LE LYCEE PROFESSIONNEL : UN DEMANTELEMENT ENTAME


Les professeurs de Lycée professionnel au coeur d'un démantèlement entamé.

Depuis quelques années, des mesures s’accumulent visant à réformer l’Enseignement Professionnel Public. Leur convergence vers un même but ne fait plus aucun doute, il s’agit de mettre en place progressivement son démantèlement. En effet, l’Enseignement Professionnel Public coûte cher, il ne faut pas le nier, et l’Etat doit réduire le déficit budgétaire. Petit à petit, il organise un transfert des compétences de ces enseignements, non seulement vers les Régions par l’apprentissage public, mais également vers les entreprises par l’apprentissage privé.
Des mesures telles que la mise en place des Lycées des Métiers, pilotés par la région et le patronat local, mixant formation initiale et continue, apprentis et lycéens, n’ont pour but que de mettre l’Enseignement Professionnel Public en concurrence avec ces autres voies ; et cela de manière très démagogique, en insistant sur l’aspect lucratif de ces formations (statut d’apprenti) et leur intégration bien plus évidente, à première vue, au monde du travail.
De plus, quoi qu’en disent les Ministres successifs, tous les Lycées Professionnels n’ont pas vocation à devenir les lycées d’UN métier. Il en résulte une réduction de l’offre de formation dans l’Enseignement Professionnel Public, par regroupement de formations en un même lieu, et la mise en concurrence des LP traditionnels avec les Lycées des Métiers. A l’heure de la généralisation des contrôles en cours de formation, d’une plus grande autonomie pédagogique annoncée pour les Conseils d’Administration des Lycées, et de la critérisation informatique des établissements par le système d’orientation PAM, on peut légitimement s’interroger sur la réelle égalité des diplômes selon l’établissement d’obtention. Il est raisonnable d’imaginer, sans faire de procès d’intention, que le patronat local recrutera en priorité les diplômés issus des filières qu’il pilote.
Pour parfaire le tableau, l’actuel gouvernement décide de réduire le nombre d’adultes dans les établissements et réfute publiquement la légitimité des mouvements de Professeurs soumis aux agressions et à la violence. Pendant ce temps, il accorde encore plus d’autonomie aux régions, pour décider des ouvertures et fermetures de filières, et place les Conseillers d’Orientation sous leur unique tutelle. Quand on ne veut plus d’un système, il suffit de dire, avec l’aide complaisante des médias, que ce dernier ne fonctionne plus. C’est ce que le gouvernement fait avec les surveillants, les aides éducateurs et les CO-Psy. Il n’y a plus aucun doute sur le fait qu’il s’est organisé pour faire la même chose de l’Enseignement Professionnel Public et des Professeurs de Lycée Professionnel.

Les Professeurs de Lycées Professionnels considèrent, à l’inverse, que l’Enseignement Professionnel Public ne représente pas un coût pour l’Etat, mais qu’il s’agit plutôt d’un investissement légitime, pour les jeunes en particulier, mais aussi pour l’ensemble de la population. Ils pensent que leurs élèves ne doivent pas devenir de simples petits exécutants immédiatement adaptables à telle ou telle chaîne de production. Leur ambition va bien au delà : l’adaptabilité passe par la maîtrise d’un large panel de techniques, par une culture générale élevée et par l’acquisition d’un libre arbitre utile et nécessaire à tout citoyen.
Ces principes sont très éloignés de ceux prônés par l’apprentissage, et nécessitent bien évidemment, plus de moyens que ceux qui sont actuellement accordés à l’Enseignement Professionnel Public. Ils nécessitent également une adéquation des formations proposées aux légitimes volontés d’orientation des élèves issus des collèges. La proximité géographique de ces formations doit être une priorité, compte tenu de l’absence de mobilité constatée chez les adolescents de 15 à 18 ans. Il est tout aussi nécessaire de maintenir des filières claires (BEP et BAC Pro, chacun en deux ans) et d’en faire reconnaître l’existence au patronat à travers les conventions collectives.
Il ne faut pas croire que ces ambitions soient démesurées, ni se laisser démoraliser par la massification des attaques dont sont victimes les Professeurs et l’Enseignement Professionnel Public. Il ne s’agit plus, pour eux, de lutter contre des réformes pseudo-pédagogiques, il ne s’agit pas de demander de meilleures conditions de travail ou des salaires plus conséquents. Il s’agit de défendre l’avenir de leur profession, les principes même qui leur ont fait choisir : transmettre leurs connaissances et former des citoyens libres. S’ils ne réagissent pas maintenant, non seulement ils devront abandonner une part de leur idéal, mais abandonneront aussi les générations futures qui n’auront d’autre choix que l’ultra-libéralisme. S’ils ne le font pas maintenant, ils ne pourront plus jamais le faire…

F F (SNUEP) 18 mars 2003
30/03/03