À propos de Meirieu


"Le mixage des enfants de tous les niveaux permet d'unifier les pensées en une pensée commune."
P.Meirieu


Meirieu est une sorte d'illuminé dangereux qui essaye depuis trente ans de faire servir l'école à un projet d'essence totalitaire * : elle doit, selon lui,  avant tout , former des citoyens qui se comprennent, dialoguent,  pour que la paix sociale puisse s'installer durablement. Vive les "savoirs-faire sociaux" ! (sic). L’école doit être un instrument au service du politique…


" Le but de cette scolarité obligatoire, c’est d’amener les jeunes à participer à la société démocratique, toute forme d’exclusion serait suicidaire pour la société elle-même. Ainsi conçue, la " citoyenneté " n’est pas " un supplément d’âme ", sorte de cerise sur la tranche napolitaine des disciplines d’enseignement ; elle est le principe organisateur de la " cité scolaire " et de la formation de la personnalité de l’élève. Elle légitime l’existence de l’école, en oriente toutes les activités, détermine le choix de ses contenus et de ses méthodes, et constitue la principale référence pour juger de sa véritable efficacité ". (L'école ou la guerre civile p60-61)

" L’école obligatoire doit faire droit aux différences et leur permettre de s’exprimer dans un creuset commun où les enfants apprennent à " faire société ".(p 110)


La pensée de Meirieu, si pensée il y a, pourrait se résumer en une phrase : la priorité de l'école doit être de lutter contre l'inégalité et non plus contre l'ignorance. L'école doit accoucher d'une société nouvelle où il n'y aura plus d'inégalités. Elle doit d'abord et avant tout fabriquer des citoyens égaux. Rien que ça. L'école est la machine qui va hâter la fin de l'Histoire : le point oméga du R.P. Meirieu. 

Il demande à l'école ce qu'elle ne peut faire (et n'a d'ailleurs pas vocation à faire) ce qui est assurément le moyen le plus efficace pour l'empêcher de faire ce qu'elle peut faire : instruire encore et toujours, enseigner l'esprit critique, au plus grand nombre possible. Mais "instruire" pour Meirieu est un gros mot qui n'entre pas dans sa vision catéchistique de l'école.

Ce programme débile, lentement infusé depuis vingt ans dans les IO (Meirieu fut directeur de l’INRP), ne fait bien entendu qu'accroître considérablement les inégalités


Hétérogénéité pas bon. L'idéologue ne veut plus voir une tête qui dépasse. L'école massifiée et pacifiée (des esprits chagrins comme Marcel Gauchet prophétisaient déjà dans les années quatre-vingt l'avènement de la Grande Garderie) va ouvrir une ère nouvelle.

Projet d'essence totalitaire, oui. Folie furieuse et non pas utopie généreuse. On est très très loin de Jean Vilar. L'école doit mettre fin à "l'injustice". Exeunt le savoir et l'instruction. Exit le maître. Exit l'élève. L'école vise "l'acquisition d'une culture commune et la construction de la Loi". Rien que ça.  Les enfants portent l'espérance d'une société nouvelle, comme Jésus rédempteur (PM vient de la gauche chrétienne et de la CFDT...) annonce la Cité de Dieu.  D'une humanité régénérée. Le miracle peut se produire si l'enseignant fait son auto-critique, se destitue lui même, jette ses fiches au feu et libère la parole des enfants en allant au devant d'eux la larme à l’œil et en robe de bure pour expier, en vrac, son égoïsme, son sadisme, son colonialisme larvé, son absence d'empathie, sa méconnaissance de la sociologie et de la psychologie, son goût pour la littérature bourgeoise ou les Lumières, sa désespérance impie, sa volonté de discrimination, son statut d'ancien bon élève, sa mentalité conservatrice, sa distinction (Bourdieu),sans parler de sa trop grande bienveillance pour le mérite, le travail, la bonne volonté et même l'intelligence, tares dangereuses qui contribuent, si l'on n'y veille, à reconduire cette bourgeoisie que l'école doit travailler sans relâche à liquider. Tous les péchés du monde sont sur lui de façon pour ainsi dire indélébile, et abjurer son être-enseignant ne pourrait pas même lui suffire à se laver de sa faute, s'il ne se livrait en plus à des exercices de contritions pédagogistes.

