Bordeaux Poitiers... Lettre à l'inspection


Madame Françoise PUEL Libourne le 29 juin 2005
Professeur de Lettres Classiques
Collège R. Princeteau
14, rue J. Védrines
BP 85
33503 Libourne Cedex

A Monsieur l'Inspecteur
d'Académie de Bordeaux
s/c de Madame La Principale
du collège R. Princeteau

 

Monsieur l'Inspecteur,

A l'issue du DNB, puis de sa correction à laquelle j'ai participé au collège de Castillon, je souhaiterais attirer votre attention sur les multiples problèmes qu'a soulevés l'épreuve de français et qui ont gravement pénalisé les candidats.

D'abord, de graves fautes -car ce sont bien des fautes et non des erreurs de frappe- ont entaché le texte distribué :

  • le prénom de Sand devenu "Georges",
  • la situation géographique de La Châtre "au bord de la Loire" : erreur non signalée.

Il est pénible de constater que des fautes aussi énormes aient pu passer inaperçues lors de la préparation de cette épreuve.

Ensuite, les nombreuses erreurs de lignes dans la rédaction des questions ont gravement perturbé le travail des candidats, puisque le correctif est parvenu dans mon collège à peine une demi-heure avant la fin, alors que les élèves en étaient aux dernières questions.

Cette épreuve a-t-elle été vérifiée comme il convient ?

D'autre part, et c'est certainement plus grave encore, l'intitulé de certaines questions était tel qu'il prêtait au moins à confusion, voire à de graves difficultés de compréhension :

  • dans le § I. Le portrait d'une femme originale, il manque la référence 1. pour la première question, avant le a) et le b) ; la question 2 arrive sans qu'il y ait eu de question 1. Heureusement la plupart des élèves ont su suppléer à ce manque.
  • La question I.3.a. sur le niveau de langue attend une réponse fausse, à savoir que le premier passage est de niveau courant, et le second de niveau familier. Le deuxième passage est aussi de niveau courant dans un parler régional, dialectal. Un tel contresens révèle bien, sous l'aspect superficiel médiatisé de la pensée unique qui imprègne l'ensemble de l'épreuve, les fondements in fine méprisants à l'encontre d'une langue vernaculaire, tout cela en contradiction avec l'œuvre de G. Sand.

Par ailleurs, le barème accordant 1 point à cette question est excessif, surtout pour une réponse attendue dont la moitié est erronée.

  • La question I.3. b. était rédigée de telle manière qu'étaient attendus deux qualificatifs sur les commentaires tenus à propos de G. Sand, et non sur G. Sand elle-même d'après ces commentaires. Le travail de la commission d'entente a permis de revoir la correction proposée en tenant compte de cette mauvaise formulation de la question.
  • La question II.5 qui attend en réponse, d'après le corrigé, la notion de "parallélisme", hors programme de 3ème, n'a pas été élaborée correctement. D'ailleurs la commission d'entente est judicieusement revenue sur la réponse attendue, d'autant que la mise en gras de "on" dans la question convenait mieux pour l'anaphore. De là tout de même à accepter l'insistance !... le seul argument pour inviter à une telle générosité reposait sur la mauvaise rédaction de la question qui aurait dû être évitée.
  • Dans la question II.6.a., l'erreur de lignes qui conduisait à relever "comme à La Châtre" (accepté en compensation par la commission d'entente) empêchait de répondre correctement à la question II.6.c sur l'effet produit : l'ensemble de la question II.6 perdait toute cohérence.
  • La réécriture aboutissait à la rédaction d'une phrase lourde, pur exercice mécanique sans réelle pertinence. Par ailleurs il eût mieux valu ne pas donner l'exemple de "j'aurais pu", d'une part si l'objectif était d'évaluer la maîtrise de la conjugaison de la part des candidats, d'autre part pour ne pas les induire dans l'erreur fréquente qui a résulté de cet exemple avec la formulation "j'aurais pu" + infinitif du verbe.

De plus, aurait dû figurer aussi la transformation suivante : "Cela nous aurait été bien égal, à nous qui n'avions aucune affaire. (…)", l'indicatif imparfait pouvant, -voire devant-, être maintenu ici dans la transformation au conditionnel passé.

