Parents et enseignants

Le Figaro Magazine, 31 août 2002

Le phénomène n'est pas vieux ; trois ou quatre ans, à peine. Mais il s'est répandu avec une telle rapidité que beaucoup d'enseignants, exaspérés, ne parlent plus que de cela : les parents d’élèves seraient devenus « odieux ». Détestablement « envahissants ». Rarement violents, mais facilement « insultants » ou « menaçants ». N'hésitant plus à faire irruption au sein des établissements, en plein cours ou dans les conseils de classe pour adresser publiquement leurs critiques aux enseignants. Du jamais vu ! Un climat de tension palpable qui s'aggrave à chaque rentrée scolaire, tout particulièrement dans le primaire. Un constat que les parents d'élèves font, eux aussi, mais de façon plus dispersée, sans impression d'ensemble; chacun ne pouvant en effet témoigner que de son expérience personnelle, ou de ce qui s'est produit dans la classe de son enfant. Mais rares sont ceux qui n’ont aucun incident à rapporter ; du plus banal (le harcèlement quotidien subi par de nombreuses institutrices au sujet de leurs méthodes), au plus exceptionnel (un professeur parisien, revenant de congé de maladie, interdit d'entrée dans son propre collège par un barrage de parents d'élèves qui lui préféraient son remplaçant).

Et ce qui frappe surtout du côté des parents, même lorsqu'ils désapprouvent de tels comportements, c'est leur discours : étonnamment dur contre le système scolaire en général, et certains de ses représentants en particulier. Il suffit d'évoquer le sujet pour que les critiques fusent sur un ton où l’irritation le dispute à l'indignation ... exactement celui qu'utilisent les enseignants pour parler de l'attitude « scandaleuse » des parents.

En clair, il se passe à l'évidence quelque chose. Quelque chose de grave et de nouveau. Mais quoi exactement ? Et surtout, pour quelle raison ?

Une double question à laquelle la plupart des enseignants n'apportent pour l'instant qu'une réponse : sans fondement sérieux, l’agressivité des parents ne s'expliquerait, selon eux, que par la place « excessive » qui leur a été accordée depuis une dizaine d'années au sein des établissements scolaires.

 

Les parents jugent sur les résultats

 

Invités à siéger aux conseils de classe ou à contester les redoublements, certains parents se croient logiquement en droit de dire leur mot sur tout, y compris sur le contenu des programmes ou la pratique des enseignants. Lesquels, évidemment, le supportent plus que mal. En déniant, non sans raisons, toute compétence à des « non professionnels » pour critiquer ou juger ce qui se passe à l'intérieur d'une classe.

Mais l'ennui, et le coeur du problème, c'est que dans le système actuel personne n'est habilité à en juger. Pas même les inspecteurs qui ne voient jamais rien, même en cas de dysfonctionnement grave, lorsque par extraordinaire ils se déplacent. Seuls les parents « voient ». Pas toujours à bon escient, c'est vrai, mais d'une façon néanmoins objective puisque ce qu’ils voient, eux, ce sont les résultats : des écoliers qui ne savent plus lire ni écrire, des devoirs qui ne sont pas donnés, les absences à répétition de tel enseignant ou l'incapacité d’un autre à s'exprimer dans la langue qu'il est supposé enseigner, des élèves qui entrent en seconde sans connaître les auteurs classiques, une moyenne accordée avec plus de vingt fautes dans une dictée de dix lignes, des actes de violence qui se multiplient et s'aggravent sans que le chef d'établissement parvienne à rétablir l'autorité.

Autrement dit, et contrairement à ce que prétend Maurice T. Maschino dans son dernier ouvrage, Parents contre profs (voir ci-contre), les parents d'élèves n'ont pas toujours tort de s'inquiéter, et ce n'est pas non plus « le mépris envers les enseignants » qui les y pousse le plus souvent. Loin de là.

- Les parents ne font plus confiance aveuglément à l'école ? Et pour cause ! observe en effet Elizabeth Altschull, professeur d'histoire-géographie dans un lycée parisien, mère de quatre enfants, auteur d'un livre édifiant (1) sur la façon dont le « pédagogiquement correct » a d'ores et déjà détruit l'école primaire et s'apprête à en faire autant pour le collège et le lycée, sur l'exact modèle de ce qui s'est produit il y a trente ans aux Etats Unis... Envahissement du terrain par les parents d'élèves compris.

D'après Elizabeth Altschull - et c'est aussi ce que l'on constate au cas par cas - le rôle des parents, ou plus exactement des associations de parents d'élèves FCPE (Fédération des conseils de parents d'élèves des écoles publiques) et PEEP (Parents d'élèves de l'enseignement public), n'a en effet rien d’anodin dans ce travail de destruction.