En réalité, Meirieu hait la plupart des professeurs et ne s'en cache guère


Le Savoir, Meirieu ne l'oublie pas dans la grande mission qu'il s'est donnée, mais le Savoir, et c'est là sans doute la Bonne Nouvelle qui accompagne toutes les réformes, est exactement partout. Les cultures sont là pour nous sauver tous de La Culture, outil d'oppression bougeois dirigé contre les démocraties modernes. C'est que Meirieu a lu de près, crayon à la main, beaucoup de livres de sociologie qui furent pour lui une manière de révélation et dont il fit un bréviaire fort simplifié qu'il cousit dans la doublure de son pardessus de professeur de français et philo en LP. Et puis l'enfant sait autant et peut-être plus que l'adulte. L'enfant est, en quelque sorte, innocent, voyez vous, et comme préservé du péché originel, tandis que le maître ne sait que dispenser son mépris et exercer sa violence comme le colonialiste cherche à civiliser le bon sauvage. Rousseauisme, vraiment, de pacotille : l’homme est bon, la société est mauvaise i.e l’élève est bon (c’est un " enfant "…) l’Ecole est mauvaise. L’Ecole est violente.
 

On croirait pourtant que la violence et le mépris viennent d'ailleurs quand il assène que  les " républicains intégristes " (sic), les partisans de l’école-sanctuaire, " renoncent à dialoguer avec les élèves qui ne leur ressemblent pas. Ils abandonnent, plus ou moins explicitement, la formation aux valeurs essentielles, fondatrices de toute socialité. Ils renforcent les ghettos, favorisent les tensions dans les entreprises dues à l’absence de dialogue social. Ils préparent le terrain aux émeutes dans les banlieues, aux guerres civiles et au terrorisme. "  ( L'école ou la guerre civile, pp. 113-114)

Bref, les profs sont des salauds ! Ils ne savent pas communiquer et aider à la communication. Attention ! parce que le père Meirieu il n'a pas seulement lu tous les amerloques constructivistes pour les vulgariser en France (peu importe que le désastre de l'école publique ait été consommé aux Etats-Unis depuis longtemps...) : il a lu Habermas dans le texte. Mazette !  Il faut dire que les impératifs de lecture d'un spécialiste en "sciences de l'éducations" ne se limitent à aucun corpus : on fait feu de tout bois. On fait mine de lire Habermas, on se fait croire qu'on a lu Piaget (un vrai psychologue), on tombe en sociologie comme Bouvard et Pécuchet, on rebondit sur tout pour étayer à peu près n'importe quoi.

Tiens, une autre citation gratinée :

" Les instituteurs et les professeurs s’écartent de plus en plus des formes de culture et de communication populaires (…) tout naturellement, ils sont tentés de faire travailler les enfants qui leur sont confiés selon les méthodes qui leur ont permis, à eux, d’obtenir leurs examens. "  (EGC, p101)
 
" L’enseignant devient un tisserand de lien social. Il n’enseigne pas ce qu’il pense lui-même, ni ce que pense le groupe de pression auquel il appartient, ni la pensée dominante, ni la dernière mode intellectuelle. Il renonce à fabriquer l’autre. Il met en place les situations et propose les savoirs nécessaires pour que le jeune se fasse " œuvre de lui-même. " (156)


Ce que dit Meirieu oscille entre l'inconsistant, le consensus mou inodore et insipide, le robinet d'eau bénite tiédasse et l'expression abjecte et calomnieuse du mépris le plus recuit à l'endroit de la culture, de la gent enseignante du bon élève et finalement de l'élève en général. Haine de l'école, au final. 

Un gamin, heureux (ou vertueux, c'est du pareil au même dans la philosophie lénifiante de notre gourou) n'est pas un élève, c'est un enfant, autrement dit quelqu'un qui n'écoute jamais le professeur, qui se rebelle avec une merveilleuse constance, refuse toutes les formes d'autorité, prend la parole en toutes circonstances pour dire ce qu'il a sur la patate, pour s'exprimer, s'exprimer, et s'exprimer encore, participant ainsi à la vie démocratique de la classe qui est un raccourci de la société civile. Le futur citoyen doit " faire société ". Fi de l'Histoire ! Fi du Français ! Fi des mathématiques ! Fi de l'apprentissage patient de la lecture ! La syllabique est fascisante. Quant à la globale, qu'on se rassure : " Les parents croient tout connaître des méfaits de la méthode globale pour l’apprentissage de la lecture (qui n’a jamais été utilisée dans plus de 10% des classes et qui n’est plus pratiquée nulle part depuis quinze ans !) " (p120) ==>Plus le mensonge est gros mieux sa passe !

