Discours de velours mais ciseaux de fer : dans l'ombre du ministère, on retaille les concours...


Le texte du nouveau Capes de lettres « option lettres classiques » : histoire d'une ablation.

Premier épisode.

Le 19 avril dernier, un arrêté ministériel paraît au Journal Officiel (NOR : MENH1310120A). Il fixe les modalités d'un nouveau Capes (Certificat d’Aptitude au Professorat de l’Enseignement Secondaire) de lettres à deux options, "lettres modernes" et "lettres classiques", qui fusionne les deux concours spécifiques antérieurs, Capes de lettres modernes et Capes de lettres classiques. Il paraît sur le site du ministère et est communiqué aux syndicats.

Une partie de ce texte définit la deuxième épreuve orale d'admission au concours, Analyse d’une situation professionnelle.

2° Analyse d’une situation professionnelle.
Épreuve au choix :
Pour l’option lettres classiques :
1. Langues et cultures de l’Antiquité ;
Pour l’option lettres modernes :
2. Latin pour lettres modernes ;
3. Littérature et langue françaises ;
4. Français langue étrangère et français langue seconde ;
5. Théâtre ou cinéma ;
Le candidat détermine son choix au moment de l’inscription. Toutefois, les candidats ayant choisi l’option lettres classiques à l’inscription au concours ne peuvent demander à subir l’épreuve « latin pour lettres modernes ».

Ce texte est clair : « lettres classiques » comme « lettres modernes » passent une épreuve au choix.

Elle peut être une épreuve de langues anciennes : « langues et cultures de l'Antiquité » pour les « lettres classiques », « latin pour lettres modernes » pour les « lettres modernes », ou bien pour l'une et l'autre des options, une des autres épreuves proposées (3. Littérature et langue françaises ; 4. Français langue étrangère et français langue seconde ; 5. Théâtre ou cinéma).

Une seule restriction bien compréhensible clôt ce paragraphe : " les candidats ayant choisi l’option lettres classiques à l’inscription au concours ne peuvent demander à subir l’épreuve « latin pour lettres modernes ". Les « lettres classiques », inversement, peuvent donc s'inscrire à toutes les autres options.

Ce serait d'ailleurs une atteinte à leur première valence commune avec les « lettres modernes », le français, que de ne pas avoir le droit d'enseigner ses modulations, ou le théâtre ou le cinéma.

Deuxième épisode.

Dans le texte paru le 27 avril sur le site Légifrance recensant tous les textes officiels après parution au JO, les deux phrases finales qui donnaient un choix aux « lettres classiques » (" Le candidat détermine son choix au moment de l’inscription. Toutefois, les candidats ayant choisi l’option lettres classiques à l’inscription au concours ne peuvent demander à subir l’épreuve « latin pour lettres modernes » ") ont disparu :
2° Analyse d’une situation professionnelle.
Épreuve au choix :
Pour l’option lettres classiques :
1. Langues et cultures de l’Antiquité.
Pour l’option lettres modernes :
2. Latin pour lettres modernes.
3. Littérature et langue françaises.
4. Français langue étrangère et français langue seconde.
5. Théâtre ou cinéma.

Conséquence : la suppression du choix, seulement pour les "lettres classiques", entre les options de la deuxième épreuve d'admission, entraîne une discrimination de fait entre les candidats du même concours. Le concours commun recrute en français, mais refuse aux seuls « lettres classiques » les mêmes critères de recrutement que les lettres modernes pour la même matière et les mêmes programmes (qui comportent en particulier l'étude du théâtre, de l'image, l'enseignement dans les sections cinéma et audio-visuel, l'étude d'un film en filière L...). Autrement dit, au lieu d'élargir la palette et de permettre aux candidats de varier leurs enseignements, on coupe les ailes des « lettres classiques ».

La première version était trop belle : même dans un concours commun, elle risquait encore d'attirer vers les « lettres classiques » les candidats à l'enseignement... Vite, un coup de ciseaux ! On fragilisait déjà le latin et le grec en fermant des sections de collège et de lycée et en ne fixant pas de nombre de postes du concours qui serait attribué à l'option "lettres classiques" [1], l'occasion était trop belle pour ne pas préparer – mais dans l'ombre ! : l'inélégance a ses usages... - une mort lente de l'option "lettres classiques" du Capes de Lettres : quel meilleur moyen, pour supprimer le latin et le grec des études secondaires, que de dissuader leurs futurs professeurs !

A. J.

1. Communiqué de presse du 13 mai 2013 : Le nouveau Capes option « lettres classiques » : mais où est passé le nombre de postes ?

29/05/13