Contre-débat à Lalinde


Vous trouverez ci-dessous la « contribution » des personnels du collège Jean Monnet (Lalinde - 24150) au Débat national sur l’avenir de l’école. Comme vous pourrez le constater, nous avons refusé d’entrer dans le jeu. Nous avons, in fine, organisé, à quelques-uns, une sorte de débat parallèle, sans tenir aucun compte des questions choisies par l’organisateur. Ce texte contient, nous semble-t-il, des positions claires, et qui vont à contre-courant des projets ministériels. Il a été signé par 22 professeurs sur 30, et par 6 ATOSS sur 10. Nous souhaitons qu’il soit connu. Vous pouvez l’utiliser comme bon vous semble.
Cordialement,
Julien Esquié

DEBAT NATIONAL

SUR L’AVENIR DE L’ECOLE

Contribution des personnels soussignés du collège Jean Monnet - Lalinde

 

 

Déclaration liminaire

Nous sommes tout à fait disposés à débattre de l’ " avenir de l’école ". Et nous avons un certain nombre de propositions à faire. Toutefois, nous refusons de cautionner ce qui n’est qu’une mascarade, indigne d’une démocratie (les " 45 000 phrases " récoltées par le ministère ne seront même pas lues, mais réduites à " 500 phrases " par un logiciel : on imagine ce qui restera de la richesse éventuelle des discussions).

Avant même le début des 15 000 " débats " il est apparu que des décisions avaient été prises. Nous en voulons pour preuve les récentes déclarations des ministres devant la représentation nationale. Toutes ces décisions vont dans le même sens : il s’agit d’accroître la décentralisation et l’autonomie des établissements, de remettre en cause les programmes nationaux, le statut des enseignants (" bivalence ", annualisation du temps de travail, etc.), et les concours de recrutement, de supprimer les options qui ne sont pas jugées " rentables ", et de mettre les établissements en concurrence.

Nous sommes fermement opposés à cette vision libérale de l’ " avenir de l’école ", qui nous incite même à poser la question suivante : si ces mesures devaient entrer en application, l’école publique aurait-elle encore un avenir ?

Nous rappelons que la dérive libérale ne date pas d’aujourd’hui : la Loi d’orientation sur l’éducation du 10 juillet 1989 rendait obligatoires les " projets d’établissement ", au détriment du cadre national, le Nouveau contrat pour l’école de 1995 introduisait la flexibilité horaire sous la forme des " fourchettes ", le passage au ministère de MM. Allègre et Lang se traduisait par la multiplication de dispositifs définis localement (T.P.E., I.D.D., etc.), et par la baisse des horaires disciplinaires, tandis que la première mesure de l’actuel gouvernement a été de chasser nos collègues T.O.S., puis médecins scolaires, de l’Education nationale. Ce dernier exemple montre bien en quoi consiste le " débat ". Au moment même où la France " débat " de son école, et répond à des questions sur la décentralisation, le ministère tranche, et fait voter de nouveaux transferts de personnels au Sénat.

Les idéologues du libéralisme ont décidé de franchir une nouvelle étape, qui risque de s’avérer plus brutale encore que les précédentes. Dans ces conditions, l’objectif du Débat national sur l’avenir de l’école est de donner au processus un vernis démocratique. Il n’est, pour s’en convaincre, que de lire la phrase de P. Auberger, député U.M.P., le 28 octobre dernier à l’Assemblée nationale : " Le grand débat national doit permettre un état des lieux précis, mais ne doit pas préjuger des solutions qui seront finalement retenues dans la loi de programme. "

Nous refusons, par conséquent, de répondre aux questions soigneusement orientées de la Commission dirigée par M. Thélot.

Nous tenons néanmoins, dans la suite de ce document, à rappeler quelques principes, qui nous semblent vitaux pour l’ " avenir de l’école ", et dont nous mesurons parfaitement qu’ils sont à rebours du " nouvel ordre mondial " si cher aux idéologues, et à ceux qui profitent de l’ultra-libéralisme.

  

 

Première partie

L’ECOLE DU COTE DES ELEVES

 

I. Priorités

1.

L'École vise en priorité à instruire. Au XXe siècle, il était nécessaire de savoir lire, écrire, compter. Au XXIe siècle, le développement des technologies et des connaissances est tel qu’il est nécessaire, en outre, d’avoir un bagage culturel solide afin de pouvoir réussir son intégration sociale et professionnelle, et comprendre le monde dans lequel nous vivons.

