M. RAFFARIN ET M. FERRY CHERCHENT A DEMINER LA RENTREE SCOLAIRE



LE MONDE | 29.07.03;

Un comité interministériel sur l'éducation s'est tenu lundi 28 juillet

Derniers travaux avant congés.
Une vingtaine de ministres se sont retrouvés à Matignon, lundi 28 juillet, pour un comité interministériel sur l'éducation où Jean-Pierre Raffarin était notamment entouré par le ministre de l'éducation nationale, Luc Ferry, et celui de l'enseignement scolaire, Xavier Darcos. D'autres membres du gouvernement sont beaucoup intervenus au cours d'un débat que M. Darcos a qualifié de "très riche" et que M. Ferry a jugé "d'un très haut niveau". Après le conflit contre la réforme des retraites et la décentralisation, le gouvernement devait préparer au mieux la rentrée scolaire.
Pour "déminer" cette rentrée, selon le mot de Bernard Boisseau, cosecrétaire général du SNES, le gouvernement a notamment confirmé la mise en place "d'ici au 1er janvier 2004 de 20 000 assistants d'éducation, dont 4 000 supplémentaires". Mais le déficit d'agents dans les établissements à la rentrée devrait être, pour le SNES, d'au moins 10 000 postes. Jack Lang, ancien ministre de l'éducation nationale, dénonce une "forme d'imposture" sur les budgets et les moyens de l'école.

Le climat de la rentrée pèsera sur la sérénité du débat sur l'école voulu par le président de la République et le premier ministre. M. Raffarin recevra les syndicats d'enseignants dans la seconde quinzaine d'août. Le comité interministériel avait pour but de préparer ce dialogue, dont Jacques Chirac avait précisé les contours dans son entretien télévisé du 14 Juillet : "Il faut que, sur le plan national, on ait les moyens d'avoir un diagnostic partagé, que tout le monde se dise : "et bien oui, finalement, voilà ce qu'il faut faire et voilà comment on peut le faire"."
"L'éducation doit redevenir la priorité des priorités, a déclaré M. Ferry au Monde à l'issue de ce comité. Le mouvement représentait un symptôme très significatif de ce que l'on a appelé le malaise des enseignants. J'ai reçu des milliers de lettres d'enseignants m'expliquant qu'ils étaient de gauche, qu'ils allaient faire grève sur les retraites mais que, sur beaucoup de points, ils étaient d'accord avec le constat du ministère sur l'éducation."M. Ferry explique les enseignants "ont l'impression que les valeurs de la société ne sont plus les leurs - le Loft story, les scandales financiers, la marchandisation" et que "l'on est loin de la transmission des valeurs républicaines". M. Darcos a souhaité que ce débat national "aide les enseignants à mieux faire leur métier, à leur dire aussi que la nation est derrière eux".

TRAVAIL DE DIAGNOSTIC
M. Ferry a chargé le Haut Conseil à l'évaluation, présidé par Christian Forestier, de mener à bien ce travail de diagnostic. A charge pour eux de remettre un premier rapport et de "nourrir le débat, notamment avec les syndicats", précise le ministre de l'éducation. La discussion devrait s'ouvrir en septembre au Conseil supérieur de l'éducation et se prolonger localement sous la responsabilité des inspecteurs d'académie, des recteurs et des préfets. Il pourrait aussi, comme pour les retraites, être organisé par les conseils économiques et sociaux régionaux.

Le calendrier fixé par le gouvernement sera perturbé par les élections du printemps 2004. "Nous comptons le mener avant les élections et, si cela est nécessaire, nous le reprendrons après les élections", nous a précisé M. Ferry. Au terme d'un "diagnostic partagé" recherché par le gouvernement, le débat doit permettre "quinze ans après la loi d'orientation de 1989, de fixer par un nouveau texte législatif, le projet éducatif que la nation se donne pour les prochaines décennies".
Cet objectif et cette démarche rendent certains syndicats sceptiques. Si tous se disent prêts à ce nécessaire débat, ils demandent à voir concrètement les conditions dans lesquelles il se déroulera. "S'il s'agit d'un vrai débat avec la société, pas comme les Assises des libertés locales, cela ne se discute pas, notre syndicat a des choses à dire et nous serons présents", a commenté Nicole Geneix, secrétaire nationale du SNUipp.

Rémi Barroux
• ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 30.07.03
31/07/03