LA FICHE 11 DU "GRAND DEBAT : "ENSEIGNER, UN METIER".


Le « Grand Débat » qu’on nous propose est piégé

Voici un exemple des travaux de la commission qui a réfléchi au métier d’enseignant. Il y a ainsi 22 rapports préalables. En italiques : quelques commentaires.


Résumé du chapitre 11 : « Enseigner, un métier »

Interrogation de départ : les maîtres sont-ils aptes à résoudre les problèmes posés par les évolutions sociales et par la révolution technologique ?
La question présuppose une mission de l’école qui mériterait déjà débat : l’école a-t-elle à résoudre les problèmes sociologiques et techniques du monde moderne ?

Suite de l’interrogation : Les maîtres sont-ils formés pour concevoir et maîtriser les innovations, pédagogiques en particulier ?
Cercle vicieux : il faudrait une formation pédagogique pour maîtriser la pédagogie…

I - Problème des statuts
1) Trop de corps différents
2) Passage primaire-secondaire = d'un maître unique à 8 ou 9 profs
Y a-t-il là un vrai problème ? N’est-ce pas plutôt un moyen d’opérer une refonte des statuts des enseignants ? Cf. les propositions qui suivent :

Suggestions :
-la bivalence des profs dans les premières années de collège
= nouveaux PEGC
- affectation des PLP d’enseignement général en collège et des certifiés en LP
- affectation des profs de écoles en 6° et 5°
- une plus grande déconcentration des procédures d’affectation

Le maître-mot est donc la flexibilité ; sans doute parce que l’Etat sait très bien qu’il va devoir faire face à un grave problème de recrutement. Comme, dans le même temps, il baisse le nombre de postes aux concours, il ne lui reste plus qu’à gérer la pénurie en faisant faire n’importe quoi à n’importe qui. Les contenus et la qualité de l’enseignement ne sont donc pas le souci premier.

II - Recrutement et formation sont-ils adaptés aux besoins ?
Le texte souligne tout de même qu’il « convient de préparer soigneusement les recrutements importants à réaliser dans les prochaines années » (p.7)
Mais il déplore la fragilité des vocations : trop de néo-titulaires quittent l’enseignement très vite.
Il déplore également que les épreuves de concours ne permettent pas de mesurer avec assez de sûreté la personnalité (sic) des candidats, leur intérêt pour la fonction enseignante.

On suggère donc :
- une sorte de 2ème année de stage : temps de formation pendant la première années d’enseignement des néo-titulaires.
- une réécriture du texte concernant les fonctions enseignantes (cf. texte de mai 97 sur les missions du professeur)
- un effort de formation continue, plus axée sur les évolutions des savoirs et les défis sociologiques et socioculturels
- l’appel à des professeurs associés venus du monde professionnel.

On ne peut qu’être sceptique sur la surenchère de formation, si elle se cantonne aux domaines proposés : un saupoudrage de sciences sociales.Une 2ème année d’IUFM risque de tarir définitivement les vocations. L’embauche de « professionnels » du privé coûte très cher…

III - Des conditions correctes ?
Description du « malaise » des profs : « désappointement », « impuissance », « solitude » devant l’abondance des problèmes à résoudre.
Mais la charge de travail des profs n’est pas jugée écrasante, chiffres à l’appui : le temps de présence des profs devant les élèves serait le plus faible d’Europe.
La taille moyenne des classes serait de 24 en collège, 28,5 en lycée, 18,8 en LP, mais en réalité 23, 18,8 et 15,6 si on tient compte des 1/2 groupes, modules,…

Le problème le plus important serait la « solitude ».
Suggestion de remèdes à la solitude :
- contre le maître polyvalent dans le primaire, faire des regroupements d’écoles
- éclatement des classes en collège (déjà réalisé dans les projets, IDD, etc)
- travail d’équipe.

On déplore aussi que le chef d’établissement ne soit pas un chef d’équipe pédagogique.
On suggère donc :
- de repenser les procédures de recrutement des chefs d’établissement, pour en faire des pédagogues
- d’avoir des profs chargés de tâches d’encadrement, en qualité d’adjoints des chefs d’établissement
- de créer une « commission pédagogique » dans tous les établissements pour qu’y soient traités les TICE, les modalités d’exécution des programmes nationaux, l’organisation du temps scolaire, l’utilisation du CDI, les procédures d’évaluation et de notation des élèves, la nature et le volume des travaux demandés aux élèves.

On remarque qu’il s’agit de donner aux administratifs des tâches pédagogiques et aux pédagogues des tâches administratives.

Face aux problèmes de gestion des ressources humaines, on préconise :
- des recrutements régionalisés
- de nouvelles procédures d’évaluation pédagogiques des professeurs
Sur ce point, pourrait être pris en compte le fait de s’investir dans certaines tâches :
- la coopération internationale
- la participation aux missions de direction
- les liens avec les entreprises
- le travail d’orientation et d’insertion professionnelle des élèves
- la participation à des stages

On l’aura remarqué, la qualité des profs sera évaluée essentiellement en fonction d’activités qui n’ont plus rien à voir avec la transmission des connaissances.

Conclusion :
l’orientation de ce rapport tend avant tout à refondre les statuts, pour pallier le déficit de recrutement sans augmenter le budget.
On demande à tous de participer à toutes les tâches. Il semble qu’on ne veuille plus de spécialisation ni de division du travail.
Le contrôle le plus obtus et le plus superficiel s’en trouvera renforcé.

Il faut refuser le constat de départ : les professeurs ne sont pas la proie d’un quelconque « malaise », ils sont plutôt en colère contre une institution qui s’acharne depuis des années à rendre impossible le travail d’instruction. Citons en vrac :
- la perte du pouvoir de décision des conseils de classe pour les passages en classe supérieure, ce qui entraîne le passage d’élèves trop faibles dans des classes dans lesquelles ils ne peuvent pas suivre, quelles que soient les « remédiations », et qui renoncent à étudier
- l’allégement des programmes d’apprentissage du français dans le primaire
- l’alourdissement, pour les professeurs, des tâches et des effectifs : il ne faut pas seulement envisager le nombre d’élèves par classe, mais aussi le nombre d’élèves qu’un professeur a en charge (un agrégé de lettres modernes au lycée Charlemagne en a 105 ; à raison d’un gros devoir toutes les trois semaines, calculez le nombre de copies). Problème lié aux refontes des grilles horaires : moins d’heures dans une discipline pour les élèves entraîne plus de classes affectées à un même professeur.
- la perpétuelle refonte des programmes et des modalités d’examen.
- L’augmentation des réunions qu’exige le travail d’équipe, qui existe déjà, quoi qu’on en dise.


Les professeurs ne sont pas des solitaires malheureux, mais des gens qui ont choisi ce métier parce qu’il offrait encore jusqu’à aujourd’hui les conditions de liberté indispensables au travail intellectuel qui est le leur.

Mireille & Jacques

13/12/03