- FCPE ou PEEP, de gauche ou de droite, c'est la même chose, explique la jeune femme. Composées pour l'essentiel de nouveaux pères et de femmes au foyer, qui consacrent beaucoup de temps à leurs enfants et préfèrent de toute façon les faire travailler eux-mêmes, ces fédérations militent avant tout pour que l'école soit un lieu « d’épanouissement ». Etat d'esprit qu’elle résume encore par cette formule : « Il est dommage qu'on s’y préoccupe autant de la lourdeur des cartables et si peu de l'allègement des programmes. »

Mais il y a plus regrettable encore : que ces fédérations monopolisent le débat, en étant systématiquement présentées comme porte-parole exclusif des parents d'élèves « en général », alors que ceux qui les ignorent ou s'en détournent sont largement majoritaires, et chaque année plus nombreux. Depuis dix ans, FCPE et PEEP ont perdu en effet plus des trois quarts de leurs effectifs. Elles ne récoltent aujourd'hui que 27 % et 8 % des voix (sur moins d'un parent sur deux qui vote dans le primaire, et moins d'un sur trois dans le secondaire), alors que les listes « autonomes » ne cessent en revanche de gagner du terrain, avec plus de 51 % des suffrages... mais sans qu'on n’entende jamais parler de leur avis, de leurs demandes et de leurs préoccupations !

On ne s'étonnera donc pas que ce soit surtout dans ces rangs, non « représentatifs » bien que majoritaires, privés de reconnaissance autant que de parole, que se recrutent aujourd'hui de nombreux « parents en colère ».

Dont Olivier Simon, 48 ans, cadre commercial vendômois, qui a longtemps eu pour ligne de conduite de « faire entièrement confiance aux enseignants »... jusqu'à ce que l'importance des lacunes scolaires de ses quatre enfants (deux écoliers, deux collégiens) l'inquiète au point de l'entraîner aux réunions de la FCPE et de la PEEP.

-J'en suis sorti ahuri, raconte-t-il. Ces gens, par ailleurs cultivés, sont aveuglés par l'accessoire. L'essentiel. à savoir le contenu des programmes et la façon dont nos enfants sont formés, n'est jamais abordé.

Il tente pourtant de se faire entendre. Se fait rapidement traiter de « fasciste » pour avoir suggéré que l'on revienne à un peu de discipline et de méthode dans l'enseignement de certaines matières. Puis commet l'erreur de s'opposer à l'une de leurs initiatives :

- Ils avaient distribué un tract aux collégiens pour obtenir l’éviction de deux enseignantes. J’étais violemment contre. Quels que soient les problèmes que posaient peut-être ces dames, j'estime en effet que les parents n'ont pas à juger de la pratique et des résultats d'un métier qu'ils ne connaissent pas.

Plus que déçu, « scandalisé », il décide alors de faire quand même quelque chose, mais seul dans son coin, en créant un site Internet (2) destiné aux parents - et aux enseignants - qui, comme lui, « s'inquiètent davantage du délabrement des connaissances que de la façon dont il conviendrait de se partager la "coéducation" des enfants ».

- Je suis persuadé que de très nombreux parents et enseignants sont d’accord là-dessus, explique-t-il, mais tout dialogue est impossible sur le terrain. C'est malheureux à dire, mais pour beaucoup d'enseignants, les parents qui demandent à les voir sont d'abord et avant tout des emmerdeurs.

 

Une logique d’affrontement

 

Question de susceptibilité. De culture aussi.

- Il faudrait pourtant que cela cesse ! tempête Elizabeth Altschull, le temps des hussards noirs de la République, c'est fini ! Les enseignants ne veulent pas d'un nivellement général du système, mais ils ne savent pas en débattre avec les parents. C'est là leur défaut.

Et peut-être leur erreur... Car les enseignants auraient tout intérêt à réaliser enfin que les parents ne sont pas leurs ennemis. Comment a-t-on réussi à leur faire croire qu'une majorité d'entre eux est vraiment favorable à une école qui n'instruit plus ? A l'indiscipline et au laxisme généralisés ? A des diplômes au rabais ?

Sans verser dans la paranoïa, on ne peut que constater, au contraire, à quel point la tension actuelle sert les intérêts des partisans de la « médiocratisation » de l'enseignement. Moins les parents et les enseignants se parleront, surtout à propos de pédagogie ou de programmes, et mieux ce sera.

