Thélot exposait dans ces termes la procédure par lui retenue : «L'animateur devra extraire les trois priorités pour l'école que le débat aura dégagées, et les écrire dans trois phrases. Ensuite, j'utiliserai un outil d'analyse de texte pour réduire les 45 000 phrases que j'aurai reçues [...] à quelque 500 phrases, soit une vingtaine de pages sans trop (sic) de perte de sens.» Et de préciser, le drôle, qu'il conviendra d'y éviter les phrases creuses du type «l'école doit servir à la réussite de tous»
(...)
Libération du 25/11/03 : L'école du "bien commun", par Philippe Meirieu.
(...) Comment éviter que les élèves ne passent en classe comme des zombies, concédant un peu de leur temps et faisant semblant de s'intéresser dans le meilleur des cas à ce que leur disent les adultes, attendant fébrilement d'aller retrouver, dehors «la vraie vie», celle des copains et de la télévision ? Comment articuler les programmes scolaires, nécessairement directifs et valables pour tous, à la multiplicité des histoires individuelles ? Comment mobiliser la liberté d'apprendre à des horaires fixes et sur des sujets imposés ?
(...)
Le Figaro du 23/11/03 : L'école en insécurité linguistique.
(...) Dans le cortège des abandons, comment ne pas citer la mise au placard de l'enseignement de la grammaire? Sous prétexte que l'analyse grammaticale trop détachée des textes et des discours était devenue artificielle et non fonctionnelle, on a privé les élèves qui en avaient le plus besoin d'une réflexion sur l'organisation de la langue qui seule permet la distance nécessaire à sa maîtrise. Comment imaginer que des élèves en mal de mots, maîtrisant avec peine la lecture de phrases puissent s'engager dans cette voie aride? C'est mettre nos enseignants dans une situation quasi inextricable.
(...)
Le Monde du 21/11/03 : Pour ne pas faire fausse route, par Christian Forestier.
(...) Si l'on souhaite donc augmenter le nombre de jeunes titulaires d'un diplôme d'enseignement supérieur long, il est tout d'abord indispensable d'augmenter l'accueil dans la voie générale du lycée.
Il doit être possible de retrouver rapidement les taux des années 1990. Pour aller au-delà, un travail de réflexion en profondeur est nécessaire sur les raisons de l'effondrement de la série littéraire, sur l'éventualité de créer de nouvelles séries, sur le fonctionnement de la classe de seconde.
(...)
Libération du 19/11/03 : L'école n'a jamais fait aussi bien, entretien avec André Giordan.
(...) En somme, ce n'est pas le niveau qui baisse mais les exigences qui augmentent ?
Et qui changent. La société est face à une mutation qu'elle maîtrise mal. De nos jours, on n'est pas seulement illettré si on ne sait pas lire. On l'est tout autant si on ne maîtrise pas un minimum de droit, d'économie, d'urbanisme, de psychologie, d'anthropologie... La plupart de ces savoirs, si importants pour décoder nos sociétés, ne sont pas à l'école.
(...)
Libération du 18/11/03 : Ecole : et la vingt-troisième question ? par Sylvain Canet.
(...) Et on finit presque par trouver la ficelle un peu grosse quand la question 18 porte en elle-même sa réponse «rafarinisée» : «Comment, en matière d'éducation, définir et répartir les rôles et les responsabilités respectifs de l'Etat et des collectivités territoriales ?» Ou comment prôner, ni vu ni connu, la décentralisation comme l'évidente solution des maux de l'école (ce chapitre est délicatement titré : «Améliorer le fonctionnement de l'école») ; et tenter d'échapper aux alertes de ceux qui pointent le risque des inégalités de moyens.
(...)
Canal+ le 17/11/03 : Débat L. Ferry / R. Boutonnet.
(...) "Ce n’est pas le ministre qui impose une méthode. Nous déconseillons officiellement, très clairement non seulement la méthode globale mais l’usage prolongé de méthodes mixtes : en clair les méthodes mixtes, comme l’a très bien dit, la collègue tout à l’heure, sont des méthodes qui commencent par du global puis après on passe au B+A=BA. Il ne faut pas passer trop de temps avec du global ou cela produit des effets désastreux.
C’est clairement dit dans les instructions officielles mais encore une fois les professeurs sont libres de leurs manuels et de leur méthode."
(...)
