TRACT du SNES, LYCEE PAUL-ELUARD à SAINT-DENIS (93)


GRAND ?

Grand débat, disaient-ils, beau titre, on allait voir ce qu’on allait voir, d’ailleurs D. Ambiel (1) , le spécialiste en communication de Matignon avait trouvé quelqu’un de sérieux pour le présider, Jean-Claude Delarue ( sources : Le Canard Enchaîné, Le Point ) ! Bon, finalement on s’est repris en lieu, et ce fut M. Thélot,universitaire moins « people » (forme branchée de « pipeau »). Cela commença par des commissions d’évaluation, plus ou moins nettement orientées [décentralisation, salaire au mérite, bivalence des profs (2 )], mais les optimistes se disaient que le débat redresserait tout ça, qu’il fallait bien commencer par quelque chose.

DEBAT ?

Et puis vint le questionnaire. Un petit chef d’œuvre. 22 questions, déclinées en sous-questions pour faciliter le travail. Sauf que les 22, en rouge sur le document distribué en quelques millions d’exemplaires, sont relativement ouvertes… mais on examinons les sous-questions. Manipulation. Deux exemples :
04 : "Est-il préférable d'allonger la durée de la scolarité obligatoire ou bien de favoriser la reprise des études après leur interruption ?" Il est de notoriété publique que ce sont les salariés qui ont le niveau de qualification le plus élevé qui bénéficient le plus de la formation continue… bref, question stupide due à un postulat : il ne faut pas augmenter la dépense d'éducation mais la répartir autrement.
18 : "L'efficacité de l'Ecole exige-t-elle plus de décentralisation ?" (réponses induite : non, on en reste au statu quo ; oui, décentralisons plus. L'interrogative ne s'achève pas par …"ou plus de centralisation ?" . Or, juste après "Quelles compétences l'Etat doit-il absolument conserver ?" implique évidemment qu'on ait
répondu "oui" à la précédente.

GRAND ?

Calendrier : de fin novembre à fin janvier. Passons sur le fait qu’il inclut les vacances scolaires et qu’on débat généralement assez peu à la période des fêtes de fin d’année, détail qui a échappé aux princes qui nous gouvernent. Cela réduit singulièrement les possibilités d’organiser ce dialogue national annoncé. Ou alors un grand jeu entre le bêtisier de TF1 et les danseuses du Crazy Horse sur la 2 ?

Et voilà-t’il pas que l’Inspection Académique du 93 en remet une couche : tout doit être terminé avant les vacances. Ces gens-là ne savaient apparemment pas qu’à cette période de l’année les professeurs ont à faire avec des contrôles, des moyennes, des appréciations sur des bulletins, des préconseils, des conseils de classes, des rencontres avec des parents…

DEBAT ?

Et puis, alors qu’une masse considérable d’enseignants s’est vu opposer une systématique fin de non-recevoir pendant le conflit national le plus long qu’ait connu l’Education Nationale … six mois après on vient nous dire « on vous propose le dialogue »…Sans commentaire.

La section syndicale SNES-FSU du lycée a défendu la position suivante au C.A. :

défiance à l’égard de cette consultation ; aucune contribution à son organisation ;
nous ne ferons aucun prosélytisme auprès des collègues qui refusent d’y aller ; nous débattrons avec les personnels, élèves et parents présents
nous n’avons aucune confiance dans les « remontées » ; pour ceux qui en espéreraient quelque chose, les propos de ce député UMP : " Le grand débat national doit permettre un état des lieux précis, mais ne doit pas préjuger des solutions qui seront finalement retenues dans la loi de programme. " (P. Auberger)

En bon français : cause toujours, tu m’intéresses….

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1. D. Ambiel est un ancien pdg d'une maison de production qui a à son "actif" (façon de parler) des émissions comme "koh-lanta" ou "popstars". Un spécialiste de l’éducation de masse, on vous le dit.
2. Une perle de Ferry à l’Assemblée : Il est clair que de nombreux professeurs d'allemand, qui sont, en général, des personnes très cultivées, pourraient assurer d'autres enseignements, par exemple, un cours d'histoire de classe de sixième. L’exemple n’est pas choisi au hasard : l’allemand, ce n’est pas rentable, avec de petits effectifs. Donc on « rationalise », maître-mot du rapporteur de la commission de l’assemblée sur le budget de l’Education. http://www.assemblee-nat.fr/12/budget/plf2004/b1110-30.asp
05/12/03