Le Monde du 19/12/04 : La télé-culture, ennemi numéro un de l'école, par Alain Bentolila.
(...) Ainsi systématisée par une télévision uniquement préoccupée d'audience, la prévisibilité est l'ennemi mortel de la lecture. Elle induit en effet un divorce sémiologique avec le livre et son auteur en faisant du déjà-su la condition nécessaire au passage à l'acte de lire : "Je ne lirai que si je te connais et si tu me dis par avance ce que tu as écrit."
Or les premières pages d'un livre posent toujours au lecteur la même question : "Allez-vous me comprendre ?" Qui, parmi ceux qui lisent encore de vrais livres, n'a pas ressenti cette anxiété propre aux commencements intellectuels ? Rien n'est d'emblée assuré ; rien n'est donné au départ ; tout est à prendre, ou du moins à comprendre. (...)
Le Monde du 18/12/04 : Les professeurs d'économie dénoncent les effets de la réforme de François Fillon.
(...) La crainte trouve son origine dans la réforme de la classe de seconde envisagée par le ministre de l'éducation nationale. L'Apses fait valoir que la réforme supprimera de facto la seconde comme classe dite de détermination, puisqu'elle permettra aux élèves de ne plus choisir qu'un seul enseignement de spécialisation, au lieu des deux options actuellement obligatoires. Or, pour accéder en première générale, une deuxième langue vivante sera indispensable.
Pour l'association, le projet du gouvernement va donc reléguer les sciences économiques et sociales au rang d'option facultative. Si la réforme est mise en œuvre, la proportion des lycéens faisant de l'économie en seconde générale (42 % actuellement, soit près de 240 000 élèves) serait donc vouée à chuter.
Le Monde du 15/12/04 : Les musées, multinationales de la culture.
(...) Mais si l'ouverture au plus grand nombre est aussi un enjeu démocratique, si l'interdisciplinarité est une donnée essentielle du XXIe siècle, la transformation de ces antiques temples de l'art en multinationales de la culture donne parfois le vertige. N'y a-t-il pas une contradiction entre la taille, le poids, le coût de ces usines à gaz culturelles tentées par le grand large et la justesse des programmations, la rigueur scientifique ou la qualité des collections ? Les enjeux économiques auxquels elles sont confrontées ne risquent-ils pas de dévorer ces trop belles machines ? Les nouveaux "tycoons" des arts plastiques sont accusés de ne s'intéresser qu'à l'Audimat et au financement de leurs impeccables paquebots.
Il est vrai que des mesures maladroites, comme la suppression de la gratuité naguère accordée par le Louvre aux professeurs et aux artistes, pourraient le laisser supposer. Il est en revanche tout aussi vrai que l'on ne reviendra pas en arrière, comme le réclament certains conservateurs ou historiens de l'art - qui ne sont pas seulement les plus âgés de la profession. Le musée du XXIe siècle doit inventer ses propres frontières. A ses risques et périls.
Libération du 15/12/04 : Du conformisme éducatif.
(...) Pour l'essentiel, la future loi étend des mesures qui, jusque-là, n'ont pas permis de vaincre l'hydre qu'elle prétend décapiter : l'échec scolaire. Offrir des heures de soutien aux élèves qui peinent à suivre ? Ça marche fort bien avec des enfants ou des adolescents qui éprouvent des difficultés passagères. Mais pour les élèves en (pré)rupture scolaire et/ou sociale, cela aide à tisser une confiance qui fait généralement défaut, mais cela ne suffit pas imposer trois heures de plus à un enfant déjà rétif aux 27 heures qui précèdent n'a guère de sens et fait peser sur les enseignants la menace d'un épuisement professionnel plus grand encore. Donner des bourses de mérite aux élèves issus de milieu défavorisé qui obtiennent des mentions au brevet ou au bac ? Voici une générosité qui s'accommodera fort bien de la disette budgétaire : si rien n'est fait en amont, ils ne se bousculeront pas plus au portillon demain qu'aujourd'hui. Dans cette conception de la politique où le ressenti compte plus que le réel, la loi fait ainsi le pari de restaurer la confiance en enrobant une réforme a minima de principes suffisamment polysémiques pour être populaires (cf. le socle commun de connaissances). (...)
Le Monde du 15/12/04 : Carte scolaire : les académies du Nord et de l'Est perdront des enseignants au profit de celles du Sud.
(...) Dans le second degré, sur lequel le gouvernement fait porter l'essentiel des économies, la rentrée 2005 se caractérisera par la suppression de 3 350 emplois d'enseignants titulaires et de 2 100 professeurs contractuels. Le ministère affirme tenir compte de la diminution prévue du nombre d'élèves (- 42 500), notamment au collège. Il intègre les réformes pédagogiques déjà annoncées, en particulier la suppression en terminale des travaux personnels encadrés (TPE) et la transformation des séries Sciences et technologies tertiaires (STT) en Sciences et technologie de la gestion (STG). Ces réformes - qui doivent permettre de financer partiellement le projet de loi d'orientation sur l'école - représentent une économie de 1 421 postes. (...)
Le Monde du 14/12/04 : Contre la violence et l'absentéisme, le pari des classes-relais.
(...) En classe, il faut savoir tempérer, relativiser les insultes, prendre de la distance. "Sur le moment, on évite de se mettre en colère. On reprend la discussion après, lorsque la tension est retombée. Mais on va alors jusqu'au fond du problème", note Gwenaelle P.. La force de ces structures est de permettre des prises en charge individualisées. Aux cinq ou six élèves scolarisés dans chaque classe, les deux ou trois adultes présents en permanence peuvent proposer des réponses sur mesure. Cette disponibilité que ne peuvent avoir les enseignants traditionnels se révèle très efficace. (...)
Le Monde du 11/12/04 : Redoublement : les études s'opposent aux pratiques des enseignants.
(...) Premier constat, les élèves redoublants ont progressé à l'issue de leur deuxième année de CP mais principalement dans les tâches d'automatisation et pas dans celles de compréhension. Deuxième constat, dans 90 cas sur 103, les performances des élèves faibles promus en CE1 étaient significativement meilleures que celles de leurs camarades maintenus en CP.
Les chercheurs avancent plusieurs explications. "D'abord, le simple fait de passer en CE1 avec des élèves de niveau supérieur à celui du CP et un niveau d'exigence plus élevé stimule davantage les élèves, explique M. Troncin. Ensuite, les enseignants de CP ne modifient pas leurs pratiques pédagogiques et l'enfant qui redouble va rencontrer les mêmes difficultés au même moment." (...)
Le Figaro du 07/12/04 : Laurent Lafforgue : «On assiste à un naufrage».
(...)
En fait, le nombre d'heures de mathématiques a diminué. Par exemple, en terminale S, on est à cinq heures par semaine, alors qu'il y a vingt ans, en section C, on disposait de neuf heures. On estime que, sur un cursus complet, en arrivant en terminale, un lycéen a désormais un an et demi de moins de mathématiques derrière lui qu'il y deux ou trois décennies.
(...)
Novembre 2004
Libération du 30/11/04 : Loi Fillon : les profs seront libres... de se soumettre.
(...) Pourtant, la promotion de la liberté pédagogique dans la loi annonce peut-être un malentendu croquignolet. Le futur article législatif précise en effet que «la liberté pédagogique de l'enseignant s'exerce dans le cadre des programmes et des instructions du ministre de l'Education nationale avec l'aide du directeur d'école ou du chef d'établissement, avec le conseil et sous le contrôle des membres des corps d'inspection». (...)
L'Express du 29/11/04 : Liberté pédagogique, vraiment ?
(...)
En effet, loin de se borner à définir des contenus, les programmes et textes officiels préconisent des méthodes pédagogiques, avec une minutie notariale... La prescription de Fillon y souscrit, puisqu'elle précise que la liberté professorale «s'exercera dans le cadre des programmes, des instructions ministérielles et sous le contrôle des corps d'inspection». Sauf à modifier les programmes - ou à supprimer les inspections - elle ne change donc rien. (...)
Le Monde du 27/11/04 : Le projet de loi sur l'école fixe des objectifs chiffrés qui devront être atteints "d'ici à 2010".
(...) Une nouveauté est toutefois introduite par rapport aux dernières annonces de François Fillon : des orientations sont assignées au système éducatif en terme de résultats chiffrés devant être atteints "d'ici 2010". Elles portent notamment sur les langues. Ainsi, le nombre d'élèves apprenant l'allemand "augmentera de 20 %", celui des lycéens étudiant une langue ancienne "de 10 %", le nombre de sections européennes au collège et au lycée "de 20 %", enfin le nombre d'élèves des élèves atteignant dans leur première langue vivante "le niveau B1"(fixé par le Conseil de l'Europe) augmentera "de 20 %".