 

Les bons élèves, forcément un peu vicieux et donc forcément malheureux (cf.supra) doivent être ramenés à la normale pour redevenir heureux, c'est à dire des enfants, c'est à dire des sujets libres, c'est à dire de futurs citoyens que la poésie et les vieilles vieilleries très naturellement font chier , c'est à dire des êtres enfin spontanés,  préservés des influences d'un maître nécessairement réactionnaire, enclins à se faire pardonner la mauvaise action qu'ils ont commis à l'endroit des élèves en difficultés en tâchant de réussir, forcément à leur détriment. Forcément, forcément, je vois que j'ai répété deux fois cet adverbe, mais c'est que dans la "pensée" de Meirieu, les maximes s'enchaînent comme des nécessités : tout y est merveilleusement simple, réductible : c'est presque une série d'équations et quand on tient l'intuition de base, le cogito fondateur(l’école est violente, les maîtres sont des salauds), les séries d'oppositions (amour/haine, bon/mauvais), on embrasse tout le dispositif de sa pensée puissante (sans avoir à accompagner le maître pour s'entretenir sous un marronnier d’IUFM). Inutile donc de s’infliger tous ses livres à moins que l’on aspire à se noyer dans ce que Finkielkraut appelle la confiture psychologique et d’autres une bouillie indigeste. 


Comme les disciplines sont méchantes, l'interdisciplinarité est gentille, le travail en équipe est gentil aussi. ( Je sais, vous avez besoin de quelqu'un pour un dîner de con, mais celui là je me le garde !) Bienvenu donc dans la "tranversalité" bavarde qui récuse les frontières disciplinaires lesquelles ne sont propres qu'à  tracer des ghettos ! Dans ce nouvel espace de vie (depuis 89 les établissements scolaires sont des lieux de vie ) et de liberté, l'enfant  peut construire lui même son propre savoir, activement, à l'abri de toutes les influences pernicieuses et en interaction avec ses semblables.

On s'interroge parfois doctement pour savoir si M est constructiviste.

Eh bien c'est Meirieu, conseiller du prince Allègre, qui  est à l'origine de ceci dans la LO de 89 :


 " L’école doit permettre à l’élève d’acquérir un savoir et de construire sa personnalité par sa propre activité "  (Loi d’orientation de 1989, rapport annexé)

" En partant des textes et en ménageant des temps de recherche autonome, les élèves sont amenés à construire la notion, nouvelle pour eux, de mouvement littéraire et culturel (auteurs, œuvres, contexte) "(LO 89)

" Un contenu n’est jamais qu’un ensemble de matériaux mis en œuvre mentalement, évoqués et structurés par les sujets " (Apprendre, oui mais comment ? , p. 118).
 

C'est ce que M. ne cesse de marteler dans son bouquin quitte à radoter, feignant de croire que les sales profs ne savent faire que  des cours magistraux et n'ont jamais eu vent de l'intérêt de faire travailler les élèves par eux-mêmes, quand ils ont acquis les rudiments, les éléments, et les méthodes de réflexion… Il fait une caricature odieuse des enseignants pour mieux faire porter sa dénonciation ridicule et faire triompher ses idées révolutionnaires sur "l'autodidaxie". Les intéressés protestent mais la grande force de Meirieu vient de ce que cela lui est complètement égal, comme tout ce qui est réel d'ailleurs. Il cavale sur le dos de sa Chimère, qui n'est pas si fantasmatique ou délirante qu'elle ne l'ait fort bien porté jusqu'à une chaire d'université (bon ! une chaire en sciences de l'éducation, on sait ce que ça veut dire en général..) : le grand vent de l'Idéologie, quand il s'emballe, peut faire des sommités avec des habiles, des "experts" avec des médiocres, des scientifiques avec des scientologues, des penseurs avec des excités prolixes. Il fait arriver les arrivistes, quand ça l'arrange et qu'il faut des prêcheurs en toge à triple rang d'hermine pour faire triompher ses discours, sans partage. Le discours idéologique n'étant évidemment que le versant naïf ou cynique d'une lame de fond économique et très bassement matérielle dont il est l'auxiliaire objectif, le révélateur et l'expression : on sait bien que le discours pédagogiste aura accompagné miraculeusement le mouvement libéral, la déréglementation et la mise à sac des services publics. 