2.

L’école doit aussi :

  • permettre aux élèves de développer leur libre arbitre et leur esprit critique,
  • leur apprendre à penser (et surtout pas leur dire quoi penser - sur le plan politique comme sur le plan religieux, nous insistons sur une stricte application des principes de la laïcité),
  • leur permettre de cultiver l'expression orale d’une pensée structurée,
  • leur apporter des méthodes permettant d'intégrer et d'appliquer leurs connaissances,
  • développer et valoriser la culture, l'effort et le travail soigné,
  • prévoir des dispositifs d'aide aux élèves pour résoudre les difficultés éventuelles,
  • concevoir la scolarité obligatoire jusqu'à l'âge d'insertion qualifiée dans un métier.

Ces ambitions contribueront naturellement à aider l'individu à se construire et le futur citoyen à se situer dans notre société, mais aussi à former et qualifier le futur travailleur.

3.

Les notions de goûts, de plaisir, de curiosité, sont une composante importante de tout apprentissage. Mais l’école n’est pas un produit de consommation qui serait soumis aux seuls desiderata de ses " clients " ou " usagers ". Sa mission est de former des citoyens qui seront capables de s’insérer socialement et professionnellement, de comprendre le monde qui les entoure, et au besoin de le changer.

4.

Les divers outils pédagogiques et technologies modernes doivent être utilisés sans excès : leur usage doit rester celui d'un outil pour faire progresser la formation et non un passage obligé dont on devient esclave.

Toutes les innovations pédagogiques, aussi positives soient-elles, ne doivent pas faire oublier que l'effort et le travail sont indispensables à toute acquisition de connaissances et de compétences ; il faut donc restaurer un travail personnel raisonnable.

 

II. Horaires disciplinaires

1.

A tous les niveaux, il convient de recentrer l'emploi du temps des élèves sur des horaires disciplinaires décents (cf., pour le collège, la simulation jointe).

2.

Les structures pédagogiques de fonctionnement doivent prévoir des cadres adaptés définis nationalement, comme les dédoublements, les groupes de TP, et le soutien individuel.

 

III. Programmes nationaux

1.

Le temps scolaire constitue un cadre avec des règles et le respect de valeurs, des contraintes, et une obligation d’apprentissage matérialisée par les programmes nationaux. Le niveau d’exigence à l’école doit rester le même pour tous. Cette ambition, gage d’une juste application du principe d’égalité, est au fondement des valeurs républicaines.

2.

Les cadres de validation des diplômes (examens) doivent rester ponctuels et nationaux alors que les évaluations en cours de parcours doivent permettre de se situer par rapport à un objectif défini dans les programmes nationaux.

 

IV. Évaluation. Conseils de classe

1.

L'évaluation et la notation sont souhaitées par les élèves qui aiment être rassurés (" j'ai fait des progrès ", " c'est la première fois que j'atteins cette note ", etc.). Cette évaluation-notation est un aspect fondamental de la mission de l'enseignant - qui est de faire progresser ses élèves. En outre, elle est appréciée si elle est transparente et juste. Elle doit être assortie d'un commentaire explicatif modérateur et encourageant.

2.

Pour certifier le niveau des élèves, il faut faire confiance aux enseignants et restaurer leur autorité pédagogique.

3.

La décision de redoublement doit être prise en toute objectivité par le conseil de classe en fonction uniquement des résultats et de leur évolution dans le contexte particulier de la situation de chaque élève (tenir compte des handicaps antérieurs ou actuels, absences, maladie ou autre et des efforts constatés). Un redoublement systématique est tout aussi aberrant qu'un passage automatique. Le seul motif acceptable de décision de redoublement est l'intérêt de l'élève : lui sera-t-il profitable ? Le fait de savoir que le conseil de classe décidera du passage ou du redoublement est un élément de motivation non négligeable. Lui retirer ce " pouvoir ", c'est encourager les élèves à ne rien faire.

4.

Sur le contrôle continu... La tentation est grande actuellement de remplacer les examens nationaux (baccalauréat, diplômes universitaires par exemple) par des certifications locales. Ce serait transformer un système équitable et transparent mesurant les connaissances et qualifications acquises par les élèves, en un système inégalitaire et opaque, porte ouverte à tous les clientélismes. Peut-on imaginer dans ce cadre un élève diplômé d'un lycée de Dordogne " en concurrence " avec un autre issu d'un lycée du centre ville de Bordeaux ?

 

V. Orientation

1.

