"LE MONDE" : LE PREMIER MINISTRE VEUT DEMINER LA RENTREE SCOLAIRE


LE MONDE | 21.08.03

Le premier ministre cherche un "contact personnel" avec les syndicats d'enseignants

Il les reçoit sans Luc Ferry avant la rentrée.

Le premier ministre veut déminer la rentrée scolaire. A quelques jours des retours en classe, Jean-Pierre Raffarin devait rencontrer jeudi 21 août les représentants de la Fédération syndicale unitaire (FSU), puis ceux de l'UNSA-éducation, vendredi 22 août, afin de procéder à des échanges "sans limites" sur l'éducation. Les discussions - qui auront lieu en l'absence de Luc Ferry et de Xavier Darcos - devraient notamment porter sur la préparation du grand débat sur l'école prévu pour l'année scolaire 2003-2004. Elles devraient également traiter des motifs de la contestation enseignante du printemps dernier : "malaise" des professeurs, retraites, budget et décentralisation auxquels s'ajoute la question du non paiement des jours de grève.

DÉMARCHE "NOVATRICE"

Ces rencontres interviennent dans un contexte tendu : l'intersyndicale enseignante a d'ores et déjà appelé à tenir des assemblées générales dans les établissements scolaires le jour de la prérentrée des enseignants, lundi 1er septembre. L'intervention du premier ministre - présentée comme inédite par ses services - marque donc une volonté d'apaisement avant la rentrée. Matignon parle d'une démarche "novatrice" pour justifier l'engagement du premier ministre à la place de son ministre de l'éducation : "Le système éducatif ne progresse plus. Il faut qu'on sorte de cette difficulté, ce qui est une tâche du gouvernement dans son ensemble et pas seulement des ministres en charge de l'éducation", insiste l'entourage de M. Raffarin.

La politique éducative pourra donc relever du ministre de l'éducation, de comités interministériels ou du premier ministre directement "selon les sujets, selon les moments". "Le premier ministre souhaite depuis longtemps avoir un contact personnel avec les syndicats enseignants", ajoute la même source, qui réfute toute volonté du premier ministre de "suppléer" Luc Ferry, qui reste "pleinement" le ministre de l'éducation.

Au cours de l'été, M. Raffarin avait déjà tenté de rassurer le monde enseignant. Lors du comité interministériel du 28 juillet sur l'éducation, le gouvernement a ainsi annoncé la croissance de 2,8 % du budget 2004 de l'éducation nationale (contre 2,1 % en 2003). Le gouvernement compte procéder à une redistribution des moyens entre le premier et le second degré : 1 500 postes seraient créés dans les écoles primaires grâce à la suppression de 1 500 postes dans les collèges et les lycées.

"Ces décisions permettent de tenir compte de l'évolution démographique", souligne l'entourage de M. Raffarin. En complément, 4 000 assistants d'éducation supplémentaires devraient être recrutés en sus des 16 000 déjà prévus. Dans l'enseignement supérieur, à défaut d'accroître le nombre d'emplois, le gouvernement devrait décider d'une hausse des crédits de fonctionnement des universités.

Les syndicats restent sceptiques. Gérard Aschieri, secrétaire général de la FSU, première fédération de l'enseignement, voit dans cette démarche la volonté de Jean-Pierre Raffarin de "faire un geste" en direction des enseignants. "Les discours du premier ministre sont apaisants, la réalité l'est moins", tempère-t-il en citant le contentieux sur le paiement des jours de grève et les insuffisances du budget 2004 pour l'éducation.

Par ailleurs, le gouvernement devrait choisir de faire appel à Claude Thélot, ancien directeur de l'évaluation et de la prospective (DEP), pour présider la future commission chargée de préparer le grand débat sur l'éducation. Statisticien, nommé par la gauche, président jusqu'en février du Haut Conseil de l'évaluation de l'école, M. Thélot sera chargé de proposer un "guide du débat" dès le mois de septembre. Les discussions devraient ensuite se poursuivre au niveau des arrondissements à l'initiative des recteurs et des préfets. L'ensemble du dispositif sera présenté par Luc Ferry lors du conseil des ministres précédant la rentrée des classes.

Luc Bronner

22/08/03