 Des extraits très édifiants de L'école ou la guerre civile (Plon,1997) :


" la constitution d’objectifs-noyaux impose de construire un concept à travers l’étude comparée de nombreux exemples, au lieu d’apprendre des définitions dans des manuels "

" Au contraire d’un Pygmalion ou d’un docteur Frankenstein, qui se croient capables de fabriquer un homme en contrôlant toutes les phases du processus et en maîtrisant le produit fini, le véritable maître…etc. " (136)

" L’enseignant devient un tisserand de lien social. Il n’enseigne pas ce qu’il pense lui-même, ni ce que pense le groupe de pression auquel il appartient, ni la pensée dominante, ni la dernière mode intellectuelle. Il renonce à fabriquer l’autre. Il met en place les situations et propose les savoirs nécessaires pour que le jeune se fasse " œuvre de lui-même. " (156)

" La majorité des professeurs… basculent du côté du magister. Leur modèle, c’est le professeur d’université dans son amphithéâtre, l’avocat dans son prétoire ou le député à la tribune de la Chambre  ".( p. 99-100).
 
 " C’est pour promouvoir la discipline qu’il(le professeur) aime et dans laquelle il a réussi qu’il a choisi d’enseigner, pas pour assumer des tâches éducatives qui dépassent la transmission de contenus disciplinaires. " (39)


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On trouvera aussi des citations proprement hallucinantes dans Frankeinstein pédagogue (ESF, 1996). Consternant mais révélateur. Des métaphores obsessionnelles d’un goût douteux qui intéresseraient un psychiatre. Un niveau de réflexion affligeant servi par un verbiage atterrant mais beaucoup de comique involontaire :

" Fabriquer un homme, c’est déjà terrible ; cela touche à ce qui fait que nous n’avons pas le droit de déterrer le corps d’un mort dans un cimetière de Carpentras, de Toulon ou d’ailleurs. Fabriquer un homme, c’est une entreprise insensée …et pourtant c’est une entreprise quotidienne, chaque fois que nous voulons construire un sujet en additionnant des connaissances ou faire un élève en empilant des savoirs. "

 " Dans la vie, l’éducation n’advient que par miracle , un jour de Pentecôte ! Il faut tenter de la faire advenir… "

 " Les connaissances extirpées des bibliothèques (peuvent bien) remplacer les morceaux de cadavres déterrés des cimetières…nous restons dans le même cauchemar : faire de la vie avec de la mort. " (p 58)

" La biologie, l’histoire, la littérature, les mathématiques ne sont plus des tentatives pour répondre à des interrogations essentielles des hommes : pourquoi suis-je traversé de sentiments contradictoires au point qu’il m’arrive de détester les êtres que j’aime le plus ? les disciplines scolaires sont devenues des morceaux de cadavres exhumés des caveaux et des charniers. ".(59)

 " (Il faut) saluer celui qui nous arrive, d’où qu’il vienne, comme un sauveur possible, une sorte de Noël au quotidien, le signe que tout peut encore advenir et le meilleur se réaliser enfin… Qui n’est pas capable de s’émerveiller devant un nouveau né condamne le monde à la reproduction et englue tout rapport éducatif dans un mimétisme mortifère " (p 61)

 " Lévinas : "  La filiation est une relation avec autrui où autrui est radicalement autre… " Voilà bien la difficulté : accepter l’enfant qui vient comme un don, renoncer à exercer contre lui notre désir de maîtrise (p 61) "

" L’école doit être un espace de sécurité… où l’on suspend la pression de l’évaluation et où l’on désamorce le jeu des attentes réciproques en rendant possible des prises de rôle et de risques inédites. …On évitera ainsi un darwinisme scolaire, à l’image du monde économique et social sans pitié. " (70)

" L’école doit se donner pour objectif l’autonomie des élèves dans la gestion de leurs apprentissages  "(75)

" Quand il faudrait tenter de construire un avenir possible ensemble, Frankenstein veut imposer son pouvoir. Quand il faudrait sortir de l’affrontement et de la dialectique de maître et de l’esclave, Frankenstein reste dans la logique du rapport de force. Rien d’autre que la haine… ne pourra jamais relier ces deux êtres. "(78)

" Le discours des sciences de l’éducation est un discours que le praticien de l’éducation reconnaît pour sien, parce qu’il se retrouve en lui, et que la difficulté de sa tâche s’y trouve réfractée "(80)

 
" Ce que l’éducateur offre à l’élève : " l’humanitude " ( A. Jacquard). Comme le soir de Noël, il offre ce qu’il a de plus cher  en se dégageant de son propre don, en dispensant l’enfant de toute reconnaissance et en ménageant l’exaltation de la découverte par soi-même. Il y a ainsi des tas de petits Noëls possibles dans nos classes. La créature du Dr Frankenstein, elle, n’a jamais eu de Noël"(90)

