La réactualisatique
Parmi les nombreuses disciplines qui ont, ces dernières années, totalement refondé notre conception de l’enseignement des acquis de compétence, l’une d’entre elles tient une place à part. Il s’agit bien sûr de la réactualisatique de texte, dont nous avons demandé au fondateur et plus éminent spécialiste, le professeur Hattan, de définir les grandes lignes. Charles Hattan est titulaire d’un doctorat de sciences de l’éducation, qu’il a consacré aux diverses propédeutiques des acquis psycho-thématisés covariants en contexte désociatif (de type " Soweto "). Il enseigne la transmission totémique du savoir ainsi que diverses méthodes shamaniques d’expression corporelle à l’IUFM d’Alsace. Il dirige également l’association " pour le shit au primaire : brisons les tabous ". Ses deux ouvrages majeurs (La pensée perpendiculaire et Comment enseigner l’enseignement de l’enseignement : vers une pédagogie des sciences de l’éducation) font aujourd’hui autorité.
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Qu’est-ce que la réactualisatique ? Il n’est évidemment pas question pour moi de revenir ici, dans le détail, sur le long cheminement intellectuel et moral qui m’a amené à élaborer une pensée aussi novatrice. Le constat de départ s’impose d’évidence : les jeunes ne s’intéressent plus à la lecture. Confrontés à un texte écrit, les élèves privilégient l’acquisition instinctive des faits de langage au détriment de quelques détails superficiels, tels que la syntaxe, la grammaire, le sens ou l’orthographe. Étant le fait de la jeunesse, cette spontanéité est bien sûr louable en soi. Cependant, elle éloigne trop souvent les jeunes acquisiteurs de textes des grands auteurs ; grands auteurs qui, de leur part, ont eu trop souvent tendance à donner une importance démesurée à la qualité de leur écriture. Par conséquent, nous avions d’un côté des apprenants désirant à juste titre comprendre vite et sans faire d’effort, et de l’autre des scriptorants qui semblent s’ingénier à rendre leur message inaudible à force de " style ". Il devenait donc urgent de réconcilier la tradition littéraire avec les compétences sans cesse plus actives des élèves d’aujourd’hui.
L’idée première, ambitieuse mais réalisable, est donc de réactualiser le répertoire français afin qu’il s’adapte enfin aux Programmes. En effet, combien de fois n’avons-nous pas été désolés de constater que les œuvres de Diderot, Corneille ou René Char s’éloignaient comme à dessein des sublimes théories de notre grand ami Alain Viala ! N’est-il pas inconcevable, aujourd’hui, que certaines personnes continuent à lire comme si de rien n’était les auteurs du passé ? Le grand bouleversement pédagogique auquel nous avons contribué, parce qu’il n’est pas discutable, se devait d’imprimer sa marque sur le passé de notre littérature. La réactualisatique s’impose donc en tant que science de mise en conformité de la littérature au bénéfice de la pédagogie moderne. Ce qui n’est, chacun l’admettra, qu’un juste hommage de notre pensée d’avant-garde à celles, plus ténébreuses, qui l’ont précédée.
Afin de clarifier ma pensée, je vais donner à présent un exemple concret de ce que la réactualisatique peut apporter aux professeurs de l’enseignement secondaire. Le premier travail que nous avons, avec mon équipe, entrepris dans ce domaine est la réactualisation de la Recherche du temps perdu de Marcel Proust. Même si nul ne peut nier que Proust était à son époque un grand écrivain, son œuvre semble bien déplacée dans notre monde moderne (pour ne pas dire plus). Tout d’abord, elle forme un indiscutable discriminant social. Nous savons tous que, dans notre époque contemporaine, la richesse du vocabulaire et les phrases trop longues nuisent à la compétitivité concurrentielle du message. À l’heure d’Internet et du Cyberspace, il devenait indispensable de flexibiliser l’œuvre proustienne en supprimant les aspects qui n’intéressent plus les jeunes lectorants, ainsi que ceux qui ont une trop faible valeur de réemployabilité dans un projet professionnel. Je songe en particulier aux réflexions pesantes sur le temps humain, aux discussions interminables sur les liens entre les êtres, à la sensiblerie le plus souvent risible de l’auteur, et surtout à son prosélytisme inadmissible dans notre société parfaitement égalitaire. Malgré cela, il était inconcevable d’interdire la Recherche à des lycéens dont le niveau ne cesse d’augmenter. C’est pourquoi Proust devint notre premier chantier de réactualisticiens, dont voici l’une des réalisations.
