PAS DE CONCESSIONS POUR LES TOSS.


Education nationale : le gouvernement lâche du lest.

Autant le gouvernement semble vouloir rester ferme sur le projet de réforme des retraites, autant il se montre prêt à lâcher du lest sur celui de la décentralisation, qui s'est heurté à la grogne des personnels de l'Education nationale. A l'issue d'une nouvelle table ronde avec les syndicats, les quatre ministres en charge de ce dossier (dont celui de l'Intérieur Nicolas Sarkozy et le ministre de tutelle des enseignants Luc Ferry) ont ainsi accepté que la décentralisation ne concerne finalement que les personnels d'accueil, de restauration, d'hébergement et d'entretien des établissements (TOSS). Les autres personnels non-enseignants, c'est-à-dire les conseillers d'orientation et les personnels de santé (Copsy), ont donc été exclus du dispositif à la dernière minute. Autre concession faite par le gouvernement pour tenter d'enrayer le mouvement de contestation dans l'Education nationale : une enveloppe de 80 millions d'euros destinée à la mise en place d'assistants d'éducation dans les écoles sera débloquée à la rentrée 2003.

Ces mesures ont été négociées sur fond de grèves, de manifestations et... de bataille de chiffres entre le gouvernement et les syndicats : difficile de dire si cette nouvelle journée d'actions - la onzième dans l'Education nationale depuis le début de l'année scolaire - a été plus ou moins suivie celle du 3 juin, tant l'écart entre les chiffres donnés par les deux parties est grand. Selon la FSU, la grève est suivie à 60% en moyenne dans les écoles et à 50% dans les lycées et collèges. Le SNUipp avance lui aussi le chiffre de 60% dans les écoles et le SNES confirme un taux de 50% dans les collèges et les lycées. Des estimations qui n'ont rien à voir avec celles fournies ce matin par le ministère de l'Education, qui estime que le mouvement de grève des enseignants est moins suivi que lors de la précédente journée de mobilisation du 3 juin dernier. Selon le gouvernement, le taux de grévistes se situe entre 16,55% et 34,06%. Dans le détail, ce taux serait de 31,54% dans les écoles (contre 47,80% le 3 juin), 34,06% dans les collèges (contre 43,88%), 16,55% dans les lycées professionnels (contre 25,75%), 19,04% dans les lycées (contre 35,70%) et 17,06% chez les non-enseignants (contre 22,30%).

En attendant, si la question sémantique n'est pas tranchée entre les mots «réquisition» et «requièrement», les enseignants grévistes qui doivent participer à l'organisation du baccalauréat commencent à recevoir des «mises en demeure», envoyées par les chefs d'établissements s'agissant des surveillants, par les rectorats s'agissant des oraux et de la correction des copies. Dans certaines régions, les fédérations de parents d'élèves ont même été sollicitées. Mardi, le porte-parole du gouvernement, Jean-François Copé, a estimé «inimaginable» que les épreuves du bac soient perturbées : «Personne ne peut imaginer qu'un adulte sacrifie l'avenir professionnel d'un enfant, ça n'existe pas dans un pays de liberté, de droit», a-t-il déclaré sur Europe 1. En cas de non-respect d'une «mise en demeure», les enseignants s'exposent au système graduel de sanctions de la fonction publique qui prévoit de prononcer des avertissements et des blâmes, ou une radiation du tableau d'avancement, un abaissement d'échelon, une exclusion sans traitement de quinze jours, pouvant être étendue, etc.


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10/06/03