Sociologue et spécialiste en sciences de l'éducation, Olivier Maulini n'est pas le seul à avoir ainsi remarqué le caractère exagérément « guerrier » du langage utilisé pour commenter les rapports entre parents et enseignants : « On ne parle, pour les uns, que d’envahissement, d’invasion, d’intrusion ; pour les autres, que de territoire à défendre ; et pour les deux, de paix armée ou de guerre larvée », constate-t-il, avant d'en tirer cette intéressante conclusion : «En attribuant aux uns et aux autres des intentions qu’ils n'ont pas, en montant quelques incidents isolés en épingle, parents et enseignants mènent une drôle de guerre qui consiste à dénoncer l'autre pour mieux s'en défendre. »Et la façon dont on les y incite n'est certainement pas innocente, notamment en ouvrant comme on l'a fait les établissements scolaires aux parents d'élèves. Car « la porte la mieux fermée est celle que l’on peut laisser ouverte », ainsi que le fait suavement remarquer Olivier Maulini, en citant un proverbe chinois...

Le très moderne pédagogue qui a imaginé de laisser entrer les parents à l'école, et plus pervers encore, de leur permettre de s'opposer à un redoublement (alors que tout un tas de garde-fous existaient déjà pour éviter les décisions non justifiées), savait sûrement ce qu'il faisait. Pas de meilleure idée en effet pour abaisser le niveau général, diminuer les exigences, décourager et braquer les enseignants, multiplier les occasions d'incidents, et in fine, interdire tout dialogue entre les deux parties sur l'essentiel.

Encouragés à se voir, ne se voyant et n'ayant le droit de se voir, que pour discuter du cas d'un gosse en particulier, parents et enseignants sont fatalement dans une logique d'affrontement. Même d'accord sur le fond (la médiocrité des programmes, l'efficacité des classes par niveau, la nécessaire restauration d'une évaluation sérieuse des connaissances), il n'y a pas une chance pour qu'ils s'en aperçoivent. Et c'est, sans aucun doute, ce qui est recherché. Quelles qu'en soient les conséquences, d'ores et déjà bien connues : fuite des meilleurs élèves vers le privé et les établissements d'élite, diminution accrue des exigences et gaspillage des talents partout ailleurs, fatigue et démotivation des enseignants, effondrement du niveau moyen, dévalorisation des diplômes. Le tout pour un coût chaque année plus prohibitif, et des résultats chaque année plus faibles.

Mais si l'école républicaine est au plus mal, ce n'est certes pas la faute des parents. Tout simplement parce que l'immense majorité d'entre eux ne demanderait pas mieux que de ne jamais mettre les pieds dans l'école, ne jamais se mêler de ce qu'y font les enseignants. S'il y a des problèmes, ce n'est pas parce qu'ils sont en colère. S'ils sont en colère, c'est parce qu'il y a des problèmes.

VÉRONIQUE GROUSSET

(1) Elizabeth Altschull : l'Ecole des ego. Contre les gourous du pédagogiquement correct. Albin Michel.
A lire aussi, sur le même sujet, l’ouvrage de Claire Laux et Isabel Weiss, Ignare Academy : les naufrages de l’enseignement. Nil éditions.
(2) Voir ci-dessous le Manifeste de son Collectif des parents en colère.

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Maurice Maschino

« La place des parents n’est pas dans l’école ! »

Auteur d'une vingtaine d'essais, ancien enseignant connu pour son militantisme de gauche, Maurice T. Maschino vient de publier un pamphlet[1] d'une rare violence contre les parents d'élèves.

- D'où vous est venue l'idée et l'envie d'une diatribe aussi virulente à l'égard des parents d'élèves ?

- Pas de mon expérience personnelle puisque, en plus de vingt ans d'enseignement, je n'ai jamais vu un seul parent. Mais j'entends ce que mes amis enseignants - ou pire : instituteurs - racontent depuis trois ou quatre ans. Et l'importance du phénomène m'a paru mériter un livre.

- Vous croyez vraiment que tous les parents n'interviennent que pour des raisons stupides, et toujours de façon odieuse ?

- Ce que je leur reproche, c'est la manière dont beaucoup d'entre eux s'en prennent aux enseignants. Des enseignants que je ne défends pas systématiquement, loin de là... Mais je m'en prends aux parents qui s'estiment autorisés à faire n'importe quoi dans les établissements scolaires, en transformant les conseils de classe en tribunaux pédagogiques, ou en exigeant tout des professeurs, alors que, bien souvent, ils se désintéressent par ailleurs totalement de leur progéniture.

- Ils n'ont donc aucune excuse à vos yeux ?

