Communiqué de presse du 6 juillet 2009

" Bac de français " 2009 : une prime au milieu social !

Le collectif Sauver les lettres s’élève contre les sujets proposés aux élèves de Première lors des épreuves anticipées écrites de français 2009, que ce soit en séries générales L et ES/S ou en séries technologiques ST. Démesurément spécialisés au regard de possibilités d’élèves de dix-sept ans, les questions préalables et les sujets de dissertation ont mis en difficulté les candidats, et embarrassent leurs correcteurs. Apparemment " sérieux ", donc inattaquables par les média dont aucun ne pourrait dire que " le niveau baisse ", ces sujets inaccessibles ouvrent en fait la porte à une discrimination sociale effective, et à une correction erratique.

Il s’agissait, dans les trois séries de lycée, de traiter l’objet d’étude " Théâtre : texte et représentation ", au travers de trois prismes : la relation entre acteur et personnage en série littéraire, le rôle du spectateur en séries économique et scientifique, l’illusion théâtrale en séries technologiques (sujets consultables sur http://www.sauv.net/eaf2009sujets.php), à partir d’un ensemble de textes fournis lors de l’examen, et d’études d’oeuvres menées en classe au cours de l’année scolaire.

Si l’étude du théâtre telle qu’elle est orientée dans les programmes récents encourage les professeurs à fournir à leurs élèves l’occasion bénéfique d’assister à une ou plusieurs représentations théâtrales dans l’année, et approfondit ainsi heureusement le champ traditionnel de l’étude scolaire des pièces, elle devient contestable et discriminante dès lors que les sujets nationaux d’examen ne la reprennent que partiellement, en éliminant " le texte " pour ne plus envisager que " la représentation ".

Une telle optique, attentive aux problèmes de mise en scène et d’art dramatique, relève tout d’abord de spécialistes, rompus à une étude approfondie du théâtre, et de perspectives plus universitaires que scolaires. Les élèves de lycée, munis à dix-sept ans d’une expérience culturelle encore limitée et n’étant allés au théâtre que deux ou trois fois au mieux, ne peuvent à leur niveau avoir une approche globale de ces questions, encore moins l’exposer dans un bref laps de temps. Rappelons de plus que si la série littéraire bénéficie de six heures de français hebdomadaires, les séries technologiques sommées de traiter des sujets peu différents – et de maîtriser cette année le cas particulier du monologue théâtral - n’en ont plus que trois, et que le théâtre n’occupe que le septième ou le cinquième du programme.

Ces sujets de 2009 pratiquent de fait une discrimination et une injustice, en privilégiant à l’examen la certification d’un savoir extra-scolaire. D’une part ils pénalisent les élèves sérieux, qui ont travaillé les œuvres, en leur retirant, avec la disparition du " texte ", l’occasion d’utiliser leurs connaissances et leurs cours, et de montrer leurs efforts. D’autre part, ils accordent une prime exorbitante aux élèves que leur milieu culturel familial et social conduit souvent au théâtre. Les élèves défavorisés qui n’ont d’autre milieu culturel que le lycée sont ainsi pénalisés : quelques sorties scolaires, souvent réalisées dans des conditions acrobatiques d’organisation, de transport et de financement, ne peuvent remplacer un bain constant. Que dire aussi de la pratique théâtrale dans des régions isolées, et en outre-mer ? La solution la plus équitable serait de réserver à l’épreuve orale l’interrogation sur les représentations effectivement vues, comme cela se fait déjà pour le " mouvement littéraire et culturel " laissé au choix de l’enseignant.

De tels sujets d’écrit en effet découragent les élèves, les détournent des filières littéraires, et entraînent le mépris du français en tant que discipline scolaire. Ils dissolvent les objectifs des élèves, qui ne peuvent plus à l’examen montrer leur travail, leur finesse ou leur réflexion. Ils rendent par ailleurs impossible la tâche de leurs correcteurs : aucun élève moyen ne peut obtenir la note de 10 dans de telles conditions, sans une indulgence qui élimine toute exigence. Les repères des candidats et les critères des correcteurs sont mis à mal dans de telles opérations, et la matière n’en ressort pas grandie (1). Quant aux discours officiels sur la promotion des élèves de milieux défavorisés, ils sonnent singulièrement creux en de telles circonstances.

Le collectif Sauver les lettres s’élève une fois de plus contre les programmes aberrants qui induisent de telles dérives. Au lieu que les programmes commandent l’examen, il demande que des objectifs raisonnables commandent les programmes. L’approche par genres littéraires imposée depuis 2001 au détriment de l’étude d’œuvres conduit à exiger des élèves des savoirs de type universitaire, impossibles à leur âge compte tenu de la dégradation incessante des conditions d’enseignement du français (2), à évaluer leur milieu social et non leur niveau scolaire, et à finalement les laisser sans formation véritable, ni goût pour la lecture et la littérature.

Collectif Sauver les lettres


1. Lire à ce propos les réactions de correcteurs, sur la page Dernières nouvelles de l’ÉAF , http://www.sauv.net/eaf2009.php
2. Voir l’Appel pour le rétablissement des horaires de français,
http://www.sauv.net/horaires.php