Le Monde du 16/11/03 : Les enseignants abordent le "grand débat" sur l'école sans illusions.
(...) "On aimerait y croire mais on n'y croit pas."En une formule, l'enseignante d'espagnol a résumé l'opinion des professeurs du lycée Corot. Trop de consultations n'ont débouché "sur rien". (...)
Entretien avec Claude Thélot, président de la commission nationale du débat sur l'avenir de l'école.
(...) "De nombreuses consultations se sont succédé depuis une vingtaine d'années sans grand résultat. En quoi diffère le "débat national" ?
D'abord, je conteste le fait que les consultations précédentes n'aient pas abouti à des changements notables. Même la dernière en date, lancée par Claude Allègre, a conduit notamment à la mise en place des travaux personnels encadrés au lycée, qui sont une modification capitale des habitudes d'enseignement. " (...)
Le Nouvel Observateur du 13/11/03 : Cavanna au tableau.
(...) Intarissable sur le sujet, Cavanna, 80ans, défend très joliment l’école républicaine, celle où «les instituteurs professaient un respect absolu du savoir, tout en éveillant notre goût de comprendre: ils préféraient des têtes bien faites plutôt que bien pleines».
(...)
Libération du 12/11/03 : Les dessous du privé.
(...) Pour autant, le pire est ailleurs. Il tient à la qualité et au recrutement des enseignants. Dans le lycée dans lequel j'enseigne la comptabilité, alors même que j'ignore jusqu'aux bases de cette matière, le recrutement est pour le moins bizarre puisque de nombreux enseignants professent des matières qu'ils n'ont pour autant jamais étudiées. Une comptable enseigne le droit ; une professeure de mathématiques, la comptabilité ; et un juriste, l'informatique. C'est que, dans l'enseignement privé, même sous contrat, l'aspirant enseignant accepte le poste qui lui est proposé par le chef d'établissement, qui est le maître du recrutement du personnel administratif et enseignant de son entreprise.
(...)
Le Figaro du 05/11/03 : La révolution copernicienne de l'école.
(...) Bien des pédagogues modernes se réclament, pour justifier ce prétendu centrage de l'élève, de Rousseau et de Comenius. Mais ils occultent soigneusement, chez le premier, l'autorité du maître, incarnée, dans son extériorité absolue, par le pédagogue d'Émile, et, chez le second, l'affirmation que l'enfant non éduqué n'est «rien», sinon «une matière informe et brute» (Grande Didactique, p. 47) qui devra être conduite vers l'«humanité». L'«auteur», auctor, est celui qui «augmente, qui «pousse à agir» et qui «garantit de son autorité» (augere) ceux qui lui sont confiés, lecteurs ou auditeurs. La suppression de l'autorité dans le monde de l'éducation, au profit de la libre expression, de la spontanéité créatrice ou de la culture supposée des élèves, les prive de l'accroissement de leur savoir et de l'approfondissement de leur humanité.
(...)
Octobre 2003
Libération du 31/10/03 : Les syndicats renvoient Ferry à ses disciplines.
(...) Vertus de cette «bivalence» du point de vue de certains syndicats ou mouvements pédagogiques : elle permet de limiter le nombre d'enseignants en 6e et en 5e, et de rapprocher ainsi le fonctionnement des premières années du collège de celui du primaire. Autre avantage : gérer au plus près les ressources enseignantes. (...)
Libération du 30/10/03 : Luc Ferry prône la double casquette.
(...) "Qui peut dire sérieusement qu'un professeur d'allemand ne peut pas faire un cours de
français ou un cours d'histoire, par exemple, en sixième", a demandé Luc Ferry, interrogé
par la chaîne Public Sénat à l'issue de son audition par la Commission des finances sur le
budget de l'Education 2004. (...)
Marianne du 20/10/03 : Pourquoi l'école a démissionné devant l'obscurantisme.
(...) Que penser, dès lors, de programmes qui suppriment l’histoire littéraire, ou encore d’un ministre de l’Education nationale, Claude Allègre en l’occurrence, déclarant dans une interview, le 23 novembre 1999, au journal France-Soir que l’enseignement de l’histoire ne "doit pas entrer dans les détails ", mais "se contenter de quelques flashs"? Robert Wainer a procédé à un test sur ses deux classes de seconde du lycée René-Cassin : cinq élèves sur six ne distinguent pas, dans une phrase, la cause de la conséquence ! "On leur a tellement répété que l’essentiel est d’exprimer leur ego, déplore-t-il, qu’ils se cantonnent à une pensée de la profération pure. Le fait est qu’on leur a donné la parole, mais sans leur transmettre les mots pour le faire."
