TOS : "LES SACRIFIES DE LA DECENTRALISATION"


Techniciens et ouvriers de service de l'éducation craignent d'être les sacrifiés de la décentralisation.

LE MONDE, 20.06.03.

Germain ne parvient toujours pas à y croire. A la rentrée 2005, il sera des 91 500 techniciens et ouvriers de service (TOS) de l'éducation nationale transférés aux collectivités territoriales.

Après 17 années d'exercice dans la cuisine d'un lycée de l'académie de Limoges, il se sent "trahi". "Il fallait quelque chose à Raffarin, dit-il, et c'est nous, les petits personnels, qui avons été sacrifiés. Ça tombe d'autant mieux qu'on est plus nombreux que les conseillers d'orientation psychologues -copsy-, les assistantes sociales et les médecins scolaires, ça lui permet un bel affichage. On lui a servi de "barrière d'ajustement"."

Au niveau national, les représentants syndicaux négocient déjà les conditions de transfert des personnels TOS, qui refusent pourtant de se résigner. "Quand il y a eu la crise de la vache folle, c'est nous qui avons rassuré les élèves et assumé la responsabilité de leur servir de la viande de qualité, s'emporte Germain. Lors de la tempête de décembre 1999 aussi, les TOS ont été les premiers rappelés par leurs établissements scolaires. On a même reçu des médailles."

"MISSION ÉDUCATIVE"

Mais le maintien du soutien des enseignants apparaît de plus en plus improbable aux "TOS". "Après l'action sur le bac, ça va s'essouffler, prédit Gérard, et on va être lâchés. Les enseignants nous ont aidés mais n'avaient-ils pas une volonté de récupération ?"

Stéphane, lui, veut rester optimiste. Ouvrier professionnel principal, il a travaillé 17 ans dans un collège de la banlieue de Béthune (Pas-de-Calais) et ne voudrait pour rien au monde renoncer "à sa mission éducative" : transmettre aux élèves des notions d'équilibre alimentaire, les initier aux goûts et les "sensibiliser aux autres cultures à travers les cuisines du monde". Sans cela, il aurait choisi de travailler dans le privé.

Tous parlent avec plaisir des liens tissés avec les élèves, au fil des années. Mais leur mobilisation n'a pas été la plus visible. "Les TOS ont les revenus les plus faibles de l'éducation, explique Stéphane, c'est là-dessus qu'a joué le gouvernement. 95 % des TOS gagnent à peine plus que le smic. On est obligé de faire des grèves tournantes, pour ne pas se retrouver avec 3 000 francs à la fin du mois."

Leur regret ? N'avoir pas su se mettre en avant comme l'ont fait les copsys, les assistantes sociales ou les médecins scolaires.

" Dans les manifs, les journalistes me disaient, on ne vous connaît pas, raconte Gérard, un des secrétaires académiques du Syndicat national des agents de l'éducation nationale (SNAEN-UNSA). Les personnels que nous représentons sont des manuels, des gens d'une très grande compétence dans leur domaine mais qui n'ont pas vocation à s'exprimer. Nous avons un travail de communication très important à réaliser. Il faut faire connaître nos métiers aux politiques locaux, aux parents d'élèves, à la presse."

Mais les TOS ne se résignent pas et rêvent d'actions symboliques, "parce qu'on respecte les élèves dont nous sommes des éducateurs, et que nous ne sommes pas capables de casser pour nous faire entendre. C'est peut-être ce qui nous tuera".

Patricia Jolly

• ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 21.06.03
21/06/03