Par ailleurs, le nombre de bacheliers généraux parmi les enfants de familles appartenant aux catégories socioprofessionnelles défavorisées doit augmenter "de 20 %" ; celui des étudiants suivant une filière de formation supérieure scientifique, hors formations médicales, "de 15 %" ; le nombre de jeunes filles dans les séries scientifiques générales et technologiques "de 20 %" ; celui des apprentis dans les sections d'apprentissage des lycées professionnels ou des métiers "de 50 %" ; enfin le nombre d'enseignants suivant une formation en cours de carrière progressera "de 20 %". (...)
Le Télégramme du 26/11/04 : "L’école, un scandale étouffé par la hiérarchie"
(...)Que pensez-vous de la réforme Fillon et notamment de ce socle commun de connaissances que veut donner le ministre à tous les élèves ?
C'est le minimum, cela manque d'ambition. C'est comme si on ne s'occupait, dans un club de football, que de l'équipe de troisième division. La conséquence c'est que le minimum baisse. Est-ce que c'est une loi qui va sauver l'école ? Je n'en suis pas sûr. Le principal objet sur lequel il faut peser, ce sont les programmes. Actuellement dans les programmes, il y a tout et son contraire. Il faut des programmes décents et la liberté pédagogique avec un contrôle sur les résultats obtenus.
(...)
Le Figaro du 26/11/04 : Un mécène indispensable et vigilant
(...)
Il y a un élément de décor de plus dans la galerie d'Apollon. Il fera grincer quelques dents, mais il faudrait être d'une mauvaise foi idéologique pour estimer qu'il y a là crime contre l'esprit. Le nom de Total, mécène très généreux du Louvre, est en effet désormais inscrit en lettres d'or à droite de l'entrée.
(...)
Mais être mécène ne se circonscrit pas à la seule générosité matérielle. Etre mécène, c'est aussi faire comprendre à sa propre entreprise en quoi elle peut être fière d'être ainsi impliquée. Avec le Louvre, ce n'est pas difficile et les heureux salariés de Total (130 000 personnes) vont disposer de privilèges que leur envieront bien des citoyens : pendant dix ans, et sur présentation de leur badge, les «Total» pénétreront gratuitement dans le plus beau musée du monde.
(...)
Midi-Libre du 26/11/04 : Jean-Paul Brighelli : "Le niveau a baissé."
(...)Faut-il défendre l'orthographe ?
- Bien sûr, parce que l'orthographe fait partie de notre patrimoine. Dire
qu'elle n'a aucune importance, c'est priver ceux qui ont le moins accès à ce
patrimoine de toute chance d'y parvenir. C'est couper un peuple de son
Histoire, de sa mémoire !
(...)
L'Humanité du 22/11/04 : Ne pas se tromper d’ennemi, par Hélène Romian
et José Tovar.
(...) Qu’est-ce que le pédagogisme ? À défaut de s’en expliquer, les auteurs clouent au pilori (sans le nommer) Hervé Hamon, auteur d’une « tribune libre » parue dans l’Humanité le 30 septembre : « École légitime ou école autoritaire ? » Celui-ci y argumente sa conception d’une école - légitime « où l’autorité s’exerce, où la loi est dite », sur les bases d’une réelle démocratisation : il ne suffisait pas d’ouvrir les portes du collège à toute une classe d’âge. Encore fallait-il, selon Hevé Hamon, transformer, adapter, assouplir « le moule conçu pour une élite » au lieu d’y « enfourner de force » « des populations qui ne pouvaient passer au - gabarit ». Il était inévitable dans ces conditions que le collège voulu unique coince, et reproduise les inégalités sociales. Encore fallait-il, nous semble-t-il, pour que tous puissent acquérir une culture effectivement commune, remettre profondément en question les contenus de l’enseignement et les conditions - pédagogiques d’appropriation de ces contenus. Et c’est bien contre cette remise en question du « moule conçu pour une élite » que les auteurs de la « tribune libre » du 25 octobre s’insurgent en fait, sans le dire.
(...)
Marianne du 20/11/04 : École : la réforme immobile.
(...)Vous vous demandez, parents, ce que l'école apprendra demain à vos enfants. Réponse : cette école, dont le nouveau slogan en forme d'incantation est " Plus efficace, plus juste et plus ouverte ", est désormais centrée autour d'un " socle commun " de savoirs fondamentaux, français, mathématiques, nouvelles technologies, langue étrangère et " culture de base pour mieux comprendre notre environnement et pour accéder à la citoyenneté ". Un socle " défini par le Parlement et révisé tous les dix ans ", pour coller au bougisme de l'époque. Ces connaissances seront validées par un nouveau brevet des collèges,en fin de troisième. Il est d'ailleurs rappelé que l'élève qui n'acquiert pas les éléments de ce socle commun doit redoubler, en bénéficiant systématiquement de trois heures supplémentaires d'enseignement par semaine. Rien que de très raisonnable. Mais ce brevet, dont on dit au ministère que " tout élève un minimum consciencieux devrait l'obtenir ", n'est pas nécessaire pour passer en seconde. Allez comprendre... Surtout, les très nombreuses heures de cours supprimées depuis vingt ans, et à l'origine des difficultés de lecture des élèves (arrivé en troisième, un élève a suivi l'équivalent de deux années de moins de cours de français que ses homologues des années 70), ces heures, donc, ne seront pas rétablies. En clair, les mesures concrètes, concernant horaires et programmes, qui pourraient donner aux enseignants le sentiment que leur rôle de transmission des savoirs est réellement pris en compte sont pudiquement laissées de côté.
(...)
Le Figaro du 20/11/04 : La réforme du baccalauréat rencontre des résistances
(...)
Après avoir tergiversé tout au long de la journée de jeudi sur le fait d'annoncer une réforme du bac, François Fillon a finalement décidé de se lancer peu de temps avant d'entrer sur le plateau de France 2. «Je préconise une réforme car notre système est trop compliqué, il nécessite une organisation de plus en plus périlleuse à mettre en place et raccourcit l'année scolaire de deux ou trois semaines», a donc affirmé le ministre de l'Éducation devant les caméras, proposant de soumettre la moitié des épreuves (six sur douze) au contrôle continu.
Si François Fillon a longtemps hésité de faire cette annonce, c'est que le premier ministre est loin d'être convaincu de la nécessité d'une telle réforme.
(...)
Le Figaro Magazine du 19/11/04 : Occasion manquée ?
(...)
En début de semaine, deux jours avant l'intervention de François Fillon sur France 2, plusieurs points essentiels de sa future «grande loi sur l'école» étaient encore en discussion : notamment sur l'enseignement de l'anglais ou les règles du redoublement. Mais ce qui commençait à filtrer sur le reste n'incitait guère à l'optimisme. Pas d'examen avant l'entrée en sixième. Nouvel allégement du bac et du brevet par une augmentation de la part du contrôle continu et l'ajout de «matières choisies par les élèves». Aucune concentration des moyens sur les disciplines essentielles, bien au contraire, puisqu'il serait question d'obliger tous les collégiens à consacrer un grand nombre d'heures de cours à «l'ouverture sur l'entreprise» ; au détriment, très certainement, des matières fondamentales. Introduction aussi de cours «d'informatique et d'internet», alors que les enseignants seront toujours moins bien formés que la plupart de leurs élèves sur ce sujet... et que l'école peine déjà à s'acquitter de toutes les missions dont on la charge. (...)
Libération du 12/11/04 : Les travaux personnels encadrés recalés.
(...) La fédération FCPE des parents d'élèves dénonce «une décision scandaleuse, un renoncement pédagogique, un non-sens éducatif au mépris des efforts entrepris depuis quatre ans par les jeunes et les enseignants». Pour le Syndicat des enseignants (SE-Unsa), «François Fillon ne se contente plus de surfer sur la vague rétro, il planifie la régression, et les TPE, seule innovation pédagogique d'importance depuis dix ans au lycée, vont être engloutis, sacrifiés sur l'autel du bachotage». Mais si l'évaluation du ministère est juste et que 95 % des TPE sont justement transformés, en terminale, «en séances de bachotage», il semble surtout que les enseignants opposés aux TPE ont finalement obtenu, en refusant d'appliquer cette réforme sur le terrain, ce qu'ils n'avaient pas obtenu par la voie syndicale : la mise au rencart d'une nouvelle approche du savoir, désormais condamnée au statut d'accessoire pédagogique marginal.
Le Monde du 12/11/04 : M. Fillon propose de supprimer les travaux personnels encadrés en terminale et au baccalauréat.
