"LIBERATION" : DES DOSSIERS DIFFERES


Petite victoire et grandes attentes
Carrières, précarité, universités... des dossiers différés.

Par Emmanuel DAVIDENKOFF
mercredi 18 juin 2003


Si le conflit de l'éducation n'avait porté que sur la décentralisation, le bilan en serait globalement positif pour le mouvement social. Certes, les personnels techniciens, ouvriers et de service (TOS) restent concernés, à terme, par les transferts vers les collectivités locales. Mais en reculant sur les conseillers d'orientation psychologues (Copsy), les assistantes sociales et les médecins scolaires, le gouvernement a répondu aux revendications des catégories les plus mobilisées. Au passage, il a su caresser dans le sens du poil la FSU, majoritaire dans ces catégories. Notamment le Snes-FSU, archimajoritaire chez les Copsy, ravi aussi que l'idée d'expérimenter une autonomie accrue des collèges et des lycées ait été retirée du texte.

Rallonge. Par ailleurs, 80 millions d'euros ont été débloqués «pour que la rentrée 2003 se déroule dans de meilleures conditions que prévu par le budget». Cette somme, prévue au budget mais gelée jusque-là, permettra prioritairement de rem placer des emplois-jeunes dans le primaire, répondant à une inquiétude forte des enseignants de ce secteur et de leur syndicat majoritaire (SNUipp-FSU). Autre acquis du mouvement, le caractère national de l'éducation sera inscrit en clair dans la loi de décentralisation. Pas un retrait donc, mais bien plus qu'un simple report. Le volet «Education» du projet a été vidé de l'essentiel de sa substance.

Pourtant, le mouvement n'est pas sorti vainqueur de tous les bras de fer engagés. D'abord sur le dossier des retraites. Le gouvernement a juste lancé une série de discussions avec les syndicats sur le déroulement de carrière des enseignants ­ un dossier qui traîne depuis des lustres dans les bureaux du ministère, tant la gestion des carrières enseignantes nécessiterait d'être largement réformée. Ensuite sur le chapitre budgétaire. Dès la rentrée, l'Education nationale sera confrontée à de nouvelles tensions. Comme l'an passé, entre 25 000 et 30 000 aides éducateurs et surveillants arriveront en fin de contrat. Par combien d'assistants d'éducation seront-ils remplacés ? Les collectifs d'emplois-jeunes qui se sont créés dès l'automne maintiendront la pression sur ce dossier et plus largement sur celui de la lutte contre la précarité. On saura également si l'Etat a tenu parole et a bien recruté, en 2003, les 36 000 enseignants promis, dont 18 000 dans le secondaire, pour pallier les départs à la retraite.

Nouveaux Orsay. Enfin, dès octobre, la loi de modernisation des universités, qui a été reportée après avoir déclenché des mouvements de protestation sur une quinzaine de campus, reviendra sur le devant de la scène, au moment où les crédits gelés ou supprimés au printemps feront défaut dans les caisses des universités. De nouveaux Orsay sont à prévoir (cette université avait suspendu ses cours pendant quinze jours pour protester contre l'insuffisance de ses crédits). En somme, si le mouvement n'a pas tout gagné, tout reste à faire côté gouvernement.



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22/06/03