DES CONCESSIONS SUR L'EDUCATION (Reuters)


Raffarin, ferme sur les retraites, cède sur l'éducation.

PARIS (Reuters) - Face aux grèves et manifestations qui ont de nouveau perturbé les transports publics et l'Education nationale, le gouvernement a affiché mardi sa détermination sur les retraites mais a en partie cédé sur la décentralisation dans l'enseignement.


Dans un geste en direction des enseignants, le gouvernement a renoncé au transfert de certains personnels non enseignants aux collectivités territoriales, dans le cadre de la décentralisation, et a débloqué 80 millions d'euros pour la prochaine rentrée.


Sur le front des retraites, le gouvernement a par contre maintenu le cap.


Défendant le projet de loi de son gouvernement lors de l'ouverture du débat à l'Assemblée nationale, Jean-Pierre Raffarin a affirmé que seule la réforme sauverait le "modèle" social français et a fustigé les "extrémismes" qui "fragilisent la démocratie".


Le ministre des Affaires sociales, François Fillon, maître d'oeuvre de la réforme, a estimé que le mouvement de protestation était alimenté par "ceux qui ne veulent pas accepter l'argument de l'équité" et qui refusent l'alignement de la durée des cotisations du public sur le privé.


L'examen du projet de loi, normalement prévu pour deux semaines, risque d'être bien plus long et houleux. Alors que le Premier ministre a annoncé qu'il ne passerait pas en force en utilisant l'arme du 49-3, qui lui permet d'écourter les débats en engageant sa responsabilité, l'opposition a déposé environ 10.000 amendements.


Dans la rue, la nouvelle journée de protestation contre les projets du gouvernement a provoqué des perturbations dans les transports.


NOUVEAUX DEFILES A PARIS ET EN PROVINCE


Plusieurs milliers de personnes - 37.000 selon la police, 200.000 selon les organisateurs - ont manifesté dans l'après-midi à Paris. Les manifestants, en majorité des enseignants, ont défilé de la place de la Bastille à la place de la Concorde, en face de l'Assemblée nationale, aux cris de "Raffarin au tapis!" ou "Y'en a ras-le-bol de ces guignols qui ferment les usines et les écoles!".


"Le gouvernement parie sur une usure et chacun a bien conscience qu'il va falloir tenir compte de cette posture, ce qui explique pourquoi, dans les entreprises, nous avons des débrayages à tour de rôle, des manifestations à tour de rôle", a souligné le secrétaire général de la CGT, Bernard Thibault.


Des défilés ont été organisés en province dans la matinée. Plusieurs milliers de manifestants ont été dénombrés à Lille, à Calais, à Nantes, au Havre, à Rouen, à Bordeaux ou à Nice.


Le centre national d'information routière, qui avait comptabilisé dans la matinée 280 kilomètres de bouchons autour de la capitale, signalait 170 kilomètres d'embouteillages vers 18h00.


La direction de la SNCF a reconnu qu'il y avait beaucoup de difficultés en Ile-de-France mais a annoncé à la mi-journée un taux de grévistes en baisse: 28,2%, contre 41,1% mardi dernier et 62,4% le 13 mai.


A la RATP, le trafic était perturbé dans le métro mais aussi en surface, avec des bus absents sur plusieurs lignes.


En province, la grève a également été suivie dans les transports, notamment à Marseille, Toulouse, Bordeaux, Montpellier, Nice, Lyon, Grenoble, Nantes et Rennes.


La direction générale de l'aviation civile a fait savoir que la grève décidée par neuf syndicats d'Air France et des syndicats de l'aviation civile entraînait des retards au départ et à l'arrivée des aéroports français.


Dans l'enseignement, le ministère de l'Education a annoncé que le taux de grévistes était de 19%, en recul par rapport au 3 juin (35,7%) et au 13 mai (65%).


Les perturbations devraient se poursuivre mercredi à la RATP où la CGT, majoritaire, a déposé un préavis de grève illimité le 3 juin. Deux métros sur trois sont prévus en moyenne. Les lignes 6, 8, 9 et 10 seront particulièrement affectées. Deux trains sur trois sont prévus sur les RER A et B.
10/06/03