(...) Le projet d'arrêté a été transmis aux organisations syndicales et doit être examiné le 2 décembre par le Conseil supérieur de l'éducation (CSE), instance chargée de donner l'avis des différents acteurs de l'éducation nationale.
Ce texte propose de supprimer, dès la rentrée de septembre 2005, les deux heures hebdomadaires réservées aux TPE en terminale. L'épreuve facultative de TPE au baccalauréat, que les élèves pouvaient choisir pour obtenir des points supplémentaires, serait supprimée à partir de la session de juin 2006. Le ministère explique que "la mesure proposée se traduira pour les élèves et leurs professeurs par un allégement de leur charge globale de travail au profit de la préparation de l'examen"."Malgré l'intérêt pédagogique croissant qu'ils suscitent, les TPE sont ressentis en terminale comme une surcharge de travail l'année de l'examen", justifie le ministère. Ils sont maintenus en classe de première. (...)
L'Humanité du 03/11/04 : Rapport Thélot : logique de renoncement, par Jean-Yves Rochex.
(...) Ainsi les précisions concernant les mathématiques limitent les exigences de leur enseignement aux seuls termes compter, calcul et opérations mathématiques, respectivement pour chacun des trois cycles de base (GS, CP, CE1), d’approfondissement (CE2, CM1, CM2, 6e) et de diversification (5e, 4e, 3e). De même, la maîtrise de la langue française est présentée comme devant être la première tâche de l’école, parce que « c’est la langue qui rend possible la vie commune », en une formulation qui témoigne d’une conception étroitement utilitaire et « communicationnelle » qui minore ou fait fi de l’importance de la langue et des apprentissages langagiers pour penser, pour apprendre, pour former sa sensibilité, pour se déprendre de l’immédiateté de l’expérience ou de la vie, fût-elle commune.
(...)
Octobre 2004
Le Monde du 31/10/04 : La punition collective est de retour à l'école.
(...) Faire de la punition collective sans le dire, donc. Voire en affirmant le contraire. Les équipes du ministère s'y sont appliquées pour rédiger la circulaire parue au Bulletin officiel, jeudi 28 octobre. En préalable, celle-ci réaffirme "le principe d'individualisation de la punition", mais ajoute qu'"une punition peut être infligée pour sanctionner le comportement d'un groupe d'élèves identifiés qui, par exemple, perturbe le fonctionnement de la classe". (...)
Le Monde du 27/10/04 : François Fillon lance "une consultation à grande échelle".
(...) Le ministre de l'éducation nationale, François Fillon, lance "une consultation à grande échelle" sur l'élaboration de la future loi d'orientation sur l'éducation qui doit être votée au printemps 2005, a annoncé, lundi, le ministère. Sont concernés, les partenaires sociaux, la communauté éducative, des intellectuels spécialistes des questions éducatives, les parlementaires de la majorité et le grand public. (...)
Charlie Hebdo du 27/10/04 : Ce que l'on dit des services publics dans les cercles du pouvoir.
(...) "Le problème que nous avons en France, c'est que les gens sont contents du
service public. L'hôpital fonctionne bien, l'école fonctionne bien, la
police fonctionne bien. Alors il faut tenir un discours, expliquer que nous
sommes à deux doigts d'une crise majeure - c'est ce que fait très bien
Camdessus - , mais sans paniquer les gens, car à ce moment là, ils se
recroquevillent comme des tortues." [R. Dutreil] (...)
L'Humanité du 25/10/04 : Lire, écrire, compter : oui, mais "pour de vrai" !, par Françoise Puel et Luc Richer.
(...) Mais pourquoi confier la démocratisation du savoir à ceux-là mêmes qui se sont acharnés pendant trente ans à l’appauvrissement des programmes ? Comment les croire lorsque l’un des plus fervents défenseurs du pédagogisme, François Dubet, préconise que les connaissances à acquérir au collège soient définies « en fonction de ce que doit savoir le plus faible des élèves quand il en sort » ?
(...)
Libération du 25/10/04 : Au tribunal, l'injustice linguistique, par Alain Bentolila.
(...) Je ne cherche pas à justifier un acte violent, inacceptable, je tente simplement d'en décrire les articulations. 18 ans, encore élève d'un lycée professionnel, citoyen français, il a subi pendant treize à quatorze ans une obligation scolaire qui ne lui a pas donné les mots pour laisser une trace de lui-même sur l'intelligence des autres.
(...)
Le Monde du 23/10/04 : Le ghetto français, par Éric Maurin.
(...) Dans la foulée des politiques alternatives que j'ai tenté d'illustrer, je crois notamment nécessaire de promouvoir une école moins sélective, moins anxiogène, avec des programmes moins lourds et plus concrets, autour desquels pourraient se déployer des scolarités obligatoires dont le redoublement et l'échec seraient quasi bannis (comme c'est d'ailleurs le cas chez la plupart de nos voisins européens). (...)
Libération du 21/10/04 : L'égalité sur la voie des élites, par Christian Forestier.
(...) Parallèlement, un enfant d'ouvrier n'a pas plus de chances aujourd'hui d'obtenir un baccalauréat général qu'il y a vingt ans et cinq fois moins de chances qu'un enfant de cadre supérieur. La sédimentation sociale dans l'école n'est pas nouvelle. D'une certaine manière, elle est même plus faible qu'hier, sauf lorsqu'il s'agit des qualifications les plus élevées.
(...)
Le Monde du 20/10/04 : Sur le chemin de l'exil, par Bertrand Poirot-Delpech.
(...) Un "Manifeste" publié le 13 octobre lance l'alarme : qu'au moins le français soit adopté par l'Europe comme langue de référence, faisant foi pour les accords officiels de l'Union. L'initiative revient à Maurice Druon, rejoint par des autorités telles qu'Otto de Habsbourg, Mario Soares, Bronislaw Geremek, Simeon de Saxe-Cobourg, Federico Mayor, Ismaïl Kadare, Abdou Diouf... (...)
Charlie Hebdo du 20/10/04 : Einstein viré de l’école.
(...) La science fait autant de vous un citoyen que l’éducation civique. Malheureusement, au moment même ou la réintroduction d’une vraie pratique des sciences expérimentales à l’école primaire portait ses fruits, la commission du débat national sur l’avenir de l’école n’a rendu la science " fondamentale et obligatoire " qu’à partir de la cinquième ! (...)
Libération du 18/10/04 : Pour un «socle commun», par François Dubet.
(...) Après tout, la majorité d'entre nous pense que le principe du Smic est excellent, même si l'on estime que le Smic est trop faible, parce qu'il fait que le plus mal payé des salariés sera préservé des effets excessivement inégalitaires du marché du travail conduisant fatalement à une chute radicale des salaires les plus faibles. Il faut bien que le mérite, fût-il juste, soit limité si l'on ne veut pas que la sélection des meilleurs soit associée à la marginalisation des plus faibles.
Pourquoi, dès qu'il s'agit de l'école, un raisonnement aussi simple se heurte-t-il aujourd'hui à de telles oppositions, allant d'une partie de l'extrême gauche au Figaro Magazine, du Snes à «Sauver les lettres» ? Il existe un argument solide : celui de la difficulté de définir ce socle dû à tous afin qu'il soit, à la fois, exigeant, accessible et utile à tous. Autre crainte légitime, la définition d'une culture commune de base ne pourra pas se faire sans «sacrifices» puisque les élèves ne peuvent pas tout appendre.
(...)
Alain, sauveur des cancres, par Philippe Lançon.
(...) Alain pense qu'il ne faut pas prêcher aux pauvres : ses sermons, «il faut les garder pour les riches, et d'abord pour soi-même». Aux autres, mieux vaut enseigner à lire, écrire, compter, et surtout, leur parler d'autre chose : de «ce qui est à tout le monde, du soleil, de la lune, des étoiles, des saisons, des nombres, du fleuve, de la montagne, de façon que celui qui n'a point de chaussettes se sente tout de même citoyen». Pas de chaussettes, ou trop de casquettes. Le pire serait que l'école fasse honte au pauvre des effets de sa condition.
(...)
Le Figaro Magazine du 16/10/04 : Le rapport Thélot, et après...
(...)
Les «républicains» ne sont pourtant pas d'irréductibles passéistes, bien au contraire : ils sont les ardents défenseurs d'une volonté réformatrice que ne désavouerait sûrement pas la majorité de l'opinion publique, élèves en tête. Démissionnaires de la commission Thélot parce qu'il était impossible d'y faire entendre leur voix, ils aspirent à une école égalitaire et non pas égalitariste, ouverte à tous et sans ghettos, où les élèves progressent selon leurs aptitudes et leur mérite, en redoublant si nécessaire et en bénéficiant de davantage de moyens s'ils en ont besoin, mais sur la base de programmes qui ne leur donnent pas une instruction et des diplômes au rabais.