- Si : le je-m'en-foutisme généralisé de toutes les instances de l'Education nationale (rectorats, académies, inspection) qui ne veulent surtout pas d'histoires et qui n’interviennent pas quand ce serait nécessaire, poussant ainsi les parents à le faire. Mais cela ne saurait en aucun cas justifier l’arrogance et l'agressivité que beaucoup d'entre eux manifestent à l'égard des enseignants. Ma conviction, de toute façon, est que les parents n'ont rien à faire au sein d'un établissement scolaire.

- Pas même ceux dont les interventions sont motivées par les mêmes inquiétudes que les vôtres, sur l'effondrement du niveau, le laxisme ambiant ou la destruction de l'école républicaine en général ?

- Les parents de ce genre existent ; c'est vrai, et je le sais. Mais il faudrait une structure adéquate pour qu'un dialogue - et peut-être un front commun - puisse s'instaurer entre eux et les enseignants sur ces questions. Une structure souple, extérieure aux établissements et aux conseils de classe. Sinon, c'est toujours la logique de l'affrontement qui finira par l'emporter.

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Les raisons de la colère

Les griefs entre parents et enseignants sont bien réels. Et parfois légitimes. Nous en avons identifié sept, de chaque côté. A méditer si l’on veut enfin parvenir à un dialogue constructif.

 

Les griefs des parents

 

1) L'apparente légèreté avec laquelle certains enseignants s'absentent régulièrement, pour une « très courte durée » (moins de trois jours, n'entrant pas dans le décompte du taux d'absentéisme officiel) ou une « courte durée » (moins de quinze jours) ; sans être remplacés, puisque les rectorats ne se préoccupent que des postes laissés vacants plus de deux semaines.

2) Les réunions pédagogiques, organisées dès le lendemain de la rentrée, ou n'importe quand dans l'année, mais toujours sur le temps scolaire, au détriment du très petit nombre de jours où les élèves ont classe : 170 jours par an en France, hors ponts, ce qui revient à dire que les établissements sont déjà fermés plus de la moitié de l'année.

3) Les emplois du temps manifestement élaborés pour satisfaire les enseignants - lesquels souhaitent tous concentrer leurs heures sur un minimum de jours - sans souci des conséquences pour les élèves : journées trop chargées ou, à l'inverse, truffées d'heures de permanence... Temps de repas limité au strict minimum...

Horaires aberrants pour l'entrée et la sortie des cours.

4) Les enseignants qui refusent à chaque rentrée de prendre d'autres élèves que ceux dont ils avaient la charge l'année précédente, au motif (non officiel) qu'ils connaissent les lacunes du collègue qui les avait avant eux, condamnant ainsi ces enfants à garder d'année en année le même enseignant, et à aggraver sans cesse leur retard.

5) Les chefs d'établissement qui reconnaissent en privé ne rien ignorer du (ou des) problèmes posés par un enseignant en particulier (absences à répétition, alcoolisme, dépression, anomalies pédagogiques flagrantes), mais qui ne font rien pour arranger les choses, pas même en discuter avec l'intéressé.

6) Les professeurs qui s'abstiennent systématiquement d'assister aux réunions « parents-profs » (ou qui en partent dès 17 heures), alors que les parents ont sacrifié une demi-journée de travail pour s'y rendre ; ces réunions se tenant le plus souvent à partir de 16 heures, toujours en semaine.

7) L'extrême susceptibilité de la plupart des enseignants, qui interdit souvent tout dialogue, même face à des parents parfaitement calmes, ouverts et courtois.

 

Les griefs des enseignants

 

1) L'égoïsme et le « consumérisme » des parents, qui ne pensent qu'à l'intérêt supposé de leur enfant, alors qu'une classe se gère obligatoirement de façon collective, dans l'intérêt du plus grand nombre.

2) Leur « arrogance », leur propension à « se mêler de tout » et à ne « pas faire confiance » aux enseignants, alors « qu’ils n’y connaissent rien ».

3) Leur attitude « démissionnaire » en général, et leur façon de tout attendre de l'école en particulier, même et surtout lorsqu'ils ne remplissent pas eux-mêmes leur devoir éducatif : enfants impolis, indisciplinés, bruyants... Travail scolaire et carnet de corresponde non contrôlés... Avertissements et convocations laissés sans réponse.

4) Leur naïveté face à ce que leur enfant raconte sur ce qui se passe en classe ; et, par voie de conséquence, l'inanité de la plupart de leurs critiques (notamment celles concernant la pédagogie).

