COMMUNIQUE D'UNE ASSEMBLEE GENERALE DE PROFESSEURS DE LYCEE


UN “ DEBAT ” TRUQUE DONT LES CONCLUSIONS SONT DEJA TIREES

Pendant des semaines, les personnels de l'Education Nationale ont fait grève l'an dernier, manifesté, interpellé les ministres… et n'ont pu se faire entendre. Aujourd'hui, les ministres prétendent libérer la parole en organisant un "grand débat sur l'éducation". Il s'agit selon leurs propres termes d'aboutir à "un diagnostic partagé", autrement dit à un consensus sur une future loi d'orientation sur l'Ecole et de nouvelles réformes.
Les personnels ouvriers et techniciens de service (TOS) sont exclus du débat…. Débat ou non, le gouvernement a décidé de les exclure de l'Education Nationale en maintenant sa politique de décentralisation et de transfert des personnels aux collectivités territoriales. Il vient d'accepter en outre un amendement au sénat autorisant le transfert de la médecine scolaire, alors qu’il s’est engagé en juin à y renoncer.
Ce "grand débat" porte sur 22 sujets, 2 par établissement. Chacun peut noter le caractère très orienté des questions posées. Exemple: "L'efficacité de l'école exige-t-elle plus de décentralisation?" Autre exemple: "Comment organiser et améliorer l'orientation des élèves?", question à mettre en rapport avec la volonté du gouvernement de transférer les conseillers d'orientation aux collectivités territoriales et de confier une partie de leurs tâches aux professeurs.

Ce débat est truqué; ses conclusions sont déjà données d'avance. Nous exagérons?
Il suffit de lire le rapport écrit par le député J.Y. Chamard, sur le budget de l'Education Nationale et les déclarations faites à la commission des finances de l’Assemblée Nationale par les ministres Ferry et Darcos et leurs amis politiques, pour connaître la stratégie du gouvernement et les grandes lignes de sa future réforme. (pour vérifier, voir site http://www.assemblee-nationale.fr/12/budget/plf2004/b1110-30.asp). Le “ grand débat ” servira d’alibi : “ Le grand débat national doit permettre un état des lieux précis, mais ne doit pas préjuger des solutions qui seront finalement retenues dans la loi de programme. ” (P. Auberger)

Le rapport Chamard commence par ce titre éloquent: "Chapitre premier: L'urgence de la réforme I- Le système scolaire accapare une part croissante de la richesse nationale". Commentaire de Ferry: "Le véritable levier (de cette réforme), c'est l'autonomie des établissements, qui peut leur permettre de disposer d'un budget global, d'une fongibilité des lignes de crédits et aussi d'une marge d'autonomie sur les programmes de 10 à 15%. Il n'est pas possible d'imaginer passer une telle réforme en force".

Autres citations : "D'autres champs d'économie sont possibles dans l'éducation. Certains passent par la redéfinition des services, par le développement de la bivalence, l'annualisation des services et la rationalisation des offres de formation, notamment pour les petits diplômes." (Ferry)

"Il faut résoudre la question des classes à faibles effectifs, par exemple en STI, littérature ou langue allemande. Quel montant d'économies pourrait-on faire si l'on y remédiait!" (P.Auberger)

"Concernant la relation entre les effectifs des classes et le niveau des résultats, il semble que cela ne donne des résultats probants que pour les élèves en grande difficulté ; ceux qui se situent dans la moyenne ne voient pas leurs résultats significativement améliorés par la réduction du nombre d'élèves par classe. Par ailleurs, on constate dans de nombreuses régions une surcapacité des établissements."(P.Méhaignerie)

Comme les déclarations de nos ministres le démontrent, ce “ débat ” est destiné à donner un habillage et un consentement "démocratiques" à une politique de destruction de l'Ecole publique. Ils ne s’occupent pas de l’Ecole, mais d’ “économies ”. En accusant enseignants et élèves d’“accaparer…la richesse nationale ”, ils les font passer pour des voleurs d’argent public.

Ils ont déjà décidé du contenu de leur future réforme et veulent pouvoir se réclamer de l'opinion des Français. Les propos qu’ils tiennent entre eux sont clairs : il s’agit de diminuer brutalement dès l’an prochain le budget consacré à l'Education Nationale ; il s’agit de la démanteler morceaux par morceaux en la transférant aux régions et de mettre en pièces les statuts nationaux, les programmes nationaux et les diplômes nationaux qui seuls garantissent aux élèves le bénéfice du même droit à l'éducation sur tout le territoire de la République. Il s’agit d’une politique générale de destruction des services publics.

Cette politique, les élèves et les enseignants du lycée Claude Monet en ont déjà un avant-goût quand on voit par exemple la considérable dégradation qu'a subie depuis 3 ans l'enseignement des langues : des groupes de langues surchargés ne bénéficiant plus que de 2 heures de cours par semaine (au lieu de 3 heures avant la réforme Allègre), des options de langues rares fragilisées voire menacées ….pendant que le lycée privé St Joseph vient de bénéficier avec les fonds publics de l'ouverture d'une section internationale d'une douzaine d'élèves.

L'assemblée Générale des personnels du lycée Claude Monet du Havre du 25 novembre 2003
03/12/03