FCPE : UN CONGRES TRES VIRULENT A L'EGARD DU GOUVERNEMENT


Réunie pour son 57e congrès, la FCPE continue à soutenir le mouvement des enseignants
LE MONDE | 09.06.03 | 13h13
Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme) de notre envoyée spéciale

"Ecole de la république en danger : parents mobilisés". Réunis sous cette bannière et brandissant des drapeaux blancs, quatre cents délégués de la Fédération des conseils de parents d'élèves (FCPE) ont défilé, dimanche 8 juin, dans les rues de Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme).

La FCPE, traditionnellement classée à gauche, y avait ouvert, la veille, son 57e congrès annuel. "Cette marche doit servir à rappeler le positionnement de notre fédération en faveur du service public et à rappeler au gouvernement ses responsabilités pour régler l'urgence des problèmes actuels, autour de la décentralisation notamment", a déclaré, dimanche, le président de la FCPE, Georges Dupon-Lahitte.

La veille, dans son discours inaugural, il avait fermement réaffirmé la position de sa fédération aux côtés des enseignants, en dépit des menaces de boycottage que certains professeurs excédés font planer sur le baccalauréat, et appelé à une mobilisation des parents pour la 11e journée nationale de grève dans l'éducation depuis la rentrée 2002.

"LA CARTE DU POURRISSEMENT"

Le SNES, principal syndicat des professeurs de collège et de lycée (51,4 % des voix aux élections professionnelles), a proposé, vendredi 6 juin, "au cas où le gouvernement persisterait dans son refus de retirer ses projets", "une nouvelle action de grève unitaire le 12 juin", date de la première épreuve écrite du baccalauréat, la philosophie.

"Bien sûr que cette situation est angoissante pour les parents comme pour les enfants, a reconnu Georges Dupon-Lahitte, lui-même père d'un élève de terminale. Mais le gouvernement veut tenter de retourner l'opinion publique en jouant la carte du pourrissement de la situation."

La plupart des délégués-parents d'élèves présents à Clermont-Ferrand ont affiché une foi certaine dans la conscience professionnelle des enseignants qui, même en grève, se sont, pour la plupart, efforcés de boucler les programmes et d'assurer leurs cours dans les classes d'examens.

Très virulent à l'égard de la politique gouvernementale en matière d'éducation, M. Dupon-Lahitte a estimé que le projet de décentralisation s'inspirait d'un "schéma de la France des notables du XIXe siècle".

Il a également dénoncé "la dégradation du ministère de l'éducation nationale". "C'est du jamais-vu, a-t-il affirmé dans les couloirs. J'ai connu François Bayrou, je n'étais pas forcément d'accord avec sa politique, mais, au moins, on pouvait discuter. Là, il n'y a pas eu une réunion pendant des mois, ce qui a laissé le champ libre à tous les fantasmes, toutes les rumeurs et toutes les dérives et maintenant, on nous dit "acceptez les transferts de personnels et on discutera ensuite de leurs missions"."

Si Georges Dupon-Lahitte admet que la décentralisation de 1986 a contribué à "une amélioration globale de l'état des établissements scolaires dans le pays", il relève des exceptions dues à des choix politiques délibérés : "En Vendée, il a fallu dix ans de lutte avec le conseil général dirigé par Philippe de Villiers (MPF) pour obtenir la création d'un collège public à Aizenay parce qu'il y avait trois collèges privés dans les environs", s'emporte-t-il.

Dans le Languedoc-Roussillon, la FCPE estime qu'il manque dix lycées pour se situer dans la moyenne nationale et satisfaire la population scolaire de la région. " C'est pour cela que nous sommes opposés à la décentralisation sans garantie de l'Etat", a conclu M. Dupon-Lahitte.

Convié il y a plusieurs semaines, Luc Ferry avait décliné l'invitation de la FCPE, alors qu'il s'est déplacé et exprimé à Amnéville (Moselle), le 29 mai, au 84e congrès de la PEEP, fédération concurrente de parents d'élèves, classée à droite.

Invités aussi à Clermont-Ferrand, les principaux responsables des cinq fédérations enseignantes (FSU, UNSA, SGEN-CFDT, FERC-CGT, FAEN) ont, "compte tenu du caractère exceptionnel de la situation", bénéficié d'un temps de parole, samedi, à l'ouverture du congrès.

Par la voix de leurs secrétaires généraux, toutes ces fédérations ont rappelé leur attachement à la tenue des examens sans blocage ni boycottage, et leurs fortes attentes au sujet de la table ronde du mardi 10 juin avec le gouvernement.

Patricia Jolly

09/06/03