" Le transfert des connaissances (d’une discipline à l’autre) n’est pas évident, mais il faut donner plus d’importance à l’exigence qu’à l’existence. La pédagogie ne s’intéresse qu’à ce qu’elle doit faire advenir, et elle ne mobilise les sciences descriptives (les disciplines) que dans la mesure où elles servent son projet. Le psychologue cherche à savoir si le transfert existe, le pédagogue affirme qu’il faut qu’il existe, qu’il faut le faire exister pour que l’activité d’enseignement existe. "(98)

" Un enseignement qui ne préparerait ses élèves qu’à réussir les épreuves qui sanctionnent cet enseignement constituerait une absurdité totale. Nous ne mettons pas seulement nos enfants à l’école pour qu’ils réussissent à l’école. " (98)

 " L’élève fait quelques concessions à ses enseignants en faisant mine de s’intéresser à la culture scolaire dont il attend, en réalités, des bénéfices strictement matériels, en terme de tranquillité et de diplômes. " (100)


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Ceux qui ne veulent pas se contenter de ces citations pour faire un sort à l’auteur devraient lire certains ouvrages qui nous ont déjà coûté un peu de temps : http://www.sauv.net/sllj.php3  . Mais la réalité "apocalyptique" de l'école d'aujourd'hui, plus inégalitaire que jamais et en sursis de marchandisation, vaut tous les arguments.

Le sinistre Meirieu, même sincère et pétri de bonnes intentions, aura fort bien initié accompagné, fomenté, avec d'autres, ce désastre  annoncé depuis longtemps par beaucoup. ***

 

Massimi Pacifico
10/2005

 

*Totalitarisme : je pensais particulièrement à l'excellent ouvrage de L. Lurçat "Vers une Ecole Totalitaire", réédité récemment, mais aussi aux livres de Michéa ou Molinier.

Je crois que le totalitarisme ce n'est pas seulement "heili heilo", les chemises brunes et le bourrage de crâne idéologique, même si "ministère de l'éducation" (au lieu d'instruction) c'est bel et bien une invention de Mussolini qui voulait aussi l'école tout au long de la vie, du berceau jusqu'au cercueil.

Je pense que le totalitarisme pourrait bien avoir de beaux jours devant lui mais sous des formes inédites car l'histoire ne se répète pas. Peut-être l'expression de "totalitarisme mou" adoptée par certains observateurs serait à prendre en considération. Comme le dit approximativement je ne sais plus qui, "le silence des pantoufles peut être aussi inquiétant que les bruits des bottes". Le mot "démocratie" lui même, quand il en vient à signifier la dictature de la majorité, l'uniformisation des esprits, l'aspiration par le bas, etc. devient suspect.

Si je parlais de totalitarisme à propos de PM, ce n'était donc pas que je croie qu'il soit fasciste. Il est possible qu'il soit sincère, un très mauvais disciple de Rousseau... Mais je trouve ses positions dangereuses et même  sectaires.

 "le mixage des enfants de tous les niveaux permet d'unifier les pensées en une pensée commune" Rien qu'une phrase de cet acabit fait froid dans le dos, non ?

**Des extraits de l'audition de madame Segolène Royal, et de messieurs Claude Allègre et Christian Sautter dans le cadre de la commission d'enquête sénatoriale du 24 mars 1999 donneront peut-être une piste de réflexion sur ce qui se trame, sous le beau concept de transdisciplinarité :

"  M. Francis Grignon, rapporteur, s'est demandé comment former les enseignants à leur rôle d'encadrement qui s'ajoute à leur mission traditionnelle de transmission des savoirs. Il a constaté que la spécialisation disciplinaire des enseignants du second degré constituait un obstacle à cette évolution. " On peut lire un peu plus loin : " Il (le ministre cité ci-dessus) a rappelé que la spécialisation disciplinaire des professeurs de collège était une spécificité française et qu'il faudrait un jour engager une réflexion en ce domaine. " Mais quelles considérations pédagogiques motivent cette orientation vers la polyvalence des enseignants ? Voici la réponse de M Christian Sautter : " Enfin, la mise en oeuvre de la réforme pédagogique devrait permettre de rationaliser le système éducatif : la multiplication des filières et des options, ainsi que la faible polyvalence des enseignants dans l'enseignement secondaire ont en effet un coût. "

 ***Lire aussi notamment : Une école contre l'autre de D. Kambouchner, un vrai universitaire mais moins médiatisé que le fébrile moustachu, dégoulinant d'amour du prochain jusqu'à la nausée.

On préférera, comme le grand Baudelaire, l'amour du lointain à celui du prochain. La distance à la fusion. L' humanisme hautain mais pas sans ferveur ni générosité, dont le péché cardinal est de préférer l'Intelligence à la Bêtise.

29/10/05