Le nombre de conseillers d'orientation doit plus que jamais être suffisant. Il doit être créé un poste par établissement, et ces personnels doivent rester des fonctionnaires de l’Etat.

2.

Une proportion d'élèves de 6ème ou 5ème n'a ni la capacité ni le souhait d'acquérir des savoirs théoriques qui ne peuvent pas se décréter " savoirs communs " quand ils ne sont communs qu’à un certain nombre d’élèves. Ces élèves gagneraient à avoir une formation technologique et pré-professionnelle plus poussée, sans renoncer aux disciplines générales. Il faut revaloriser l'orientation vers des cursus professionnels dans des établissements publics.

3.

C'est avec la mise en place de ces cursus différenciés, qui respecteraient les rythmes de chaque élève, que l'on pourrait parler d'égalité vers la réussite dans la voie générale, technologique ou professionnelle.

4.

L’enseignement professionnel en établissements publics doit retrouver une place importante alors qu’il n’y a pas assez de travailleurs formés pour certains métiers et certaines branches.

 

VI. Élèves en difficulté

1.

Il faut d'abord travailler en amont pour minimiser le nombre de ces cas presque irrécupérables : les blessures sociales ou médicales ne sont pas du ressort de l'école, il s'agit de problèmes de société. Il importe, par contre, que les élèves, à l’issue de leur scolarité primaire, possèdent les bases nécessaires à toute scolarité secondaire - qu’ils sachent lire, écrire et compter.

2.

Mais ne concourt-on pas à accroître le nombre des élèves qui s’installent, pour ainsi dire, dans l’échec, en maintenant pendant des années dans le collège unique ceux qui le rejettent au point de se détester (" j'ai toujours été nul ").

3.

C'est un devoir de l'État que d'assurer un égal accès à l'instruction sur tout le territoire. Un élève réussira s'il croit en l'utilité de son travail, en la possibilité d'obtenir un diplôme, un emploi souhaité, une vie décente.

4.

Le public des élèves en difficulté est très hétérogène. Il est difficilement cernable en statistique, du fait notamment de la disparition progressive de l'enseignement professionnel en S.E.G.P.A. et E.R.E.A., remplacé par la technologie. Cette évolution procure l'illusion d'avoir réglé la question des élèves en difficulté alors qu'il s'agit trop souvent d'une dilution trompe-l’œil d'élèves qui quittent le système scolaire dans les plus mauvaises conditions. Leur nombre peut s'estimer à environ 130 000 jeunes par an, soit près d'un jeune sur sept d'une classe d'âge. On retrouve un bon nombre d'entre eux en aval, dans les divers dispositifs de réinsertion ou d'aide à l'emploi, dont le coût à tous égards est considérable.

 

VI. Formation continue

Nul ne peut spéculer sur ce que sera la formation continue dans 10 ans ; on ne peut laisser se dégrader la formation initiale au motif que l'on pourra se former pendant toute sa vie. En ce sens, l'exercice d'un droit différé de formation prévu par la prochaine loi de formation professionnelle, limité à 120 heures (tous les 6 ans), le faible nombre de congés individuels de formation à durée suffisante, traduisent l'incapacité réelle des formations différées des jeunes à permettre l'acquisition solide d'une base professionnelle et culturelle. Ne parlons pas évidemment de la préparation d'un diplôme !

Quant au perfectionnement en cours d'emploi, il ne peut, et cela semble être le seul objectif, qu'accréditer de plus en plus fort l'idée que c'est aux salariés eux-mêmes à assumer les contraintes du maintien de leur employabilité dans un marché pour l'emploi renforçant chaque jour le combat pour la défense de sa vie professionnelle, les exigences de performance des individus et la précarité. Il est clair aujourd'hui que les salariés ne se forment pas par appétence à l'égard de la formation mais en regard d'exigences de survie professionnelle ou matérielle. Tout indique aujourd'hui que les formations complémentaires bénéficient en priorité à ceux qui ont une bonne formation initiale.

 

 

Deuxième partie

Fonctionnement de l'école

 

I. Statut des personnels

1.

Les missions de l’école impliquent la collaboration de plusieurs catégories de personnels : enseignants, CPE, personnels administratifs, personnels TOS, médecins scolaires, infirmières, assistantes sociales, CO-Psy., MI-SE. Ces missions sont définies nationalement. Par conséquent, tous les personnels qu’emploie l’Education nationale doivent être des fonctionnaires de l’Etat.

2.

