LUC FERRY FACE A LA GROGNE DES PRESIDENTS DE REGION. (Le Monde du 14 avril 2003)


LUC FERRY FACE A LA GROGNE DES PRESIDENTS DE REGION.
LE MONDE | 14.04.03

La décentralisation de quelque 110 000 agents de l'éducation nationale suscite des réticences.

Luc Ferry veut faire œuvre de pédagogie. Jeudi 10 et vendredi 11 avril, le ministre de l'éducation nationale a rencontré les présidents de treize régions pour les convaincre de l'intérêt de décentraliser quelque 110 000 agents de l'éducation nationale. La démarche suscite en effet des réactions pour le moins contrastées parmi les élus régionaux.

"110 000 personnes, auxquelles l'Etat a annoncé par lettre sèche qu'elles allaient changer d'employeur, vont nous être transférées, sans que nous ayons été consultés", s'insurge Alain Le Vern, président (PS) de la région Haute-Normandie et président de l'Association des régions de France, qui dénonce un "oukase" du gouvernement. M. Le Vern ne fait là que relayer l'irritation de plusieurs de ses homologues de gauche comme de droite.

Les présidents UMP des régions Lorraine et Bretagne, Gérard Longuet et Josselin de Rohan, ont, eux aussi, fait connaître leurs vives réserves. "Nous ne sommes pas là simplement pour obtempérer sur un transfert décidé par le gouvernement. Les personnels sont inquiets mais nous aussi", tempête le second.

A plusieurs reprises, le ministre a justifié cette opération de décentralisation par des demandes émises, selon lui, par les collectivités locales. Mais au-delà de la méthode, la décision gouvernementale suscite des réticences de fond. "Les conséquences humaines et financières n'ont pas été mesurées et discutées", relève Alain Rousset, président (PS) de la région Aquitaine. Or les effets de ces transferts ne sont pas minces.

APAISER LES CRAINTES

"La Bretagne compte aujourd'hui 320 agents. Avec ceux venant de l'éducation nationale, elle en aura plus de 2 000 à gérer. Vous imaginez les problèmes en termes de gestion du personnel que cela nous pose. C'est une source de coût supplémentaire importante", s'inquiète M. de Rohan, qui dit ne jamais avoir été demandeur de récupérer ces personnels. M. Le Vern, qui s'alarme, lui aussi, de voir sa masse salariale passer de 16 millions à 78 millions d'euros, craint que le flou actuel entretenu par le gouvernement sur les modalités de ces transferts ne cache "une volonté de désengagement financier de l'Etat".

Pour tenter d'apaiser ces craintes, le ministre va constituer un groupe de travail sur "les modalités de mise en œuvre de cette réforme". Il envisage par ailleurs de créer un conseil territorial de l'éducation pour permettre une concertation permanente entre les collectivités locales et l'éducation nationale.

Luc Bronner et Laetitia Van Eeckhout

• ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 15.04.03
15/04/03