5) Le mépris dont ils font volontiers preuve envers les enseignants, en les critiquant en public ou devant leurs enfants, ou lorsqu'ils se permettent de les mettre professionnellement en cause, en tête-à-tête ou dans un conseil de classe.

6) Le caractère facilement menaçant de leurs exigences : pétitions, visites au chef d'établissement, courriers au rectorat, mobilisation des fédérations de parents d'élèves, intrusions dans l'établissement, agressions verbales ou physiques.

7) Le soutien systématique qu'ils apportent à leur enfant, qu'il s'agisse de contester une sanction, une mauvaise note ou un redoublement ; et, a contrario, le peu de cas qu'ils font du jugement des enseignants.

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MANIFESTE DES PARENTS EN COLERE

 

En colère contre les horreurs "méthodologiques" dont nos enfants sont abreuvés à longueur d'année. A qui veut-on faire croire que la maîtrise du français, outil fondamental de la pensée, se fonde sur des "séquences narratives" et autres "schémas actanciels" ? A nos enfants qui, en fin de collège, ne font que difficilement la différence entre un infinitif et un participe passé ? Aux lycéens qui n'auront probablement jamais étudié les chef-d'oeuvres de nos plus grands auteurs ? A nous, parents qui avons eu accès aux trésors de notre héritage littéraire ?

En colère contre nos ministres qui viennent de pondre une énième réforme du primaire, réduisant l'apprentissage du français de neuf à six heures par semaine et celui de la grammaire à une heure et demie quand il en faudrait au moins une par jour. Apprentissage s'appuyant sur des méthodes qui, depuis des années, ont prouvé leur inefficacité puisque les enfants arrivant au collège ne maîtrisent ni l'orthographe ni la grammaire.

En colère contre ces mêmes ministres qui, plaçant hypocritement les élèves "au centre de l'école", vidant les programmes de tout contenu digne de ce nom et dénaturant la mission même des professeurs refusent à nos enfants le droit essentiel de savoir pour comprendre.

En colère contre la FCPE, la PEEP et leurs sociétaires, à ce point fourvoyés qu'ils souscrivent à la mise en place des "itinéraires de découverte", monstrueuse imposture masquant la disparition presque complète de la transmission des connaissances.

En colère contre les parents désemparés qui, s'égarant dans une attitude régressive, consumériste et procédurière, confondent éducation (leur rôle) avec enseignement (le rôle des professeurs) et qui veulent être "partenaires permanents de la communauté éducative" (sic !).

En colère contre certains syndicalistes qui, comme certains hauts dirigeants proposant "une mise en activité de l'élève dans un travail personnel et producteur de réussite" (sic!!!), se font les complices des salauds (il n'y a pas d'autres mots pour qualifier nos méprisables "penseurs" de la pédagogie ayant pourtant bénéficié dans leur jeunesse d'un enseignement de qualité qu'ils s'acharnent maintenant à détruire) qui, en substituant la méthode à l'objet de l'apprentissage, ouvrent les portes des classes au crétinisme et à la barbarie.

En colère contre ces mêmes syndicalistes que nous avons vu ne rien tenter pour défendre deux enseignantes usées et découragées par la grossière insolence de quelques élèves... soutenus par leurs parents. Conséquence du harcèlement intolérable de ces élèves et de ces parents (responsables de fédérations de parents !!!) et de la honteuse lâcheté des enseignants syndiqués et de l'administration : dépression...

En colère contre l'inertie et l'aveuglement des enseignants qui n'ont pas su ou voulu réagir quand il était temps , qui ont cru et veulent encore croire à leur mission et qui, très souvent usés, désabusés et déconsidérés subissent avec accablement ces humiliantes mascarades.

En colère contre ceux qui nous gouvernent parce qu'ils ont fait le lit de cette criminelle entreprise et laissent derrière eux une école tragiquement délabrée.

En colère contre notre détresse de parents lucides car nous avons cru que l'école nous aiderait à offrir à nos enfants comme valeurs esthétiques, morales et intellectuelles autre chose que la vulgarité, la violence et la consommation...

Alors si, comme nous, vous voulez transformer votre colère en vaste mouvement de protestation et de résistance, en soutien aux enseignants lucides et courageux, afin que l'école de nos enfants soit sauvée de la catastrophe et qu'elle puisse à nouveau remplir sa mission : offrir à tous ses élèves le meilleur de notre héritage culturel, rejoignez-nous !

Collectif des parents pour sauver l'école


Nous écrire : parents@autonomie.org (si vous souhaitez nous rejoindre, ou signer ce manifeste, merci de le mentionner et de vous présenter)