(...)
Le rapport qui tape à côté de la plaque.
(...) Marianne s'est procuré des copies d'une classe de sixième, afin de comprendre comment fonctionnent ces tests. Résultat édifiant. Les tests de français sont pratiqués sur une semaine entière, et composés de divers exercices, dont le dernier est une rédaction. Il s'agissait cette année, pour les élèves, de raconter la découverte d'un trésor par un petit garçon et son chien, et l'inquiétude des parents pendant leur absence. Les copies retranscrites viennent d'un collège de ZEP, près de Lille. Elles ne sont pas les plus mauvaises de la classe...
(...)
Libération du 16/10/03 : 10/10 pour le 9-3.
(...) Retourner à l'école et écouter Cécile Ladjali faire l'éloge de la transmission, quand tout devrait l'amener à pleurnicher sur le rien ne va plus. Elle enseigne les lettres en Seine-Saint-Denis, dans le fantasmatique 9-3, à des secondes blacks-blancs-beurs, décontractés et attentifs, vanneurs et admiratifs. Elle innove dans les méthodes (recueils de poésie qu'elle fait éditer, pièces de théâtre qu'elle fait jouer) mais veut les armer des références les plus classiques. Elle se refuse à partir du «vécu de l'enfant», à s'immerger dans la culture urbaine, à versifier façon NTM. Elle tente la difficile réconciliation de l'élitisme des républicains et de la créativité des pédagos. (...)
Le Monde du 15/10/03 : Réhabiliter le travail : à l'école aussi, par Luc Ferry.
(...) Depuis un an et demi, le gouvernement de Jean-Pierre Raffarin est lui-même au travail : nul ne peut, sans prêter à rire, prétendre que la réforme des retraites, ajournée par Lionel Jospin parce qu'elle risquait d'être impopulaire, était facile à faire. La réorganisation du système de santé, dont chacun sait combien elle est tout aussi difficile, est en cours, la décentralisation adoptée dans son principe, l'insécurité enfin combattue avec énergie, les 35 heures assouplies, le smic revalorisé comme jamais depuis vingt ans, le revenu minimum d'activité mis en place pour ne laisser personne au bord de la route, le dialogue social rétabli, le système scolaire recentré sur ses vraies missions : la prévention de l'illettrisme, le rétablissement de l'autorité des maîtres et de la culture scolaire, la réorganisation en profondeur d'un collège prétendument "unique" qui a désormais bien besoin de s'ouvrir davantage à la voie professionnelle et à la découverte des métiers... (...)
Le Figaro Magazine du 11/10/03 : Lagarde & Michard : le retour d'un classique.
(...)
«Un professeur de français ne peut pas faire un cours de qualité, même s'il en meurt d'envie, même face à une classe d'un bon niveau et qui n'attend que ça, s'il ne dispose pas d'un bon manuel», rappelle-t-on ainsi à l'association Sauver les lettres, dont les membres militent pour la réhabilitation de l'orthographe, de la grammaire et de la littérature, contre une institution qui ne remet jamais en cause le contenu de ses programmes, sinon pour proposer qu'on les «allège» encore, en les rendant toujours plus confus, ennuyeux et incompréhensibles.
(...)
Le Monde du 01/10/03 : Etat des lieux du système scolaire avant le grand débat national.
(...) Il est légitime d'attendre une amélioration sensible du niveau de lecture grâce à la rénovation des programmes, mais "elle ne sera sans doute pas suffisante", considèrent les auteurs. Ils préconisent un développement de la recherche et un travail approfondi et organisé sur l'analyse des pratiques pédagogiques. (...)
Le Monde du 01/10/03 : Les premiers résultats décevants du plan de prévention de l'illettrisme.
(...) La réforme des IUFM, reportée sine die, est aussi très attendue. Dans le Journal d'une institutrice clandestine (Ed. Ramsay, 2003), Rachel Boutonnet déplore de n'avoir passé que six heures sur l'enseignement de la lecture durant sa formation théorique. "L'enseignement de l'apprentissage de la lecture reste insuffisant dans les IUFM, dont certains peuvent être très défaillants", considère Luc Ferry.
