"LIBERATION" : EXTREME RAFFARIN


Quotidienne
Extrême Raffarin

Par Pierre MARCELLE
Libération, édition du vendredi 13 juin 2003

Oh, ce n'est pas tant son discours du dedans de l'Assemblée qui nous fait regarder le Premier ministre comme déterminé à imposer la politique de la droite (toute la droite) dont il est l'élu... C'est sa politique du dehors,­ de l'autre côté du pont où un vent mauvais porta jusqu'au Louvre les effluves des gaz lacrymogènes,­ qui fait se demander si, après le droit de grève, le droit de manifester n'est pas insidieusement dans la mire.

Cette volonté d'humilier l'adversaire social, dont le chef du gouvernement se fait à la fois le porte-parole et l'instigateur, ne s'exprima pas tant devant «la représentation nationale» à travers cette dérisoire polémique à propos de préférence partidaire ou patriotique ; à peine propre à donner aux orateurs du groupe socialiste l'occasion de postures, elle sembla, perçue de l'extérieur et à l'aune de la réforme des retraites, tout bonnement grotesque. Et infiniment moins signifiante que le déploiement policier, préventif et provocateur, qui démontra si bien à quel point la droite est soucieuse de prévenir les affrontements de la rentrée, lorsque viendra le projet de réforme du système de santé. Autant, n'est-ce pas, casser préventivement la fronde promise.

Sa base en veut maintenant, tout de suite. A défaut d'avoir pu organiser sa grande manif'«populaire» sur les Champs-Elysées, façon 30 mai 1968, à laquelle aspirent très fort, paraît-il, les godillots de l'UMP, elle s'en fera une petite libérale dimanche, place du Châtelet, avec les guignols madelino-raffariniens de l'association Liberté j'écris ton nom (voir Libération du 27 mai), pour brailler contre «le blocage des syndicats».

Est-ce Baroin ou Ferry qui leur donna d'avance son onction, l'autre jour, sur France 3, en prétextant que ne pas réformer, c'était faire le jeu du FN ? Dans son absurdité tautologique, ce propos est irréfutable : car c'est assurément ne pas faire le jeu du FN que mener la politique du FN. Et rameuter ses électeurs, pour donner enfin un peu de sens à ces fallacieux 82 % du 5 mai 2002. «L'esprit de mai», disent-ils....

© Libération
15/06/03