TU FAIS GROGNE AUJOURD'HUI ?


Quotidienne
Tu fais grogne aujourd'hui ?

Par Pierre MARCELLE
mardi 10 juin 2003

Gréviste, le titulaire de cette chronique a décidé de céder la place de son billet du jour à ce courrier reçu samedi et signé Marie Mettra, haut fonctionnaire que n'interviewa pas France Info.

«Depuis deux jours, France Info, que le mot "grève" doit dégoûter, répète en boucle : "Suite au mouvement de grogne contre les retraites..." Ainsi, les deux millions de grévistes de 1936 (n'évoquons pas 1968, c'est plutôt mal vu en ce moment...), pour ne parler que de la France et passer sous silence les nombreux Etats de notre monde où la grève est interdite, étaient tout bonnement atteints de cette "grogne" que le dictionnaire Hachette définit comme une "manifestation de mauvaise humeur" ! De militant, de citoyen décidé à lutter pour ses droits, d'individu poussé à bout par trop d'injustices, le gréviste devient un caractériel qui, quand ça le toque, décide, rien que pour embêter les autres, de renoncer à son salaire quotidien. Des milliers de dingues, nantis de surcroît puisqu'ils peuvent se passer de rémunération, s'entêtent sans autre raison que leur sale caractère à empêcher les autres d'aller travailler. C'est ainsi que la même radio nous présente tous les matins une foule de gens qui adorent leur travail, s'y ruent avec bonheur, s'y éclatent sans petits chefs et se plaisent à faire gratis des heures sup mais, malheureusement, sont bloqués dans leur élan par la "grogne". L'idée de rappeler à l'occasion que le droit de grève s'est gagné de haute lutte et fait partie des grandes conquêtes sociales ne vient en aucun cas à l'esprit des dirigeants de France Info. Ladite radio nationale serait pourtant fondée à expliquer que l'atteinte au droit de grève entamerait gravement les acquis des Français : ce discours correspondrait à sa mission de service public ; au lieu de quoi, elle nous ressasse la nécessité impérieuse d'un "service minimum". Au fait, on dit grogneur ou grognard ? Grognon ou grognasse ? On dit gréviste, M. Polacco !».

© Libération
12/06/03