SCEPTICISME, DEFIANCE OU INDIFFERENCE...


SCEPTICISME, DEFIANCE OU INDIFFERENCE : ENSEIGNANTS ET PARENTS SONT PEU MOBILISES

LE MONDE, 15.12.03

Un débat peut en cacher un autre. Eclipsé par les discussions sur le voile islamique, le "débat national sur l'avenir de l'école" se déroule dans une relative indifférence. Sur les 15 000 réunions prévues entre le 17 novembre et le 17 janvier, la majorité auront eu lieu avant les vacances de Noël. Mais les discussions ne déplacent pas les foules : la participation des enseignants est variable, celle des parents faible, celle des acteurs socio-économiques rare.

"Les enseignants participent, mais ils y vont un peu par devoir. Beaucoup sont incrédules sur ce qui résultera de cette affaire-là", reconnaît Denis Paget, cosecrétaire général du SNES-FSU, le principal syndicat des professeurs des collèges et lycées. "Le scepticisme domine avec un sentiment de méfiance, voire de défiance", confirme Nicole Geneix, secrétaire générale du SNUipp-FSU, majoritaire dans les écoles.

Même si la plupart des syndicats ont décidé de jouer le jeu - à l'exception d'appels locaux au boycott comme pour SUD-Education -, le débat relève souvent de l'exercice obligé ou de l'accomplissement du devoir. "La crise du printemps dernier n'est pas cicatrisée. Le gouvernement a laissé les choses en suspens, ce qui ne facilite pas le débat", analyse un inspecteur d'académie du sud de la France.
Les prélèvements de salaire pour grève contribuent au manque d'enthousiasme et les réticences sont fortes dans les départements en pointe lors du mouvement. "Certains collègues considèrent que les dés sont pipés et que les projets du gouvernement sont déjà dans les cartons", remarque Goulven Kerien, représentant du SNES en Seine-Saint-Denis.

Si les enseignants apparaissent démotivés, les parents, eux, sont les grands absents. "D'après nos échos, les enseignants sont présents dans les débats organisés dans les établissements ou les arrondissements, et sont revendicatifs. En revanche, les parents sont peu présents", assure Gérard Aschieri, secrétaire général de la FSU. "Quand il y a des parents, ce sont le plus souvent ceux qui sont déjà impliqués dans les établissements, ceux qui sont déjà des militants", relève Philippe Guittet, secrétaire général du SNPDEN, le syndicat des principaux et des proviseurs.

"LE PIRE COMME LE MEILLEUR"

Plusieurs raisons expliquent cette désaffection. D'abord le manque d'information : certaines écoles ont à peine assuré le service minimum avec une affiche placardée à la porte. Ensuite les horaires : la matinée en semaine n'est pas des plus pratiques pour des parents qui travaillent. "On voit le pire comme le meilleur. La question est de savoir ce que la commission va pouvoir tirer de cette diversité de participation et de résultats", note Georges Dupon-Lahitte, président de la FCPE, fédération de parents d'élèves majoritaire.

Alors que la participation aux débats en établissements ou en arrondissements apparaît décevante, le site Internet (www.debatnational.education.fr) connaît un relatif succès. Au 8 décembre, après un mois de fonctionnement, il avait déjà reçu 186 150 visi-teurs, soit 800 000 pages consultées et 21 255 contributions sur les forums thématiques.

Internet permet d'ailleurs de fournir un premier hit-parade des sujets privilégiés parmi les vingt-deux proposés par la commission Thélot. Les questions portant sur les valeurs de l'école (dont la laïcité), ses missions, la formation et l'évaluation des enseignants, la définition du socle commun des compétences des élèves, leur motivation ont été les plus souvent retenues.

Luc Bronner et Martine Laronche
17/12/03