Enfin, dernière réflexion ouverte par Luc Ferry, le redoublement précoce dans certains cas précis. Cette piste va à l'encontre des études sur le sujet, auquel Le Monde de l'éducation consacre le dossier de son dernier numéro. Déjà en 1983, des études révélaient qu'à niveau faible égal au CP, les enfants admis en CE1 progressaient beaucoup plus rapidement que leurs camarades redoublants dont les aptitudes stagnaient, voire régressaient dans les premiers mois.
L'enjeu apparaît considérable : selon une étude du ministère de l'éducation de septembre 2002, 17,5 % des élèves entrant en 6e ont des difficultés de lecture, avec un noyau dur de 4 % d'élèves en très grande difficulté et de 7 % présentant des difficultés importantes.
Septembre 2003
Le Monde du 25/09/03 : Réforme ou implosion ?, par Marc Fumaroli.
(...) Je porte à l'enseignement public français, et à ses maîtres formés à l'ancienne école, une immense gratitude ; je crois à mon tour l'avoir bien servi. Rien ne me désole autant que de le voir, dans le domaine qui est le mien, la langue et la littérature françaises (et qui n'est pas le moindre de ceux où notre enseignement public a fait l'admiration du monde), dégradé par un pédagogisme prétentieux, jargonneur et ignorantin qui barbarise les jeunes esprits. Aux Etats-Unis, la médiocrité de l'enseignement élémentaire et secondaire est souvent effarante. Pour ceux qui veulent s'en sortir par les études, elle se rattrape dans les universités. Nombreuses sont très moyennes, beaucoup sont excellentes et attrayantes pour les étudiants du monde entier ; celles-ci peuvent se permettre, par un système de sélection attentive étayé par des bourses d'études, de canaliser et limiter avec soin leur public. Nul n'y voit une atteinte à la démocratie et à l'égalité des chances.
En France, on a érigé en dogme pseudo-démocratique une sorte de service universitaire uniforme et gris (comme la "théorie" des linguistes et des didacticiens) : c'est plutôt un moyen déguisé de dégonfler les statistiques du chômage que de favoriser l'initiation sérieuse des jeunes gens à une solide discipline ou leur accès à une vie professionnelle qui réponde à leur savoir et à leurs dons. Le discernement des vocations et la sélection des plus doués, quelle que soit leur origine, ont cessé d'être le principe de l'école et de l'université républicaines. Seuls se tirent d'affaire les enfants des familles averties des fondrières de l'enseignement public et qui savent les contourner.
(...)
Le Figaro du 16/09/03 : L'école de la République et l'égalité des chances, par Alain Cadix.
(...)
Tout le monde aujourd'hui se focalise sur le collège, le traitant de maillon faible du système.
C'est doublement injuste. D'abord parce que le collège part avec un lourd handicap: il accueille toute une classe d'âge (ou presque), sans examen d'entrée et sans procédure d'admission sur dossier. Et dans les classes d'âge qu'il reçoit en 6e, 20% des élèves ne maîtrisent pas les compétences de base en lecture et 40% ne maîtrisent pas les pré-requis en mathématiques. Où est donc le maillon faible?
(...)
Le Monde du 16/09/03 : Ecole : un "grand débat" déjà contesté.
(...) "Le diagnostic partagé, ainsi fondé sur vos débats, permettra de déterminer le contrat qui lie pour le XXIe siècle la nation à son école", a déclaré M. Raffarin, en installant la commission lundi à Matignon. "L'autre Ferry (Jules, NDLR) disait qu'on ne demandait pas aux professeurs de construire des grammairiens, mais des hommes. Aujourd'hui, on demande à l'école de faire la différence entre des hommes soumis et des hommes", a lancé M. Raffarin.
(...)
Libération du 16/09/03 : Le débat sur l'école en session de rattrapage.
(...) En un cocasse exercice d'amnésie collective, personne n'a évoqué hier le fait que ledit débat avait déjà été «lancé» au printemps dernier sous le titre «Parlons d'école». Il avait été précédé par la publication, en mars, de la Lettre à tous ceux qui aiment l'école, envoyée aux 800 000 enseignants français. Une vingtaine de déplacements avaient été planifiés dans l'urgence : l'objectif était d'ouvrir la discussion au Parlement «avant l'été». Ils furent annulés dans la même urgence après la deuxième étape, à Rodez, où certains enseignants très remontés avaient bombardé la suite ministérielle avec des exemplaires de la fameuse Lettre. (...)