Tous les transferts décidés par le gouvernement (personnels TOS, médecins scolaires) doivent être immédiatement annulés. Pour la surveillance, le statut d'assistant d'éducation doit être supprimé et celui de MI-SE rétabli.

 

3.

L’Etat, pour assumer sa mission, ne doit plus recourir à des personnels précaires (CES, contractuels, vacataires, etc.). Si des besoins existent, il doit créer, pour les satisfaire, tous les postes statutaires indispensables.

4.

L’Etat, en tant qu’employeur, a le devoir de mettre en œuvre un plan de résorption de la précarité.

 

II. Place des enseignants

1.

Les enseignants disposent d’une liberté pédagogique qui, dans l’application des programmes nationaux, doit les soustraire à d’éventuels groupes de pression locaux.

2.

En dehors de son rôle de transmission des connaissances, l’enseignant est là pour aider les élèves à surmonter leurs difficultés éventuelles.

3.

L’enseignant est un professionnel dont les pratiques ne sont pas contestables par n’importe qui. Il n’a pas à se transformer en animateur social et il n’a pas à être culpabilisé par toutes les inégalités du monde. " On " ne peut pas lui demander de prendre en charge l’éducation globale des jeunes à tous les instants.

 

III. Relations entre les membres de la Communauté éducative

1.

Les rapporteurs de la Commission Thélot écrivent que " ces relations devraient être fondées sur la confiance et le respect des compétences de chacun entre adultes " et " sur le respect, l'autorité et la confiance entre enseignants et élèves ". On ne peut être qu'en parfait accord avec cette analyse. Mais comment pourrait-il en être ainsi si les personnels de l’Education nationale ne perçoivent pas, tout d'abord, la confiance et le respect de l'Institution elle-même ? Il est notamment impossible d'améliorer les relations entre les membres de la Communauté Educative sans revenir à une définition claire de la place du professeur au sein de l'Éducation nationale.

2.

Les personnels non-enseignants ont un rôle éducatif, qui constitue l’une des missions de l’école.

3.

Le rôle des enseignants est d’instruire les élèves et de les préparer à l’obtention de diplômes nationaux. Leur métier comprend une dimension éducative, mais ils n’ont pas à se substituer aux parents. Chaque étape de la formation des élèves nécessite un type d’enseignant spécifique avec une formation spécifique. En effet, on n’enseigne pas dans l’enseignement supérieur comme à l’école maternelle, ni au collège comme en lycée professionnel. Il y a non pas un métier d’enseignant mais des métiers d’enseignants pour lesquels des préparations aux métiers, spécifiques, sont nécessaires selon le(s) niveau(x) au(x)quel(s) ils seront confrontés.

 

IV. Place des parents et des élèves

1.

Les parents doivent assurer pleinement leur rôle éducatif.

2.

Les parents doivent avoir toutes les informations sur la scolarité de leur enfant. Les enseignants ont de tout temps été à leur disposition mais certains parents ne répondent pas toujours aux sollicitations pour des rencontres. Le but de ce dialogue, quand il a lieu, est de favoriser le travail de l'élève.

3.

Il est évident que le rôle de certains parents doit évoluer. Ils ne doivent pas se constituer en ennemis des enseignants en les mettant en cause dès que surgissent les difficultés dans le parcours scolaire de l'élève (ce qui leur permet de fuir leurs responsabilités). Les parents doivent réapprendre à respecter les professeurs et à redevenir des alliés. Ce métier était naguère prestigieux, désormais les enseignants sont jugés en permanence non seulement par les élèves mais aussi par leurs parents.

4.

Il en est de même des relations entre enseignants et élèves. Si l'Institution relégitime la place de l'enseignant dans la société, il n'y aura plus besoin de grands discours ou de grands débats pour que celui-ci retrouve le respect qu'on lui doit et son autorité. Aujourd'hui, il est insupportable de constater que de plus en plus d'élèves considèrent les enseignants comme des prestataires de services. Ils interpellent de plus en plus leurs professeurs sur les programmes, la méthode d'enseignement, la raison de tel ou tel devoir, le pourquoi de telle ou telle note ou de telle ou telle sanction. Depuis quelques décennies, l'Institution a inversé les valeurs. Ce n'est pas dans la fuite en avant et dans la remise en cause permanente de l'École - au gré des changements politiques et ministériels - que l'on redonnera du sens à l'École. Le professeur n'est plus respecté parce que l'Institution ne le protège plus.

