RAFFARIN ESPERE UNE RENTREE PLUS CLASSE


Il a réuni ses ministres pour déminer la grogne enseignante.

Par Thomas LEBEGUE
mardi 29 juillet 2003

Opération déminage.
A cinq semaines de la rentrée scolaire, Jean- Pierre Raffarin a tenté hier de montrer qu'il avait pris conscience du malaise exprimé par les enseignants, qui avaient fourni le gros des bataillons de la grève contre la réforme des retraites. L'ampleur de la grogne avait d'ailleurs pris de court le gouvernement, qui avait dû organiser dans l'urgence un premier comité interministériel, le 27 mai, sur les «métiers de l'Education nationale».

Deux mois plus tard, rebelote. Le Premier ministre a réuni hier à Matignon la quasi-totalité des ministres concernés pour accoucher d'une série de mesures censées répondre aux problèmes de l'Education nationale «sur le long terme». Avec deux mesures phares : la création de nouveaux postes d'assistants d'éducation et le lancement d'un «débat national sur l'avenir de l'école».

La principale annonce avait déjà été en partie rendue publique : d'ici au 1er janvier, seront créés 4 000 postes d'assistants d'éducation, s'ajoutant aux 16 000 déjà décidés. Au total, 20 000 adultes vont faire leur entrée dans les établissements pour remplacer les emplois-jeunes et les surveillants dont les postes ont été supprimés par le gouvernement. La création de ces 4 000 postes sera financée par les 80 millions d'euros de crédits économisés sur le budget 2003 : crédits qui avaient été dégelés en juin quand Nicolas Sarkozy avait repris en main les négociations. En dépit de toutes les déclarations sur la nécessité de réduire le nombre de fonctionnaires, les effectifs de l'Education nationale devraient donc rester stables.

Petite hausse.
En attendant, Raffarin tente d'accréditer la thèse selon laquelle les problèmes de l'Education n'ont pas grand-chose à voir avec le montant global du budget (qui devrait tout de même connaître une petite hausse comprise entre 2 % et 3 %), ni avec le niveau des effectifs. L'une des principales craintes exprimées par les professeurs en grève était pourtant la baisse annoncée du nombre d'adultes dans les établissements.

Mais ce qui préoccupe le locataire de Matignon, c'est de pouvoir s'appuyer sur un «diagnostic partagé», selon l'expression de Jacques Chirac, comme il l'avait fait pour la réforme des retraites en reprenant les conclusions du Conseil d'orientation des retraites (COR). L'exemple n'est peut-être pas probant, mais Raffarin, redevenu un adepte du «dialogue social», est aujourd'hui con vaincu qu'il va falloir beaucoup parler avant d'enclencher la réforme de l'Education nationale.

En septembre, sera installée une commission nationale chargée d'animer un «grand débat qui permette une expression large et populaire». Au menu : l'autorité dans les établissements, la prévention de la violence, l'égalité des chances ou encore la mission des enseignants. Les discussions seront déclinées dans chaque région, jusque dans les établissements scolaires où une «journée banalisée» (sans cours) devrait permettre à tout le monde de s'exprimer. Une loi d'orientation dessinant l'école «pour les prochaines décennies» verra ensuite le jour à l'automne 2004. Raffarin a par ailleurs annoncé qu'il recevrait les syndicats d'enseignants juste avant la rentrée.

Mesures.
Nouvelle «priorité nationale», l'école est donc symboliquement le dernier grand chantier abordé avant les vacances. De l'illettrisme aux nouvelles technologies en passant par l'accueil des enfants handicapés, tous les sujets ont été évoqués. Quelques mesures concrètes en sont sorties : le renforcement de la prévention de l'illettrisme dans les 3 500 cours préparatoires les plus défavorisés, le développement de l'enseignement professionnel et des dispositifs d'alternance dans les collèges, ou encore la formation des élèves aux technologies de la communication.

«Si le gouvernement veut acheter une rentrée scolaire calme avec de telles annonces, c'est lamentable», a réagi le socialiste Yves Durand, qui a qualifié ce comité de «mascarade». Reste à savoir si les nouveaux postes d'assistants d'éducation, dont le nombre est jugé insuffisant par les syndicats, la mise en place de la consultation nationale et les quelques mesures annoncées suffiront à répondre au malaise des enseignants. Comme l'a dit prudemment Luc Ferry à la sortie du comité : «Personne ne peut savoir à quoi ressemblera la rentrée.» Chat échaudé....

© Libération
31/07/03