Il convient d'ajouter que la composition générale de cette étude de texte aboutissait à un éclatement en une multiplicité de questions, - certaines évaluées au quart de point-, ce qui contribuait à alourdir la tâche des correcteurs sans pour autant aboutir à une réelle évaluation des connaissances des candidats et encore moins pouvoir juger de leur réelle compréhension du texte.

Ainsi est-il à tout le moins surprenant qu'aucune question n'ait porté sur le genre autobiographique, au programme de Troisième.

Quant à la rédaction, il faut noter d'emblée un problème récurrent, celui de la lettre. La deuxième consigne exigeait que soit respectée la présentation de la lettre et ne demandait l'anonymat que pour la signature. Les consignes auraient dû préciser clairement que, pour respecter la présentation, le candidat ne devait faire apparaître ni son nom ni celui de son collège mais des noms d'invention afin de ne pas nuire à l'anonymat. De très nombreuses copies ont fait apparaître dès les premières lignes le nom du collège du candidat : nous savions donc ainsi de quel collège nous corrigions les copies, ce qui est contraire au principe d'anonymat non seulement de l'élève mais de son EPLE. En revanche, beaucoup de copies n'ont donc pas respecté la présentation : difficile, voire injuste, de les sanctionner avec des consignes aussi confuses.

D'autre part le sujet lui-même appelait une critique caricaturale des préjugés à dénoncer, au moins de la même conformité de pensée "moderne" que les préjugés "anciens". Les préjugés sexistes ont des origines sociales, politiques et économiques qu'il est impossible de demander à des élèves de Troisième de développer dans une lettre ouverte : aussi avons-nous dû corriger des séries de copies de garçons lancés dans la danse classique à leur corps défendant et des séries de copies de filles folles de rugby par amour pour leur papa, les unes et les autres copies répétant à l'envi les mêmes assertions non argumentées de café du commerce après l'émission "C'est mon choix" !

Les malheureux candidats sont sortis de cette épreuve complètement abasourdis, déboussolés, se demandant à quoi ils avaient passé leur(s) année(s) en français pour se retrouver devant une telle épreuve, à tous les sens du terme !

En outre, lors de la correction, il a été distribué aux professeurs en accompagnement du corrigé, un document émanant de la Commission d'entente, dont le titre, en majuscules, sur la première ligne, comportait lui aussi une énorme faute :

"DIPLOME NATIONALE DU BREVET" (sic)

ainsi qu'une faute de frappe que tout correcteur orthographique souligne : Rréécriture.

Le corrigé auquel nous devions sans cesse nous reporter, surtout au début de notre travail de correction avant d'avoir intégré le barème et les détails divers, était d'une lisibilité médiocre, avec des polices de taille différente, des mises en page variables, une présentation des questions et des réponses qui se modifie en cours de page : tout cela ajoute au manque de soin apporté à l'épreuve et marque le peu d'attention accordé au correcteur et à son travail.

Pour terminer ce bilan sur une note positive, dans le Corrigé, au paragraphe Réécriture, après la citation du passage concerné, je suis heureuse d'avoir lu : "Récrire ce passage", avec enfin la forme correcte "récrire" ! Qui pourrait nous délivrer de cet horrible intitulé "Réécriture" ? Je propose tout simplement "Transformation" qui a au moins le mérite d'être du français.

En conclusion, il est à noter que seule l'épreuve de français a présenté ces défauts de malfaçon et de composition, aussi souhaiterions-nous connaître les modalités de préparation (choix du sujet définitif, sur quels objectifs et selon quels critères, conditions de test du sujet permettant l'élimination des multiples fautes et erreurs) qui ont abouti à des conditions désastreuses d'examen pour les candidats, pénalisant particulièrement ceux qui ont travaillé avec sérieux : interrompus pour leur faire corriger "Georges" en "George", indécis quant à la compréhension de certaines questions vu les erreurs de ligne et les formulations ambiguës, ensuite informés, vers la fin de l'épreuve, des corrections de lignes, et affolés de devoir reprendre leur travail alors qu'ils n'avaient pas fini de traiter les questions, et pour finir, nouvelle interruption en rédaction pour les prévenir de l'anonymat à respecter au début de la lettre.

On voudrait porter atteinte au DNB pour le supprimer sous sa forme d'examen qu'on ne s'y prendrait pas autrement…

Je vous prie de croire, Monsieur l'Inspecteur d' Académie, à ma respectueuse considération et à mon profond attachement à l'enseignement public,

 

 

PUEL Françoise

08/07/05