Le Monde du 14/09/03 : Comment Matignon a escamoté le livre de débat de Xavier Darcos.
(...) L'éditeur, Desclée de Brouwer (groupe PVC, filiale du groupe Le Monde), et le coauteur, Philippe Meirieu, ont été prévenus par Xavier Darcos de l'impossibilité de sortir l'ouvrage à la date prévue. Une publication en janvier ou février, un temps évoquée, a été refusée par M. Meirieu.
(...)
Philippe Meirieu : "Les enseignants ont le sentiment d'être impuissants à combattre la fatalité sociale".
Face à l'impossibilité de publier le livre d'entretiens à la date prévue, Philippe Meirieu a annoncé à son éditeur et à Xavier Darcos, par un courrier daté du 11 septembre, qu'il renonçait à cet ouvrage commun et qu'il reprenait ses droits. M. Meirieu a accepté que Le Monde publie des extraits de ses textes.
(...)
Philippe Meirieu : les enseignants et la fatalité sociale (rtf).
On lira ci-dessous de larges extraits d'un livre qui aurait dû paraître sous le titre Libre propos sur l'école chez Desclée de Brouwer (groupe PVC, filiale du Groupe Le Monde). Ce livre reproduisait un dialogue entre le ministre délégué à l'enseignement scolaire, Xavier Darcos, et Philippe Meirieu, directeur de l'Institut universitaire de formation des maîtres (IUFM) de Lyon.
(...)
Le Monde du 13/09/03 : Le grand débat sur l'éducation privé d'un livre de débat.
(...) Selon nos informations, la sortie de l'ouvrage, prévue pour le 15 octobre, a été annulée du fait de l'intervention de l'entourage du premier ministre, Jean-Pierre Raffarin. Matignon a craint que cette publication ne perturbe le déroulement du "débat national" et a donc exigé du ministre de l'enseignement scolaire qu'il abandonne son projet. L'éditeur, Desclée de Brouwer (groupe PVC, filiale du groupe Le Monde), confirme que la sortie du livre est "repoussée".
(...)
Libération du 11/09/03 : Apprendre plus tôt à enseigner, par Raymond-Philippe Garry.
(...) Pour terminer, déclinons succinctement le nouveau parcours souhaité : dès l'entrée en Deug, l'université propose à l'étudiant désirant s'orienter vers le professorat un module de sensibilisation au métier (ex : missions de l'école...). En deuxième année de Deug, un module plus spécifique, orienté sur la connaissance des élèves et du milieu social, pourrait être suggéré. Ces modules de première et deuxième années n'excédant pas 10 à 15 % du volume horaire annuel (ou semestriel) ne devraient pas empêcher une réorientation possible. Au stade de la préparation à la licence, le choix de l'étudiant est définitif : l'enseignement reste majoritairement disciplinaire (75 %), les 25 % restants sont consacrés à l'enseignement professionnel proprement dit : identité disciplinaire, histoire, épistémologie des disciplines. Cet enseignement est étayé par un stage de sensibilisation en lycée, collège ou école.
(...)
Le Monde diplomatique, septembre 2003 : Ce qui tue l'université, par Pierre Jourde.
(...) La spécialisation disparaît au profit de postes pédagogiques ou didactiques. En ce domaine, l'année 2003 fera date: en lettres, aucun poste de maître de conférences en littérature du XIXème siècle n'a été proposé, parmi un déferlement de postes de «technique d'expression ». En clair: l'université n'est qu'une sorte de lycée où il faut s'efforcer d'apprendre aux étudiants à construire une phrase. Quantité d'enseignements pour lesquels on ne dispose pas d'un universitaire en titre sont confiés à des vacataires empruntés aux lycées. Ou bien on recrute des professeurs agrégés (PRAG), soutiers de l’université devant assurer le double d'heures pour le même salaire, écrasés de travail et qui n'ont pas le temps de se consacrer à la recherche.
(...)
La révolte enseignante face aux inégalités, par Jean-Pierre Terrail et Jérôme Deauvieau.
(...)
Le Monde du 11/09/03 : Luc Ferry lance le "grand débat" sur l'éducation nationale.