Ça faisait longtemps que j’avais oublié Combtown mais une fois, parce qu’il faisait froid, ma maman elle a voulu que je boive du Nestea ©. D’abord, je lui ai dit d’aller se faire, mais après j’étais quand même d’accord. Elle est allée me chercher de ces Pepitos © qui semblent avoir été moulés dans du vrai bon chocolat. D’abord, çà me broutait grave comme je bouffais, mais au moment où j’ai mis le Pepito © dans la bouche, j’ai kiffé comme c’était pas possible. J’ai pris un deuxième gâteau sans chercher à comprendre, et un troisième qui m’apporte encore mieux que le second. […]
C’était comme un jeu vidéo tiré d’un manga, où les persos s’étirent, se contournent, se colorent presque comme des vrais gens, tellement bien foutu que ça me rappelait Combtown et les vieux qu’y avait là bas. Whoa putain, que je me dis, tout ça, ville et jardins, c’est sorti juste grâce au Nestea© et aux Pepitos©.
EXERCICES (notés 37 sur 20).
- Montrez par quels procédés linguistiques le romancier nous communique son envie de manger des gâteaux.
- Dites en quoi cette forme de promotion vous donne envie d’en acheter.
- Prenez un des paquets de Pepitos © offerts, et imaginez à la façon de Marcel Proust une campagne publicitaire en leur faveur.
De façon conjointe, notre groupe de recherche en sciences de l’éducation a également élaboré une réactualisatique de l’évaluation, dans laquelle l’enseignant lui-même doit apprendre à s’adapter à l’univers culturel et médiatique de ses élèves. Ceci ne peut que contribuer à réduire la distance entre appreneurs et apprenants, en faisant participer les uns et les autres à l’exaltation des vertus nationales. C’est ainsi que le professeur, par exemple, pourra adopter au moment des corrections le langage de Didier Deschamps, l’ancien champion du monde de football, afin de communiquer sa passion pour la culture.
Bon, bin, on sait qu’à ce niveau les fautes ne pardonnent pas, et je crois qu’en première partie on a un peu cafouillé notre herméneutique. À partir de là on prend un contre sur la personnification du sentiment de liberté, et je crois qu’à partir de là l’interprétation devient plus difficile pour nous, même si on a su se créer des occasions d’égaliser les sous-parties vers la fin du devoir. Maintenant je crois qu’il faut qu’on revienne aux fondamentaux de base, à savoir de la discipline, quitte à perdre un peu de profondeur au niveau du métaphysique. À partir de là, je crois qu’on pourra se reconcentrer sereinement sur l’oral, à condition que le tirage au sort nous soit favorable.
ÉCRITURE D’INVENTION (notée 34 sur 20)
- Rédigez dans le style de Chateaubriand la réponse d’Andromaque à Didier Deschamps.
Pour intellectuellement exaltants qu’ils soient, ces premiers pas en réactualisatique ne doivent pas nous faire oublier le chemin qu’il reste à parcourir. En particulier, il est désolant de remarquer certaines réticences de la part de collègues rétrogrades, mais heureusement minoritaires, qui demeurent attachés aux anciens textes. Je pense qu’une telle avancée pédagogique ne pourra réellement prendre place que si l’ensemble des personnels y agrée, et le fait que les professeurs soient bientôt payés au mérite ne peut que nous aider à aller dans cette direction.
Charles HATTAN, IUFM d’Alsace.
(article recueilli par Pierre-Henri Kalinarczyk)
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