(...) Ceux qui rêvent d'une école plus performante et enfin apaisée peuvent en tout cas garder espoir. En raison d'un tout petit mot, prononcé par le Premier ministre au beau milieu de son allocution, lorsqu'il a précisé qu'il disait «oui», pour sa part, «à la définition républicaine de l'école»... ce qui était une façon fort courtoise, mais très directe, d'indiquer qu'il n'était pas vraiment d'accord avec le fond, ni surtout avec les manques, du rapport Thélot.
Valeurs Actuelles du 15/10/04 : L’école ne changera pas.
(...)
"L’uniformisation a des conséquences désastreuses. On accueille les élèves les plus faibles dans les classes les plus avancées et l’on révise les exigences à la baisse en se réglant sur leurs capacités depuis trente ans, résume Alain Finkielkraut. C’est une pratique mensongèrement démocratique."Un exemple ? Dans les programmes, on ne parle plus de grammaire mais d’“observation raisonnée de la langue”. Les instituteurs ne devraient y consacrer qu’une heure et demie par semaine en cours moyen !
(...)
Libération du 15/10/04 : «La nation doit s'engager sur le patrimoine à transmettre». Entretien avec Pierre-André Périssol qui préside la nouvelle mission parlementaire sur l'éducation.
(...) L'idée d'identifier un «socle commun indispensable» est fondatrice. Contrairement à ce que certains affirment depuis la remise du rapport, elle est porteuse de progrès et non d'une baisse du niveau. En disant très clairement quel patrimoine culturel chaque enfant doit obligatoirement maîtriser, quel que soit le niveau final qu'il atteindra, nous faisons coup double. Nous permettons aux 20 % d'élèves environ qui, aujourd'hui, ne maîtrisent pas les fondamentaux de le faire en y consacrant les efforts qui leur seront nécessaires. Mais nous permettons aussi à ceux qui les dominent plus vite de se cultiver encore plus, d'approfondir grâce aux «enseignements complémentaires choisis».
(...)
L'Humanité du 13/10/04 : «Une culture commune au rabais». Entretien avec Stéphane Bonnéry, maître de conférences en sciences de l’éducation à Paris.
(...)
Soit l’école a pour mission de donner à chacun les outils d’émancipation intellectuelle de développement de l’être humain. Soit on fait le choix d’une école à plusieurs vitesses qui naturalise les besoins de chaque élève. C’est un retour à l’idéologie des dons. Et c’est tuer l’idée même de la culture commune que de dire que l’école ne pourrait transmettre des connaissances abstraites et pointues qu’à ceux qui en bénéficient déjà.
(...)
Libération du 12/10/04 : «La pédagogie est saturée d'idéologie», entretien avec Roland Goigoux.
(...) Affirmer qu'on ne redouble plus en primaire est tout aussi faux. 7 % des élèves redoublent leur CP, 19,5 % des élèves de CM2 ont redoublé au moins une fois, et au total 66 % des élèves redoublent au moins une fois dans leur scolarité. Comment oser affirmer qu'il est interdit de redoubler ?
(...)
20minutes du 11/10/04 : La Bourse n’a plus cours à l’école.
(...)
Le tribunal a été saisi en avril 2000 par un enseignant du lycée Auguste-Blanqui de Saint-Ouen (93). Prof de philo, Gilbert Molinier a attaqué sa hiérarchie en justice pour avoir autorisé l’organisation du jeu dans l’établissement. « Ici, la moitié des élèves sont boursiers, pas boursicoteurs, souligne l’enseignant. Leur apprendre à gagner de l’argent sans travailler, en trichant et en le prenant aux autres m’a heurté. » Gilbert Molinier trouve par ailleurs le soutien d’Attac bien tardif. « Jusque-là, ils ne m’avaient jamais appuyé », soupire le professeur de philosophie.
(...)
Le Monde du 10/10/04 : Commission Thélot : la défaite des partisans de la vieille école.
(...) Des personnalités marquées à gauche, comme François Dubet ou la politologue Jacqueline Costa-Lascoux, ancienne présidente de la Ligue de l'enseignement, ont pu s'accorder avec les députés UMP, Pierre-André Périssol et Guy Geoffroy, ou l'éditorialiste du Figaro Alain-Gérard Slama. "Il n'y a pas eu d'affirmation d'une pensée de droite ou de gauche. En fonction des problèmes, il y avait des convictions ou des sensibilités différentes", relève M. Périssol. (...)
Les "républicains", unis dans la dénonciation de la "baisse des exigences".
Dans un amphithéâtre de la Sorbonne, Jean-Pierre Chevènement (MRC), ministre de l'éducation nationale de 1984 à 1986, et Nicolas Dupont-Aignan, chef de file des "nationaux républicains" au sein de l'UMP, devaient conclure, samedi 16 octobre, un colloque sur la formation des enseignants. L'ancien ministre PS et le député UMP vont oublier leurs étiquettes politiques pour dénoncer les travers du "pédagogisme" et les conclusions de la commission Thélot.
(...)
Le ministre Chevènement, "Jules Ferry en kimono".
(...) Mais pour gagner la guerre économique, la France doit s'inspirer de l'exemple japonais et retrouver le goût du travail et de l'effort. En rupture donc, "Jules Ferry en kimono", comme le surnomme la CFDT, apparaît comme le grand restaurateur de l'ordre scolaire. Et ça marche. M. Chevènement fait une percée spectaculaire dans les sondages. "Le nœud de l'affaire, c'est la restauration de l'école de la République. Ce qui compte d'abord, c'est la qualité de l'enseignement public. C'est la seule querelle scolaire qui vaille", assène-t-il jour après jour. L'heure est à la rigueur. Economique et morale.
Le Monde du 06/10/04 : La réforme du système éducatif américain se heurte à des résistances.
(...) En 2003, il est apparu que, au plan national, les deux tiers des élèves américains du quatrième grade (l'équivalent du CM1) et du huitième grade (l'équivalent de la quatrième) n'avaient pas de compétences suffisantes en mathématiques et en lecture. Sans compter de significatives disparités envers les "minorités": au huitième grade, seulement 7 % des élèves noirs américains et 11 % des Américains d'origine hispanique avaient ces compétences dans les écoles bénéficiant de subventions fédérales. (...)
Les jeunes profs ont moins la foi mais plus de souplesse que leurs aînés.
(...) L'enquête menée par les deux sociologues durant trois ans auprès d'une centaine de professeurs de collèges âgés de 23 à 60 ans (Enquête sur les nouveaux enseignants, Bayard) montre de jeunes enseignants plus pragmatiques, plus adaptables et flexibles que leurs collègues plus âgés. Les manifestations du printemps 2003, liées à l'allongement du temps de travail des fonctionnaires, témoignent de "l'usure" des plus anciens, assurent les auteurs. La génération sur le départ a souvent accompagné avec enthousiasme la mise en place du "collège unique" et déplore d'apprendre régulièrement que l'ascenseur social est en panne. "Elle est d'autant plus amère qu'elle estime avoir accompli beaucoup d'efforts pour des résultats assez minces et une reconnaissance institutionnelle et sociale assez faible", expliquent Patrick Rayou et Agnès van Zanten.
(...)
L'Express du 04/10/04 : La pub exclue de l'école?.
La décision date de cet été, mais le ministère de l'Education ne lui a guère donné d'écho: le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a déclaré «illégal» le jeu-concours Les Masters de l'économie que le Crédit industriel et commercial organisait dans de nombreux établissements scolaires.
(...) Ce jugement est d'autant plus gênant qu'il résulte de l'initiative d'un professeur de philosophie, Gilbert Molinier, qui, après s'être élevé en vain contre l'organisation de ce concours au lycée Auguste-Blanqui de Saint-Ouen, a saisi le juge administratif. Et ce rappel à l'ordre souligne la complicité de nombreux responsables éducatifs, recteurs, proviseurs et même syndicats enseignants ayant laissé faire, acceptant que la présentation du concours ait lieu durant les heures d'enseignement.
Le Monde de l'éducation, octobre 2004 : Caricaturer pour éviter les vrais problèmes.
(...)
En prétendant reconstituer un pensionnat des années 1950, M6 a confondu transmission du savoir et administration d'huile de foie de morue : c'est flatter le préjugé répandu qui voue aux gémonies l'école de papa.
