À propos de "premier poste".


J'ai lu avec beaucoup d'intérêt l'article intitulé "premier poste". Mon histoire y ressemble beaucoup mais je crois qu'elle a été plus dure encore.

Au bout d'une heure d'entretien avec l'inspectrice au cours duquel je me suis fait dire des choses à rendre fou, des choses insupportables, j'ai pleuré.

Je suis rentrée le soir, l'esprit vaporeux, comme après un lavage de cerveau. Le jour de classe suivant, j'étais face à mes élèves, ne sachant plus qui être. Fallait-il tenir la craie comme ceci ? Était-ce correct de marcher à droite ? En parlant ? Je ne savais plus du tout quelle attitude adopter, ni quoi dire, ni comment le dire, ni où être, ni comment faire, ni pourquoi le faire, ni quand le faire....

L'année a été d'une longueur interminable. J'ai affreusement déprimé, j'avais des idées de mort, j'ai supplié mon mari de me faire interner. Ce n'est que lorsque l'année a été finie, lors d'une visite chez le médecin, que je lui ai dit que "j'avais failli venir le voir" alors que je comprends maintenant qu'il m'aurait été d'une grande aide.

J'ai été suivie toute l'année par un conseiller pédagogique pour me remettre sur les rails. Honte à moi, avec plus de dix ans d'ancienneté. J'ai mené en classe des tas de choses à mes yeux plus ennuyeuses et inutiles les unes que les autres. Décidément, cette méthode de lecture semi-globlale n'a aucun sens pour moi. Comment enseigner ce qu'on ne sent pas dans ses tripes ?

En toute fin d'année, l'inspectrice est revenue pour me dire que j'avais compris ce qu'on me demandait, que mon attitude était bonne avec les enfants, qu'on voyait qu'ils avaient confiance en moi, et que je méritais bien le point qu'elle allait me donner.

Complètement infantilisant. Un point. Et mon attitude. J'étais pourtant toujours moi-même. Le revirement de situation était total. Tout ce qui m'avait été reproché était maintenant devenu parfait. Quelle évolution en un an alors que j'avais stagné pendant toutes ces années ! C'était merveilleux.

Elle a aussi exprimé ses regrets de me voir quitter l'école (j'avais obtenu ma mutation pour un cm2-je voulais fuir) alors que j'étais devenue maintenant (grâce à elle) opérationnelle en CP.

Les trois années que j'ai passées en cm2 ensuite ont été parfaites. J'ai été inspectée sur ce niveau et tout s'est bien passé.

J'ai ensuite changé de département. Il m'a fallu faire de nouvelles demandes de postes, et les barèmes sont ainsi faits que les nouveaux arrivants sont défavorisés lors des attributions de postes. Ainsi, et malgré toutes mes précautions consistant à éviter le CP, je me suis retrouvée sur un poste de décharge de deux classes de CP.

La veille de la rentrée, j'ai fait une énorme crise d'angoisse dont il m'a fallu plus d'une semaine pour me "remettre" (gorge nouée, estomac nouée, trois heures de sommeil par nuit, envie de mourir, sensation de situation sans issue, arrêt presque total de l'alimentation). Je n'ai donc pas pu faire la rentrée dans cet état !

J'ai fait de multiples démarches pour changer de métier et j'ai finalement rencontré le médecin de prévention de l'Éducation Nationale. Je suis aujourd'hui en congé longue maladie. Quand le médecin me jugera apte à enseigner à nouveau, je serai mise en mi-temps thérapeutique sur une classe autre que du CP. Je souffre d'un "stress post traumatique". Je dois également suivre une thérapie EMDR.

Voilà où j'en suis pour avoir pratiqué la méthode syllabique à mes petits élèves.

Ayant également une mauvaise expérience de la solidarité de la corporation enseignante, je préfère ne pas préciser mon nom, ni même mes initiales.

Anonyme

15/10/12