(...) Une fois assuré son lancement officiel, l'opération devrait se dérouler en trois étapes. La phase initiale, déjà commencée, doit permettre d'établir un premier diagnostic. Le Haut Conseil d'évaluation de l'école (HCEE) est chargé de produire un état des lieux. C'est en majorité à partir de ce travail que la commission Thélot a pour mission de "cerner les grands thèmes"du débat d'ici à la fin octobre.
(...)
AFP du 09/09/03 : Lecture: Luc Ferry déconseille officiellement la méthode globale.
(...) M. Ferry, qui a fait de la prévention contre l'illettrisme une priorité, s'exprimait devant les élus UMP du conseil régional d'Ile-de-France, réunis en séminaire à Joinville-le-Pont (Val-de-Marne).
"Je déconseille vivement la méthode globale. Le fameux B.A. BA reste probablement la meilleure méthode", a insisté le ministre.
La méthode globale "n'est pas bonne", a-t-il ajouté, en précisant que cette appréciation figurait "dans les documents d'accompagnement du primaire pour cette rentrée".
L'Illustré du 03/09/03 : "L’école est devenue un hôpital de jour", entretien avec Jean Romain.
(...) Les parents aujourd’hui ne veulent plus ni interdire ni contraindre, car on pourrait les soupçonner d’autoritarisme. Parents et maîtres, par ce processus de culpabilisation, ont donc fait de l’enfant un roi. Elle est là, l’erreur. Comme il devient difficile d’être parents, ces derniers se défaussent sur l’école d’une responsabilité trop lourde pour eux, au motif qu’il ne peuvent plus assumer leur tâche. L’école doit donc remplir son rôle de transmetteur de savoir, mais aussi de parent, et encore d’informatrice en matière de drogue, de sida, de diététique ou de déprime… Au fond, elle est devenue un hôpital de jour, alors qu’elle devrait d’abord transmettre le savoir.
(...)
Le Monde du 02/09/03 : Luc Ferry s'explique sur le grand débat et les chantiers de l'éducation nationale.
(...) De novembre à fin janvier 2004, "le débat s'ouvrira sur le terrain dans tous les établissements de France". Luc Ferry a souhaité un "débat le plus large possible", avec les élèves, les parents, les syndicats, les partis politiques... Le Parlement participera aussi au débat "s'il le désire et quand il le désirera", a indiqué le ministre.
(...)
Libération du 01/09/03 : "Je ne suis pas le magicien d'Oz!", entretien avec Luc Ferry.
(...) Mais je vais aussi ouvrir une réflexion sur les sujets qui préoccupent directement le quotidien des enseignants : les évaluations en fin de cinquième, les conseils de discipline, les itinéraires de découverte, qui doivent à mes yeux devenir facultatifs, le redoublement et les alternatives qu'on peut lui trouver...
(...)
Libération du 30/08/03 : Les socialistes fayotent avec les profs.
(...) Jean-Luc Mélenchon a lui aussi évoqué cette «distance insupportable» qui existe désormais entre les profs et le PS. Son origine ? Ce «passage assez calamiteux quand nous avons repris des propos dignes du Café du commerce !» a dénoncé l'ancien ministre de l'Enseignement professionnel. Une allusion aux dégâts causés sous le magistère de Claude Allègre.
(...)
Libération du 25/08/03 : Remettons l'école en piste, par Yves Laszlo.
(...) Ce mouvement, qui procède théoriquement d'une volonté républicaine d'élévation du niveau moyen, a d'ailleurs des effets assez paradoxaux. Depuis plusieurs années, on constate une augmentation régulière de la proportion d'étudiants issus de milieux sociaux aisés dans les grandes écoles : qu'est-ce, sinon une faillite de l'idéal d'égalité des chances ? Mais si, de fait, l'école n'apprend plus, n'acquerront le savoir que ceux qui apprennent ailleurs, c'est-à-dire à la maison. C'est d'ailleurs sans doute pourquoi, dans les grandes écoles au moins, la proportion d'enfants d'universitaires augmente, et pas simplement celle des fils de bonne famille.
(...)
Libération du 20/08/03 : A l'école des individus, par François Dubet.
(...) De même que l'hôpital a progressivement appris à reconnaître les malades derrière leur maladie, l'école doit apprendre à reconnaître les élèves derrière leurs apprentissages et leurs performances. Elle doit aider chacun à produire son identité individuelle.
(...)