L'illettrisme et ses causes
Petite réflexion personnelle sur la situation de l'illettrisme et de ses causes, par comparaison entre ma génération et celle de mes neveux et nièces.
La cause principale apparaît rapidement être la méthode globale et son avatar, la méthode dite semi-globale. Les dégâts causés ne sont pas tous apparents mais sont énormes.
Rappelons quand même les principes pédagogiques qui dominent la pensée globale. L'enfant doit appréhender le phénomène de manière globale pour ensuite en dégager les lois et les règles. Cette volonté de pousser l'enfant à réfléchir par lui-même est certes louable sur le principe (après tout, nous n'allons pas lui tenir la main indéfiniment) mais se révèle absurde pour le cas de l'enseignement de la lecture. Il suppose, en effet, que l'enfant établisse un raisonnement pour dégager des lois et des règles, alors même qu'il n'a pas atteint ce qu'on appelle l'âge de raison !
Quels sont les dégâts qui en résultent. D'abord un apprentissage de la lecture généralement approximatif et insuffisant. Dans la plupart des cas, la solution pour l'enfant est l'apprentissage par coeur des mots pour les reconnaître. Dans ces conditions, pourquoi nos ancêtres ont-ils inventé l'alphabet et n'ont-ils pas gardé comme les Chinois les idéogrammes. En tout cas, la méthode actuelle rend l'apprentissage de la lecture avec alphabet aussi complexe que celle des idéogrammes.
La conséquence directe est un appauvrissement net du vocabulaire des enfants qui se limitent (et on les comprend) le plus possible aux mots qu'ils savent déjà reconnaître.
Le problème est systématiquement reposé dès qu'il s'agit d'aborder une langue étrangère par la suite.
Ceci est la conséquence visible du problème. Mais les conséquences indirectes sont plus pernicieuses encore. Un apprentissage de la lecture long et difficile comme l'est la méthode globale dégoûte ni plus ni moins les enfants de la lecture puisqu'ils ne voient pas rapidement le résultat de leurs efforts et ne gagnent en autonomie que la lecture de textes déjà connus et qui ne présentent pour eux plus aucun intérêt. Ayant ainsi perdu le goût de lire, ils sont la proie prévisible des divertissements audiovisuels qui leur sont directement accessibles. Le résultat est une capacité de lecture approximative et qui, peu entretenue, dégénère souvent en illettrisme.
Dernier effet pernicieux, dégoûté par un effort non-payant, l'enfant est directement placé dans une position de rejet de l'effort et de l'enseignement puisqu'il ne perçoit nullement le gain qu'il peut en espérer après cet échec de l'enseignement de la lecture.
La cause secondaire est la démission parentale. Pour qu'un enfant ait le goût de la lecture et donc progresse, il faut que les parents lui en donne l'envie. C'est à dire qu'au lieu de les coller directement devant la télévision puis de les coucher, ils prennent le temps de lui raconter des histoires issues d'un livre pour donner à l'enfant l'envie de découvrir le monde du livre. L'illettrisme est aussi lié à l'absence de la magie du conte.
Jean-Albert Caire
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