Si l'émission se concentre sur un folklore heureusement disparu (morale et bons points), elle évite soigneusement le cœur de ce qui faisait le système Jules Ferry : l'instruction. Les cours sont rarement filmés. Lorsqu'ils le sont, on est invité à se gausser des apprentissages archaïques infligés aux candidats (couture ! écriture à la plume !), — peut-être en 2054 rira-t-on autant des cours d'informatique ? Mais a-t-on remarqué que ces collégiens modernes ne comprennent pas l'énoncé d'un problème d'arithmétique simple, tout bonnement parce qu'il est rédigé dans un français raisonnablement châtié ?
(...)
Septembre 2004
Le Point du 30/09/04 : Une éducation à revoir, par Marc Fumaroli.
(...)
Les décibels de la révolution scolaire ont beaucoup baissé d'intensité. On
ose laisser entendre des statistiques d'illettrisme, et même suggérer qu'un
impitoyable système d'enseignement à deux vitesses s'est imposé en lieu et
place de l'efficace ascenseur social de la République, mis à mal sous
prétexte d'élitisme. On déplore le déficit de l'autorité des maîtres et même
de la sécurité élémentaire dans leurs classes. On regrette que les élèves
souhaitant apprendre les langues anciennes au collège et au lycée en soient
le plus souvent découragés ou empêchés. (...)
Bref, le bruit court que la révolution scolaire s'est accompagnée de
nombreux « dommages collatéraux ». Et pourtant, il suffit qu'une bouche
autorisée rappelle à voix haute la part d'artisanat et de discipline qui
entre dans l'apprentissage de la parole et de l'écrit pour que les appels au
lynchage s'élèvent : « nostalgie », « tradition », « conservatisme » !
N'aurait-on pas plutôt affaire à un Parti révolutionnaire institutionnel sur
le déclin ? Il redoute tout bilan de sa révolution. Ne nous laissons pas
intimider : notre éducation est à revoir.
La nostalgie de l'autorité.
(...)
Le « camp de la réaction « s'apprêterait-il donc à remettre à l'ordre du jour les pleins et les déliés, le silence dans les rangs et l'huile de foie de morue ? Seuls les syndicats enseignants font mine de le croire. Socle d'une future loi d'orientation, le rapport Thélot, dévoilé le 12 octobre, devrait calmer ces inquiétudes : insistant sur l'acquisition des connaissances de base, cette sage copie ne mettra pas la Rue de Grenelle cul par-dessus tête. On peut du reste estimer que le conservatisme syndical, les caricatures télévisuelles et les postures ministérielles - car il est plus facile d'agiter quelques symboles que de réformer en profondeur - se conjuguent pour esquiver l'aggiornamento si nécessaire d'une école qui semble avoir fait son deuil de son efficacité d'antan. (...)
Le miracle breton.
(...)
Voici les clés du succès : des professeurs dévoués, des familles vigilantes, et donc des élèves sérieux. Une telle réussite devrait passionner l'administration centrale. En réalité, elle l'agace. En 2000, un rapport convenait de ces excellents résultats, mais remarquait que l'académie ne respectait pas les directives ministérielles. Il s'étonnait de l'orientation de 5 % d'élèves en fin de 5e, une procédure interdite depuis 1985. Il déplorait un recours fréquent au redoublement, ainsi que « la permanence d'un certain conservatisme pédagogique ».
Inutile de dire qu'un tel rapport fit du bruit dans le landerneau scolaire. Naïvement, les Bretons croyaient que ces prétendus dysfonctionnements expliquaient leur réussite. Kathleen Barbereau, membre du collectif Sauvez les lettres, va plus loin : « Les résultats de l'académie de Rennes gênaient le ministère : ils prouvaient que sa politique mène l'école française à sa perte. » (...)
« Les pays étrangers sont sidérés par nos querelles. » Interview - Hervé Hamon
(...)
Le Point : N'est-il pas paradoxal que l'école démocratisée soit plus injuste que le système d'antan, méritocratique ?
H. Hamon : L'école d'antan n'était pas juste, même s'il y avait, dans les années 50, davantage de jeunes issus de milieux défavorisés dans les grandes écoles qu'aujourd'hui.
(...) Lois d'orientation, réformes des contenus, conseils et solutions, on a pourtant tout essayé...
Il faut en finir avec le saupoudrage des moyens et repérer les zones en grande difficulté, y investir massivement. Il faut réformer le métier d'enseignant, afin qu'il sorte de son isolement, travaille en équipe et apprenne à gérer l'hétérogénéité des élèves. Enfin, il faut qu'il soit encadré par des chefs d'établissement recrutés et évalués sur leur aptitude réelle et non, comme aujourd'hui, sur des critères académiques.
L'Humanité du 30/09/04 : École légitime ou école autoritaire ?
(...)
On recrute l’encadrement sur dissertation. On n’évalue pas, ou mal, et sans en tirer les conséquences. Et l’on persiste à définir l’obligation de service des enseignants en nombre d’heures de cours magistral dont les élèves sont gavés. Observons le travail de nos voisins du nord de l’Europe, des Canadiens, et prenons-en de la graine. En Finlande, un « bon » collège est un collège qui s’occupe bien de ses « mauvais » élèves.
(...)
Femme Actuelle du 27/09/04 : Halte à la faillite du système scolaire.
(...)
Fanny Capel : La cause du mal, c'est l'école, Contrairement à ce que l'on entend souvent, l'état désastreux du niveau scolaire n'est pas dû à une évolution sociale. Les jeunes d'aujourd'hui ont certes changé, mais ils ne sont pas moins intelligents que leurs aînés. Et croyez-moi, ce n'est pas le langage codé des SMS ou d'internet qui fait qu'ils ne maîtrisent pas la langue. Nous sommes face à un réel problème institutionnel.
(...)
Le Figaro Magazine du 25/09/04 : L'histoire d'une occasion manquée.
(...)
Autre «fausse bonne idée», celle qui consiste à demander aux professeurs du secondaire une présence accrue dans les lycées. Une façon de les transformer en superéducateurs au risque de perdre une spécificité française : l'existence de professeurs spécialisés de bon niveau. «Toutes les raisons humanitaires sont bonnes pour désintellectualiser le métier de professeur», maugrée Alain Finkielkraut. «C'est une provocation, déclare Elizabeth Altschull. On fait porter tout le poids des choix politiques erronés sur les enseignants du secondaire pour lesquels on préconise une polyvalence au rabais. »
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Le Monde du 24/09/04 : Une minorité d'élèves atteignent les objectifs des programmes.
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Selon l'étude, réalisée par la direction de l'évaluation et de la prospective (DEP), à peine un tiers des élèves ont une maîtrise complète des compétences prévues par les programmes en matière de compréhension écrite et orale - le cœur de l'enseignement au primaire. "Environ un tiers des élèves ont des performances qui permettent de considérer qu'ils maîtrisent de façon satisfaisante toutes les compétences attendues par les programmes de l'école primaire", précise l'étude réalisée à partir d'un échantillon de 8 243 élèves de CM2 (répartis sur 339 écoles publiques et privées). "Ils sont capables d'exploiter les informations d'un texte pour en dégager le sens et l'interpréter avec finesse, d'en faire un résumé ou une synthèse."
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A la fin de la troisième, seuls un quart des collégiens maîtrisent complètement les compétences générales - c'est-à-dire les savoir-faire indispensables à l'apprentissage de toutes les disciplines (interprétation d'un texte, traitement pertinent des informations, etc.). "Environ un quart des élèves semblent avoir un bon ou un excellent niveau de maîtrise de ces compétences, qui doit les mettre en situation de profiter pleinement d'études ultérieures", indique l'étude réalisée à partir d'un échantillon de 23 500 élèves de troisième (dans 552 collèges publics et privés). (...)
Les consignes de François Fillon pour "donner le goût de lire".
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Cette volonté se traduit par une série de consignes - qui ne modifient pas les programmes officiels mais sont censées guider les professeurs dans leur travail quotidien. Sur l'apprentissage de la langue française en premier lieu. "Il est impératif de consacrer du temps, c'est-à-dire des séances complètes de travail systématique, à l'étude (observation, analyse, mémorisation) de la langue et de son fonctionnement (grammaire, orthographe, vocabulaire)", indique le ministre.
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A travers ce texte, M. Fillon ne doute pas, surtout, des bénéfices en termes d'image. Selon un sondage réalisé par l'institut CSA pour le compte du ministère, 95 % des 1 000 personnes interrogées considèrent que le renforcement des exercices traditionnels constitue une "bonne idée". (...)
Un appel pour le rétablissement des heures de français.
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Patrick Gérard, directeur de l'enseignement scolaire au ministère, ne conteste pas la baisse des horaires de français au collège mais la justifie par "l'introduction d'heures de soutien et d'heures individualisées pour les élèves en difficulté". En revanche, il conteste les chiffres avancés pour le premier degré. "On ne fait pas de la lecture au primaire seulement quand on étudie le français mais aussi quand on aborde l'histoire ou les sciences", explique-t-il.