 

V. Indépendance de l'École

1.

Dans les établissements scolaires, les signes religieux doivent être interdits. De même, aucune intervention commerciale ou publicitaire des entreprises privées ne doit être tolérée.

2.

L'O.M.C., par l'intermédiaire de l'A.G.C.S. (Accord Général sur le Commerce des Services), propose aux états la disparition des services publics dans les pays où ils existent encore, au profit d'un secteur privé dont le but par définition est de faire des profits. L’enseignement n’entre pas dans le champ du commerce.

L'enseignant est indépendant.

L'élève doit prendre conscience de la chance qui lui est offerte à travers l'École gratuite, de la compétence de ses professeurs, des règles de la vie scolaire collective et laïque.

 

VI. Caractère national de l'école

 

1.

Les programmes, les horaires et les diplômes sont nationaux. Aucune forme de dérogation n’est acceptable.

2.

Les dispositifs locaux (I.D.D., T.P.E., projet d'établissement) doivent être supprimés dans un souci d'équité entre établissements : les moyens doivent être attribués aux établissements selon le principe d’égalité, et ne pas être soumis à des projets locaux.

3.

La décentralisation ne peut avoir pour conséquences que de proposer aux jeunes des diplômes ayant un caractère uniquement local. Les diplômes doivent garder leur valeur nationale, permettant aux futurs salariés la mobilité professionnelle qu’ils souhaitent. La carte des formations ne peut s’intéresser qu’aux établissements publics, au service de tous.

4.

Il ne peut être question d’expérimentation au niveau des établissements scolaires. Les enseignants recrutés au plan national et formés dans de véritables centres de formation spécifiques doivent être affectés nationalement, comme dans toutes les autres administrations. Un corps de professeurs remplaçants fondé sur le volontariat, nommés rectoralement, spécifiques aux différents types d'établissements, doit être développé.

5.

Concernant l’école primaire : dans le cadre de l’aménagement et du développement du territoire, il faut maintenir un maximum d’écoles, véritables cœurs des villages. L’intérêt de la nation ne se situe pas dans la recherche de la rentabilité à tout prix, mais dans le développement harmonieux et équilibré des différentes régions. Le ministre délégué à l’enseignement scolaire nous propose la mise en réseaux des écoles dans le cadre d’un EPCI (établissement public de coopération intercommunale). Ne favorise-t-on pas ainsi la désertification, au lieu de lutter contre ?

6.

L’école n’est pas une succession d’arrangements entre les différents groupes ; elle doit rester l’école de la nation. La gestion autonome, par projets ou contrats, valorise les chefs d’établissements. Certains risquent de se voir comme des chefs d'entreprise, à la tête d'un conseil d'administration où la représentation des personnels est très diminuée, et d'accroître de façon incontrôlable leur propre autonomie.

7.

Il faut être vigilant face à la tentation de l’autonomie pédagogique, qui, sous le prétexte d’une modulation horaire adaptée au niveau et aux besoins d’une catégorie socioprofessionnelle ou communautaire d’élèves, n’hésite pas à remettre en cause le principe de l’égalité des chances et celui de l’équité entre les candidats dans l’évaluation des épreuves. Préservons donc l’école républicaine, qui s’efforce de donner à tous les mêmes chances et de respecter l’égalité du traitement des candidats à un examen donné !

 

VII. Enseignement privé, enseignement professionnel

Le service public d’éducation est composé pour l’essentiel d’établissements publics qui regroupent près de 85 % des élèves tous niveaux confondus. L'organisation de l’enseignement public gratuit et laïque à tous les degrés de la maternelle à l’université, en passant par la formation professionnelle est un devoir de l’État qui se doit de respecter ses engagements et ses obligations. De même la loi de séparation de l’église et de l’État de 1905 doit être respectée y compris dans l’obligation pour l’État de maintenir un maillage d’établissements publics (écoles, collèges, lycées professionnels, lycées généraux et technologiques…) afin de permettre aux jeunes qui en font le choix d’étudier dans des établissements publics. Notre République est laïque, et, même si elle est décentralisée depuis quelques mois, il n’empêche qu’elle reste unique. Elle doit offrir à tous ses enfants les mêmes possibilités d’études. Même si dans le domaine professionnel il est impératif de tenir compte des besoins de l’économie quel que soit le lieu, les jeunes doivent pouvoir se voir offrir, à proximité de leur domicile des établissements publics leur permettant d’aller au maximum de leurs possibilités.

21/12/03