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Marianne du 18/09/04 : Autorité à l'école. Encore un débat interdit.
(...)L'insensé qui critique l'école telle qu'elle va ne saurait être qu'un nostalgique pressé de revenir aux années 50, aux blouses grises, aux bonnets d'âne et aux coups de règle, comme aux heures les plus noires. Les limites des méthodes d'apprentissage de la lecture, les dégâts du pédagogisme appliqué de façon sectaire ou l'échec du collège unique n’effleurent visiblement pas le quotidien, tant il est vrai que la logique binaire du bien et du mal n'a que faire de 15 % d'enfants illettrés entrant en sixième.
(...)
Le Figaro du 18/09/04 : Jacqueline de Romilly : «Continuons le combat pour le latin et le grec !».
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Seulement, si la bonne volonté officielle n'est pas douteuse, toute initiative demeure suspendue aux décisions individuelles d'un recteur, d'un inspecteur d'académie, d'un proviseur et, hélas, obéit à un souci d'économie. Pourtant, cet enjeu est si important qu'on ne devrait pas s'arrêter à des questions modestes de comptabilité, alors que de l'argent est dépensé pour des choses bien plus futiles et qu'une aide à l'étude des langues anciennes représenterait un effort peu coûteux.
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Plaidoyer pour des humanités modernes, par Heinz Wismann et Pierre Judet de La Combe.
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Tout de suite s'est imposée l'évidence de la distinction entre «langues de culture» et «langues de service». Alors que les langues de service, comme l'anglais international, servent à communiquer de manière instantanée des avis portant sur des réalités déjà existantes, les langues de culture permettent de puiser dans les ressources de sens qui se sont déposées en elles au cours de leur histoire de manière à articuler de nouveaux rapports au monde, qui correspondent aux espoirs, aux appréhensions, aux projets des individus aussi bien que des sociétés. Sans qu'il faille mettre en cause l'utilité des langues de service dans l'organisation des échanges matériels, le maintien de cette distinction a une importance décisive pour tout projet d'éducation.
(...)
Le Figaro Magazine du 18/09/04 : La face cachée de Claude Thélot.
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«Claude Thélot était à la fois juge et partie. Il défendait le statu quo, et pour cause, puisque le bilan de l'école telle qu'elle est, c'est le sien !» observe Elizabeth Altschull, une enseignante d'histoire membre de la commission, qui en a suivi les travaux jusqu'au bout, en dépit du climat «insupportable » qui y régnait : «Nous n'avons débattu d'aucun sujet essentiel en séance plénière : ni du contenu des programmes, ni des méthodes d'enseignement, ni de l'orientation. Aucun compte n'a été tenu de la virulence des critiques contre les IUFM. On nous abreuvait d'auditions inutiles pendant que le rapport était élaboré en sous-commissions, ou dans de petites réunions confidentielles auxquelles nous n'étions pas conviés, ou alors au dernier moment, à des horaires impossibles, ce qui faisait que seuls les technocrates détachés par le ministère pouvaient y assister.»
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Charlie Hebdo du 15/09/04 : Fillon dégraisse le mammouth à la tronçonneuse.
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Bref, l’Éducation nationale a branché la machine à chômage dans l’usine à savoirs : entre 70 et 80 % de contractuels n’ont pas de poste cette année. Beaucoup plus que les 5000 prévus par le ministère. L’année prochaine, ce sont de 6500 à 7500 postes qui vont être supprimés. Le slogan 2004 de l’académie de Créteil : " Venez goûter à l'enseignement, devenez vacataire " va donc se généraliser. Et il ne restera plus qu’à délocaliser nos marmots dans les boîtes privées de soutien scolaire type Acadomia ou Wall Street English...
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Le Monde du 15/09/04 : L'éducation nationale face à la nostalgie d'un âge d'or mythique.
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Peu d'experts croient en une adhésion des professeurs à ces discours, critiqués par la plupart des syndicats. "Il s'agit d'un phénomène qui touche plus l'opinion publique que le monde enseignant, relativise le pédagogue Philippe Meirieu, directeur de l'institut universitaire de formation des maîtres (IUFM) de Lyon. On voit surgir cette nostalgie chaque fois que l'école a du mal à trouver ses marques." "C'est un passé mythique, la référence à un âge d'or imaginaire, qui traduit l'angoisse face au système actuel",relève Philippe Savoie, historien de l'éducation. Son collègue, Antoine Prost, est plus sévère encore : "C'est la nostalgie du vieillard face à son image de petit enfant en culottes courtes. Cela n'a aucun sens - c'est même pathologique - tant la France a radicalement changé depuis", explique l'historien.
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Hervé Hamon : "Les gens ne savent plus à quel point l'école des années 1950 était brutale, bricolée, peu performante".
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Mais le niveau, à l'époque, était-il plus élevé ?
Toutes les études sur le sujet montrent l'inverse : les élèves sont meilleurs et leurs champs de connaissances sont plus étendus. Sauf en orthographe. C'était la science de l'instituteur, et c'est vrai qu'on l'a laissé un peu filer. Je pense qu'une mauvaise maîtrise de l'orthographe, ça n'est pas grave intellectuellement, mais c'est socialement handicapant.
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Du temps du certif : "Ecrivez 1848 en chiffres romains".
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Les épreuves de morale sont encore plus transparentes : "Doit-on rougir d'être ouvrier ?", "Envers qui convient-il, surtout à un jeune homme, de se montrer poli ?", "Quelles sont les qualités d'un bon patron ?", "Que pensez-vous d'un mari qui frappe sa femme ?". Le calcul mental - qui a lieu à l'oral - peut être redoutable. "Quelle est la meilleure manière de diviser 12/25 par 4 ?", "Ecrivez 1 848 en chiffres romains", "Multipliez rapidement de tête 842 par 50".
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L'ouvrage alarmiste qui a inspiré François Fillon.
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Pour ses vacances, François Fillon s'était choisi deux livres de chevet. Le premier - Collèges de France, de Mara Goyet, gros succès de la rentrée précédente chez Fayard (Le Monde du 22 janvier 2003) - relate la plongée d'une jeune enseignante dans un collège de la Seine-Saint-Denis. Le second - Et vos enfants ne sauront pas lire... ni compter !, de Marc Le Bris (Stock) - est un pamphlet contre l'école actuelle, qui ne saurait plus apprendre le b.a.-ba à nos enfants. Le ministre de l'éducation y a trouvé un "fond de vérité", assure son entourage. Un fond de vérité qui a contribué à le convaincre de lancer, dès son retour Rue de Grenelle, la préparation d'une circulaire sur le français au collège.
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Les enseignants sceptiques sur la restauration des "bonnes vieilles méthodes".
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Parmi les nouveautés pédagogiques incriminées par les membres du collectif figure notamment l'organisation des cours de français "en séquences" de quelques semaines. Cette organisation pédagogique, introduite dans les années 1990, vise à ne plus cloisonner l'enseignement de la langue en cours d'orthographe, de grammaire, de lecture ou de rédaction. La séquence se définit par un objectif commun - par exemple écrire un texte descriptif -, au fil duquel sont abordés ces différents enseignements.
"La mise en place de cette pédagogie a posé quelques problèmes d'application, témoigne Frédérique Rolet. C'est vrai qu'il faut veiller à tenir les équilibres au sein d'une même séquence entre l'orthographe, la grammaire, la rédaction ou encore l'écriture, mais cette approche a l'avantage de donner du sens et de la cohérence aux apprentissages."
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L'Express du 13/09/04 : Les secrets de la mémoire, par Jean-Marc Biais.
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Depuis quelques décennies, les enseignants ont négligé l'apprentissage par cœur. A tort. La répétition facilite en effet la mémorisation. Chaque rappel d'une information consolide sa trace mnésique. Cette méthode permet aussi la mise en place de certains automatismes gérés par la mémoire procédurale. Ainsi rabâcher les tables de multiplication est-il un préalable à la réalisation d'opérations de calcul mental. Une capacité bien utile dans la vie, la calculette n'étant pas toujours à portée de main.
La répétition d'une information a toutefois ses limites. Elle ne doit pas être trop intensive. Il est préférable d'étaler l'exercice sur plusieurs séances pour éviter une saturation de la mémoire de travail. C'est par ailleurs un procédé lourd et ennuyeux qui n'est pas applicable en toutes circonstances.
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Le Figaro Magazine du 11/09/04 : Le passé fait recette....
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«L'émission anglaise dont nous avons copié le format pour ce programme cherchait à démontrer que le niveau scolaire a baissé, précise en effet François de Brugada, directeur délégué de la télé-réalité et des jeux sur M6, mais pas nous. Nous ne cherchons qu'à divertir, montrer comment fonctionnait l'école d'autrefois et susciter des échanges entre les différentes générations de téléspectateurs sur leurs expériences respectives.»
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François Fillon à l'école du Grand Meaulnes.
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A l'âge du collège et du lycée, les livres sont indispensables à la mise en oeuvre d'une raison critique. Les modes d'expression audiovisuels imposent des images aux jeunes alors que la littérature leur offre la liberté de réflexion et ouvre les portes du rêve. La construction d'une société formée de citoyens libres et autonomes passe en grande partie par l'apprentissage de la littérature. C'est un fait qu'il ne faut pas oublier !
L'école est le lieu par excellence de cette lutte en faveur de la lecture. Il en va de la richesse et du rayonnement de notre langue. Depuis quelques années, je crains que nous n'ayons pas été assez exigeants... Il n'est pas possible de laisser les jeunes occulter des pans entiers de la culture littéraire au profit de la téléréalité !
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Le Monde du 05/09/04 : La taille des classes peut être décisive pour la réussite des élèves.
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M. Piketty souligne que si l'on souhaite rester à budget constant, une réducation de la taille des classes dans les établissements défavorisés aurait un effet sensible sur les résultats, tandis qu'une légère augmentation des effectifs dans les autres écoles ne les pénaliserait pas.
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Marianne du 04/09/04 : La fracture linguistique. Mais quel français parlent les adolescents ?
(...)" Je me souviens d'un article paru l'année dernière dans le Nouvel Observateur, raconte Alain Bentolila. On y décrivait le pittoresque du parler des banlieues en rappelant constamment que les jeunes qui s'expriment ainsi "sont respectables". Bien sûr qu'ils le sont ; mais leur déficit, lui, ne l'est pas. Pour ne pas stigmatiser, on finit par valoriser ce qu'il ne faudrait que constater et analyser, puis compenser Tout discours est digne, quand il est le résultat d'un choix, pas d'un manque. "
(...)
L'enragée d'Homère, de Sénèque et de Montaigne.
(...) C'est par l'enseignement du français qu'elle a pris conscience de la gravité de la situation. Insensiblement, année après année, des élèves arrivent au lycée sans savoir rédiger. On a d'abord refusé de voir la réalité en face. Ensuite, certains ont voulu expliquer cette dégradation par de longues dissertations sociales. Sans rappeler ce simple fait que martèle Agnès : entre 1969 et 2002, les horaires de français à l'école primaire sont passés de quinze heures à neuf heures hebdomadaires, sept si les élèves pratiquent une langue vivante. Un élève qui entre en seconde aujourd'hui a fait autant de français qu'un élève qui entrait en... quatrième il y a trente ans !
(...)
Sud-Ouest du 03/09/04 : Rentrée apaisée, avenir incertain.
(...)
Le rapport Thélot révélé... (...) Un texte qui se propose aussi de redéfinir le métier d'enseignant, « qui l'a été à un moment où une minorité d'élèves faisaient des études », comme le précise François Dubet.
(...) Pour la FCPE, Georges Dupon-Lahitte se déclare surtout « inquiet des discours ridicules sur le retour de la dictée ». « Si M. le Ministre est nostalgique du passé, qu'il retourne aussi à la bougie ! » lance-t-il.
Le Point du 02/09/04 : Dictée pour tous.
(...)
Selon son cabinet, Fillon a été sensible à un livre paru au printemps dernier, "Et vos enfants ne sauront pas lire... ni compter! " Son auteur, Marc Le Bris, est instituteur dans le Finistère. Pur produit de l'école normale des années 70, il était à ses débuts convaincu que l'école est un lieu où les enfants doivent avant tout s'épanouir. Depuis, il est entré en dissidence: dans sa classe, il nargue inspecteurs et conseillers pédagogiques en enseignant passé et futur antérieurs, qui ne sont plus au programme.
(...)
La Voix du nord du 01/09/04 : Dossier Apprendra-t-elle à lire
à l'école ?
(...) À Wasquehal, dans la métropole lilloise, Marie T., mère d’Arthur, collégien de 13 ans, et de Julie, 7 ans, qui rentre en CE 1, raconte son expérience : « Julie sait lire mais pas correctement. Pendant tout son CP, elle a dû apprendre des textes par coeur. Quand je lui demandais de retrouver un mot, elle recommencait le texte depuis le début en suivant avec son doigt pour retrouver ce mot. J’appelle ça du "global" ! Elle avait aussi une fiche de lecture avec des syllabes, mais pas grand chose. Si elle en sort à peu près, c’est que j’ai eu cette chance d’avoir eu le temps de reprendre les leçons de lecture tous les soirs avec elle. Comment font les parents qui ont deux ou trois enfants d’âge rapproché à suivre ? »
(...)
« Personne ne lui a appris les lettres, à mon petit de huit ans »
(...) Son livre, Et vos enfants ne sauront pas lire… ni compter est un pamphlet (voir ci-contre). Mais pas seulement: «J’apporte aussi des informations, cachées, muselées.» Marc Le Bris, 50 ans, instituteur en CM 1/CM 2 à Médréac, en Ille-et-Vilaine, ne s’en cache pas: «J’ai écrit ce livre pour alarmer les parents, pour qu’ils sauvent leurs enfants en faisant le travail de l’école à la maison.»
(...)
Les parents, en parallèle
(...) Bruno M., agrégé de l’université de Lille, qui enseigne la maintenance industrielle en IUT, est tout aussi catastrophé: «Même les bacs S (scientifique) sont à la ramasse en orthographe! La syntaxe est tout aussi déplorable. Et quand on arrive à notre niveau, c’est trop tard, nous ne faisons plus l’effort. Le problème, c’est qu’on ne dit plus aux gamins de CP que l’école, c’est du travail avant tout, et pas de l’amusement! La tendance commence à s’inverser du côté des parents. Il n’y a qu’à voir le succès des méthodes d’apprentissage dans les librairies.»
(...)
Le Figaro du 01/09/04 : Dictée, rédaction : les classiques de Fillon.
(...)
C'est du côté des enseignants regroupés au sein du collectif Sauver les lettres que l'approbation est la plus unanime. «Ce que j'entends me ravit», assure Marc Le Bris, professeur du primaire et auteur d'Et vos enfants ne sauront pas lire ni compter (édition Stock). Gaëtan Cotard, son alter ego du secondaire, estime «que c'est une bonne nouvelle à condition qu'elle soit suivie derrière d'une vraie politique».
Le pédagogue et directeur de l'IUFM (Institut universitaire de formation des maîtres) de Lyon, Philippe Meirieu, approuve aussi. «C'est vrai qu'au collège la lecture a été en partie abandonnée, que l'on y fait également moins de récitation», assure-t-il.
(...)
Libération du 01/09/04 : Les évidences de Fillon agacent les enseignants.
(...) Si les enseignants se méfient des «bonnes idées» de François Fillon, les chercheurs n'en remarquent pas moins que, lentement mais sûrement, la qualité de l'orthographe baisse dans les écoles. Et partout ailleurs aussi, note Anne-Marie Chatrier, spécialiste de l'histoire de la scolarisation de l'écrit (...)
Pour enrayer le phénomène, la chercheuse interroge la pédagogie. Pour elle, maîtriser l'orthographe prouve que «des réflexes d'autocorrection et d'autovigilance sont acquis». Et ces «compétences mécaniques» passent par une série d'exercices. «Pour gagner un marathon, on ne court pas 42 kilomètres tous les jours, explique la chercheuse. Mais on s'entraîne quotidiennement.»
(...)
Sélection, septembre 2004 : École, faut-il tout changer ?
(...) Philippe Meirieu : Je dirais volontiers que l'école doit être à elle-même son propre recours. C'est-à-dire ne jamais laisser sans aide un enfant et ses parents confrontés à une difficulté, un échec, une incompréhension. Par exemple, 30 % des élèves de seconde font relire leur dissertation de français à leurs parents : tant mieux pour eux s'ils sont entourés par des adultes pouvant leur donner les apports culturels nécessaires, tant mieux pour eux également s'ils peuvent bénéficier de cours payants. Mais tous ceux qui n'ont pas cette possibilité devraient pouvoir se faire aider à l'école par des professeurs disponibles. Telle est pour moi la condition d'un véritable service public d'éducation, capable de rétablir cette égalité des chances évoquée au début de notre débat. Pour cela, il faudrait que les professeurs, en particulier dans les collèges et les lycées, ne viennent pas seulement faire leur cours, mais soient présents auprès des élèves. Redéfinir le service enseignant en termes de mission éducative globale, et non pas en termes d'horaires hebdomadaires, me paraît une priorité.
(...)
Août 2004
iForum - Université de Montréal du 30/08/04 : Le Québec enseigne bien mal à lire.
(...)Le nouveau programme d'enseignement du français,
issu de la réforme scolaire de l'an 2000, ne ferait que reprendre les fondements méthodologiques des programmes antérieurs, du moins en didactique de la lecture. Ces fondements sont ceux du whole-language, une approche délaissée partout ailleurs dans le monde parce que sans aucune base scientifique.
C'est ce que fait valoir Régine Pierre, professeure au Département de didactique, dans le dernier numéro de la Revue des sciences de l'éducation, numéro qu'elle a dirigé et qui est consacré à l'enseignement de la littératie.
(...)
Le Parisien du 31/08/04 : Le grand retour de la dictée.
(...)
Aujourd'hui, les cours de français au collège se décomposent en séquences et les dictées sont passablement tombées en désuétude. « C'est vrai, confirme Marylène Cahouet, spécialiste de cette matière au Snes, principal syndical du secondaire. L'orthographe est enseignée mais ce type d'exercices est beaucoup moins demandé qu'avant. Personne ne peut contester que la maîtrise de la langue est la condition indispensable à la réussite des élèves mais réintroduire massivement la dictée permettra-t-il aux enfants de mieux lire, de mieux comprendre, de mieux savoir rédiger un texte ? » « Cela ne peut quand même pas faire de mal, rétorque l'enseignant Marc Le Bris, du comité Sauver les lettres et auteur de Et vos enfants ne sauront pas lire ni compter . Or ce n'est pas les professeurs qu'il faut rappeler à l'ordre mais l'encadrement pédagogique. Je connais des collègues qui bravent les consignes et continuent de faire des dictées en 6 e ! Ce n'est pas un exercice d'évaluation, c'est un exercice de rigueur très important. » « L'essentiel serait quand même que les jeunes qui entrent au collège arrivent avec des bases solides », insiste-t-on au Snes.
(...)
Ouest France du 31/08/04 : "Sauver les lettres" veut réformer les programmes et les méthodes.
(...)
Leurs chevaux de bataille ? Outre la défense des langues anciennes au collège et lycée (synonymes de culture d'excellence), le collectif s'attaque aux méthodes d'apprentissage de la lecture, de l'écriture et du calcul, totalement inadaptées selon Marc Le Bris. " Le programme consiste à observer et manipuler, mais absolument plus à apprendre. Les mots " transmission de connaissances " sont devenus des insultes. L'enfant doit découvrir tout seul. Mais comment, si on ne lui montre pas ? " Le collectif tente tant bien que mal de se faire entendre dans les méandres de l'Éducation nationale. Lettre ouverte au ministre, pétition, livres... Rien n'y a fait.
(...)
Libération du 31/08/04 : «Encourager lecture, dictée et récitation au collège».
(...)Sur la maîtrise du français au collège, je prépare une circulaire qui vise à remettre fortement au goût du jour les exercices traditionnels qui ont fait la preuve de leur efficacité.
Par exemple ?
La lecture, la dictée, la récitation, la rédaction, tous les exercices qui demandent un effort personnel. Pourquoi seront-ils utiles ?
Parce que je l'ai souvent entendu des enseignants sur le terrain, parce que je l'ai lu dans de nombreux livres de professeurs en colère. Je sais que ces réponses sont classiques, mais le système a connu trop d'innovations pédagogiques mal assimilées dont le résultat a finalement déçu. On ne peut pas avoir une école qui ne fasse pas appel à l'effort et à l'évaluation.
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Le Monde du 31/08/04 : Les collectivités locales accroissent leur poids en matière d'éducation.
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Si les conseils régionaux dépensent en moyenne 930 euros par élève pour la construction et le financement des lycées, les crédits varient en réalité du simple au double selon les régions. Les résultats sont similaires pour les départements et les communes, chargées, elles, des écoles maternelles et primaires.
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Madame Figaro du 28/08/04 : Pourquoi nos enfants ne savent plus lire, ni écrire.
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C’est ainsi que le plus-que-parfait, le passé antérieur et le subjonctif ont été peu à peu effacés du tableau noir. “ En y consacrant de moins en moins de temps, note Denis Paget, secrétaire général du SNES et professeur de français, comment voulez-vous que les élèves maîtrisent l’orthographe ? C’est une question de choix politique. Peut-être que cet apprentissage ne mérite pas tant d’effort. Mais personne ne le dit. Il faudrait que les politiques se prononcent clairement sur la question de savoir si l’orthographe doit être ou non une priorité. ”
Au collège, en tout cas, ça n’en est plus une. Curieusement, alors qu’il est établi qu’en sixième, une majorité d’élèves ne dominent pas la structure d’une phrase et ne savent pas en construire une, les programmes s’ingénient à complexifier jusqu’à la caricature l’étude de la grammaire. “ On passe sans préambule de la grammaire de phrase, que les élèves ne maîtrisent pas, à la grammaire de texte ”, dénonce à nouveau Fanny Capel. Katherine Weinland, doyenne du groupe des lettres à l’Inspection générale, dit elle-même que les collégiens “ ont la culture du zapping. Ils sont dispersés et il faut aller dans le sens d’une consolidation et d’une restructuration des enseignements ”.
L'Humanité du 26/08/04 : Service minimum pour l’école.
(...)Les membres de la commission, eux, sans démentir la version publiée par le Monde, ont prévenu qu’elle ne datait que de 24 heures et n’avait pas encore été validée. " Plusieurs points devraient être modifiés, voire sauter. " Restent que l’orientation générale ne semble pas remise en cause. (...)
Le Monde du 26/08/04 : Ce que va proposer le rapport Thélot pour réformer l'école.
(...) Trois grandes catégories d'enseignement sont proposées aux élèves pour maîtriser les enseignements fondamentaux et trouver leur voie de réussite. La plus importante, obligatoire et dénommée le "socle commun de l'indispensable", comprend la langue, les mathématiques, "l'éducation à la vie en commun", l'anglais de communication internationale ainsi que la maîtrise des technologies de l'information. (...)
Jacqueline de Romilly, pythie du grec ancien.
(...) Elle parle de l'enseignement, qui lui manque, du "jeu rigoureux et propre" que constitue le grec. Elle parle de l'actualité grecque de cet été et des JO qu'elle suit avec passion parce que tout est bon pour susciter le goût de la Grèce ancienne. Elle parle des heures passées en classe, le maître et les élèves entièrement absorbés dans "un monde à part". Et du "miracle collectif" qui se produit lorsqu'un texte est devenu clair et qu'il "entre en soi pour toujours". Les textes, insiste-t-elle, "font partie de nous-mêmes". Aujourd'hui, "on veut à tout prix que les enfants sachent ce qui se passe autour d'eux. Mais quelle merveille de découvrir un monde autre pendant une heure. Pourquoi tirerait-on davantage d'une rencontre avec n'importe qui que d'un tête-à-tête avec Andromaque ou Hector ?" (...)
Libération du 24/08/04 : Pour la langue, ça craint grave, par Alain Bentolila.
(...) Echec scolaire, errance sociale, voilà où conduit l'incapacité de mettre en mots sa pensée avec précision et de recevoir celle de l'Autre avec exigence. Pour tous ces jeunes gens et jeunes filles, la défaite de la langue c'est aussi la défaite de la pensée ; c'est devoir renoncer à agir utilement et pacifiquement sur le monde.
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La Croix du 04/08/04 : Langues anciennes : il faut rétablir le cap !, par Eric Ferrand.
(...) Non, la question de l'enseignement du latin et du grec n'est pas anecdotique, ou périphérique. C'est une question centrale. Ce sont deux manières de voir l'avenir de l'école qui s'affrontent. Une école utilitariste, dévouée à la loi de l'offre et de la demande face à une école qui porte un autre projet : former des individus responsables, libres de leurs jugements, capables de décider en conscience. A Athènes, en Grèce, on les appelait alors des citoyens.
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Libération du 04/08/04 : Grecque ancienne.
(...) Si elle fut souvent accusée d'élitisme, Jacqueline de Romilly paraît totalement dépourvue de snobisme. Sa défense du grec ancien est réservée à tout le monde. Elle vient d'écrire la préface de la seconde édition de l'Assimil du grec ancien, un best-seller inattendu, déjà épuisé, ce qui lui montre qu'il y a peut-être un retour de flamme partagé pour sa passion. «Elitiste, non. Ce que je souhaite, au contraire, c'est que tous les élèves qui le désirent puissent étudier le grec ancien. Et non l'imposer à tous.»
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